Portrait

Lahlou Benamirouche
/ Tête curieuse

Multitâche. Création des spectacles, administration, logistique technique… Le directeur technique de la Compagnie DCA du chorégraphe Philippe Decouflé, installée à la Chaufferie, sait tout faire et s’intéresse à tout.
Lahlou Benamirouche, directeur technique de la Compagnie DCA du chorégraphe Philippe Decouflé. © Yann Mambert
Lahlou Benamirouche, directeur technique de la Compagnie DCA du chorégraphe Philippe Decouflé. © Yann Mambert

Tout l’intéresse ! Lahlou Benamirouche, le directeur technique de la Compagnie DCA du chorégraphe Philippe Decouflé, installée à la Chaufferie à Saint-Denis, est comme ça. « J’ai un gros bloc-notes dans ma tête. Dès qu’il y a un truc que je ne comprends pas, je l’y inscris et j’y retourne même quinze jours après. Sinon ça va m’intriguer, jusqu’à temps que je comprenne. » Récemment, Lahlou s’est mis à la couture. « Je débute. Là je vais commencer un pantalon. » Mais avant de s’y mettre, il a démonté – et remonté – sa machine à coudre. « Pour comprendre comment ça fonctionnait. »

Son grand bureau est sans doute le reflet de son cerveau : foisonnant mais rangé au cordeau. Chaque espace est exploité, chaque élément à sa place. Là une flopée de casiers étiquetés « gaffer blanc », « gaffer noir », « fusibles », « piles »… Ici un linéaire de dossiers techniques des spectacles de la Cie DCA… Ou encore un coin bricolage, avec ses tournevis classés par taille. « Les gens c’est pareil, reprend Lahlou, j’aime bien les comprendre. » Utile pour choisir les techniciens nécessaires au montage des spectacles.

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« Philippe [Decouflé] s’occupe de la partie artistique. Ici [à la Chaufferie], on est trois permanents. Mais à côté il y a un tas d’intermittents que j’embauche, qui partent, qui reviennent. Le truc c’est d’arriver à avoir une bonne équipe technique, qui va s’entendre avec les artistes. » S’il est né à Paris 20e, il a toujours vécu à Draveil, dans l’Essonne. Alors que son père est ouvrier dans une usine de parachutes, une connaissance lui propose un logement, sis dans un « château », une belle demeure bourgeoise sur trois étages. La condition : s’occuper du vieux monsieur propriétaire. « Ma mère lui faisait le ménage, les courses… Avec mes parents, mes trois frères et mes trois sœurs, on logeait dans un 60 m2. Mais on avait un parc de 5 000 m2. Ça a été une belle jeunesse », se souvient Lahlou. « Mes parents n’étaient pas des gens de culture, il n’y avait pas de livres à la maison. Il fallait sortir pour se cultiver un peu. Mais ils m’ont appris l’humanité. »

Il commence la lecture en récupérant des bandes dessinées dans les poubelles de la cité où sa mère est femme de ménage. « Je suis devenu un féru de BD, laquelle m’a amené à la lecture. Maintenant j’aime bien tout : les romans, les bouquins scientifiques… » Pourtant, il a « un peu foiré l’école », dit-il. « Quand j’étais gamin, je n’aimais ni les maths ni les sciences, mais je m’intéressais à tout ce qui était littéraire. J’étais bon en français et en anglais. » Lahlou s’exprime bien, est « tchatcheur ». C’est sans doute pour ça que son père, kabyle, et sa mère, allemande, lui font confiance au point de le laisser partir en mobylette, à 14 ans, à Oslo et Amsterdam. « J’étais un voyageur. À 16 ans, j’ai fait l’Inde, le Tibet, le Népal… » Un jour, « à 13 ou 14 balais », il avise par une fenêtre ouverte une table de ping-pong dans le centre d’animation social et culturel de Draveil. « Ça m’intéressait alors on est passé par la fenêtre avec les copains pour jouer. » Il se fait surprendre par « une dame » qui l’invite à revenir au centre. « Je suis rentré comme ça dans l’associatif : par le biais d’une fenêtre ouverte et d’une table de ping-pong. »

Jeux olympiques d’Albertville

 Parallèlement, une copine lui fait découvrir le Centre d’art dramatique de l’Essonne. Lahlou joue dans des pièces de théâtre, des courts-métrages… « Il y avait un gars qui faisait la lumière. Il est tombé malade et, comme moi, la lumière, et le son, ça m’intéressait… C’est là que j’ai commencé. » Il fréquente toujours le centre social, « à 300m de la MJC de Draveil. Le lien s’est fait. J’y ai d’abord été bénévole ». Son intérêt pour la technique et son sens du relationnel ne passent pas inaperçus. « Le directeur de la MJC m’a confié de plus en plus de responsabilités et a fini par m’embaucher. » Le voilà embarqué « pour treize ou quatorze ans » dans cette MJC. « Rapidement j’ai suivi une formation en musique. En même temps j’allais dans une MJC de Viry-Châtillon. J’y ai rencontré plein de gens de gauche, dont un sérigraphe qui m’a appris son art – qu’il finira par enseigner à son tour. Quand ça m’intéresse, je creuse et je me débrouille pour faire moi-même. » Au point qu’il produit des affiches sérigraphiées toutes les semaines pour les événements qu’organise la très prolifique MJC draveilloise. De fil électrique en aiguille de voltmètre, Lahlou travaille en intermittence dans divers lieux. Un copain l’embauche pour « faire des coups avec Decouflé : des petites régies, des petits trucs ».-

En 1992, il en vient à assurer la régie des cérémonies des Jeux Olympiques d’hiver d’Albertville orchestrées par Philippe Decouflé. En 1997, la directrice de la compagnie DCA lui propose d’en devenir le directeur technique. « Je suis multitâche, comme dit ma copine. Je fais de tout, électronique, électricité, bois, ferraille… Moi qui n’aimais pas trop les maths, c’est en vieillissant que j’ai repris des bouquins et que je me suis intéressé au théorème de Pythagore. Quand tu fais des constructions, tu as besoin de logique. Et ce n’est pas si compliqué que ça », assure cette tête bien faite. « Pendant longtemps, la danse contemporaine n’a pas été mon truc. J’étais plus rock’n’roll à l’époque. Mais j’ai vu May B de Maguy Marin… Je suis retourné revoir le spectacle le lendemain parce qu’il y avait un truc que je n’avais pas compris : c’était que j’aimais beaucoup la danse contemporaine. Je devais avoir une trentaine d’années. »

Aujourd’hui, il compte s’arrêter dans quelques mois, après la reprise et la tournée de Shazam, l’un des « hits » de la Cie DCA. « Ça fait cinquante ans que je travaille, même si je n’ai jamais vraiment travaillé : j’ai toujours fait des choses qui me passionnent. Philippe dit qu’il en faudrait deux ou trois comme moi pour me remplacer, relate-t-il sans fausse modestie. Il aimerait bien que je reste. Mais à 67 ans, il est temps de laisser la place. »

Patricia Da Silva Castro

 

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