Portrait

Yamina Chouiter
/ Se rendre utile

Engagée. À 22 ans, l’étudiante en médecine a à cœur de se mettre au service de la population de la ville où elle a grandi. De la réalisation de tests de dépistage de la Covid… à l’ouverture d’un cabinet à Saint-Denis ?
Yamina Choutier, étudiante en médecine. © Yann Mambert
Yamina Choutier, étudiante en médecine. © Yann Mambert

Il aurait été logique de rencontrer Yamina Chouiter au centre de dépistage de la Légion d’Honneur où elle travaille depuis début octobre. Mais en cette mi-novembre, une blessure à la jambe la retient dans sa résidence étudiante du 19e arrondissement de Paris. « Je me suis rendu compte que je ne savais plus freiner en skate », plaisante l’étudiante en médecine qui nous accueille dans son studio. Posés sur sa table de chevet, deux livres donnent des indices sur ses inspirations : Une vie de Simone Veil « qui parlait déjà de la crise de l’hôpital » et Les découvreuses, 20 destins de femmes pour la science. Yamina incarnera-t-elle le 21e ? Les cours de recherche qu’elle suit à l’université Paris-Descartes pendant son année de pause dans ses études lui en ouvrent la voie.

« Il y a des malades que l’on peut soigner mais pas guérir. On a besoin de la recherche pour trouver des traitements, argue-t-elle. Cette année, c’est aussi pour me reposer et vu qu’il y a la Covid, je veux me rendre utile. » À la Légion d’Honneur, la Dionysienne depuis ses 3 ans se réjouit de croiser des professeurs du collège Degeyter et du lycée Paul-Éluard qu’elle a fréquentés. « Mes professeurs m’ont poussée. Sans eux, je ne sais pas si j’aurais réussi à rentrer en médecine. »

« Ma mère me disait : “tu feras médecin” »

 Fille d’un père mécanicien et d’une mère professeure d’histoire-géographie en Algérie, devenue femme de ménage en France, elle grandit d’abord « rue Franciade, près du musée d’art et d’histoire ». Avec sa mère Hanya et ses deux sœurs, elles s’installent ensuite « à Romain-Rolland, au dernier étage d’une des grandes tours HLM ». De leur chaleureux appartement du 11e étage, Hanya voyait l’adolescente jouer au basket au parc Marcel-Cachin. « Elle était autonome. Je n’étais pas derrière elle », se souvient-elle en nous faisant visiter la chambre d’enfant de Yamina. Dans la pièce surplombant l’autoroute et le Stade de France, des graffitis grignotent les murs et les meubles et laissent deviner la fibre artistique de sa deuxième fille née en Algérie. « Quand j’étais en primaire, ma mère me disait : “Tu feras médecin”, parce que j’étais bonne en calcul mental. Mais moi, je lui disais : “Non, je ferai ce que je veux. Si j’ai envie, je serais dessinatrice”. » La jeune femme a finalement tranché et emmène dans son sillon sa petite sœur qui souhaite devenir kiné.

« On travaillera ensemble, elle m’enverra des patients », se projette Chaïma, encore au lycée. Des ambitions qui rendent fière leur mère en qui Yamina « puise [sa] force » et son « petit côté militant ». Sa première manifestation, elle la fait à 6 ou 7 ans aux côtés des personnes sans-papiers. « Ma mère roulait ma petite sœur dans la poussette. Moi, je traînais à côté d’elle, ce qu’on ne peut plus faire maintenant avec la police qui vous arrête et court derrière vous. » Désormais, c’est pour Adama Traoré qu’elle se mobilise. Devenant bavarde sur le sujet, elle s’excuse presque de témoigner de son indignation et de ses désillusions politiques. « De ce que j’en vois autour de moi, la politique, c’est un leurre. Mon lycée était en ZEP et on ne voyait rien des fonds que l’État devait amener, remarque-t-elle, amère. C’est surtout l’économie qui prime, alors que l’éducation et la santé sont un peu oubliées. »

Justice sociale

En septembre, elle s’est confrontée à la réalité de l’hôpital public lors d’un stage en réanimation à Cochin. « Même les étudiants sont débordés. Ce n’est pas une médaille ou une prime de 1000€ qui va faire la différence. Les médecins ne peuvent pas sortir dans la rue, mais nous, les étudiants, on se doit de le faire », expose calmement celle qui a participé à la construction d’une infirmerie en Zambie en 2019. Sa peur « que la santé devienne un privilège plutôt qu’un droit » semble guider ses choix professionnels. Son premier cycle de médecine validé, elle déborde d’idées quant à sa future spécialité. « Réanimation en pédiatrie » ? « Gynécologie-obstétrique » ? « Ortho-trauma pédiatrique en zone de guerre avec MSF » ? Les souvenirs qu’elle garde de son médecin généraliste pourraient bien balayer tous ses dilemmes.

« Quand on allait chez le médecin Hossenbux (victime de la Covid-19 en avril), près de la gare, on faisait la queue jusque dans l’escalier tellement il accueillait de gens », se remémore-t-elle. Animée par ce même désir de justice sociale, de proximité avec ses patients, elle réfléchit sérieusement à ouvrir, dans quelques années, son cabinet à Saint-Denis, « l’une des villes les plus denses d’Île-de-France, un désert médical juste derrière le périph’ ». Une idée qui fait aussi son chemin dans la tête de sa mère : « Elle voit qu’il manque des choses à Saint-Denis et elle tient à cette ville. C’est égoïste de partir ailleurs. »

Marine Delatouche

 

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