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/ Sur les traces des maîtres verriers de la basilique

Avec « Ce Bleu des rois », Jean-Jacques Hubinois, médecin ORL dionysien, publie son second roman policier historique : au XIIIe siècle, Quentin veut retrouver les secrets de fabrication d’un bleu vitrail unique.
Jean-Jacques Hubinois
Jean-Jacques Hubinois


Nous sommes en 1265. Quentin, dit de Chartres, maître verrier œuvrant à la création des vitraux de la basilique de Saint-Denis, poursuit la quête de sa vie : retrouver le secret de fabrication d’un bleu unique, celui qui orne le vitrail de la Vierge en majesté, à Chartres. Telle est la trame de Ce Bleu des rois, roman de Jean-Jacques Hubinois publié aux éditions Morrigane et PSD. Médecin ORL à Saint-Denis, il avait publié en 2009 un roman policier historique – déjà ! – Les Cagnards de l’enfer et, plus récemment et plus en rapport avec sa profession, un Manuel à l’usage des fumeurs invétérés (2013). Il revient donc avec ce roman situé en plein cœur du Saint-Denis médiéval. 


« L’idée m’est venue en passant, chaque jour pour me rendre à mon cabinet, par le jardin Pierre-de-Montreuil, raconte-t-il. En regardant ce magnifique monument qu’est la basilique, que j’ai visité plusieurs fois, j’ai eu envie d’écrire une histoire s’y rapportant. Il faut savoir que tous ses vitraux du XIIIe siècle ont été détruits. Je me suis alors dit qu’il y avait matière à écrire. J’ai donc imaginé que, au cours des récents travaux de rénovation, on avait découvert un manuscrit écrit par Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis et gérant du royaume de 1258 à 1286… »


« Cette époque était très riche. C’est à cette période, par exemple, que l’on a inventé les boutons, les lunettes… »

À partir de là, Jean-Jacques Hubinois donne vie à ses personnages et recrée un monde disparu : celui de Saint-Denis et de la France du Moyen Âge, sous le règne de Louis IX. Pour donner corps à son ouvrage, il effectue de nombreuses recherches, aux archives municipales, à la médiathèque de Saint-Denis où se trouvent de nombreux ouvrages historiques, dont l’Atlas historique de Saint-Denis de Michaël Wyss, auprès d’historiens médiévistes avisés. « Je me suis rendu compte que cette époque était très riche, que c’est à cette période, par exemple, que l’on a inventé les boutons, les lunettes… », s’enthousiasme-t-il.


Au fil des pages, on se promène avec Quentin dans les rues et places de Saint-Denis au XIIIe siècle, dans la France des cathédrales, dans l’histoire d’un royaume confronté à l’hérésie cathare, on apprend les techniques de fabrication des vitraux à cette époque… « C’était une belle époque », souffle Jean-Jacques Hubinois. Et c’est bien naturellement que cet attachant Ce Bleu des rois va faire l’objet d’un joli et mérité lancement lors des Journées du patrimoine.


Benoît Lagarrigue


Ce Bleu des rois par Jean-Jacques Hubinois (éditions Morrigane et PSD, 298 p., 18 €), en vente à Folies d’encre et à l’Office de tourisme. Rencontre avec l’auteur samedi 19 septembre à 16 h à la médiathèque Centre-ville et dimanche 20 à partir de 14 h au local d’Artefact93 (2 bis, rue du Cygne) avec une expositions d’œuvres d’artistes inspirés par le bleu roi.



>>> Farid, un lecteur dionysien,
nous livre son avis sur
Ce bleu des rois :


Décrire en peu de lignes le dernier roman de Jean-Jacques Hubinois, médecin à Saint-Denis depuis plus de trente ans, est un pari difficile à tenir, tant Ce Bleu des rois est un entrelacs finement dessiné de thèmes multiples. Ce roman retrace la vie d’un maître verrier du XIIIe siècle, Quentin de Chartres, artisan accompli et renommé, chargé de la réalisation des vitraux principaux de la basilique de Saint-Denis et sa quête obsessionnelle du bleu absolu.


Au-delà de Quentin, le héros de ce roman pourrait être le Moyen-Âge, une époque que l’auteur parvient à rendre lumineuse, s’attachant à en révéler l’ingéniosité à travers la description méticuleuse de plusieurs arts et techniques dominants : le travail du verre et des vitraux bien sûr, mais aussi l’architecture des cathédrales, le commerce, la tannerie, la teinture et la médecine. Les savoirs progressent, bâtis sur l’héritage des penseurs grecs et arabes et portant la primauté sur le fonctionnel et la résolution concrète, plutôt que sur l’explication théorique et les dogmes imposés : la rencontre avec un médecin de l’Hôtel-Dieu est un exemple éclairant.


Comme Quentin de Chartres, Jean-Jacques Hubinois est un auteur méticuleux, précis. En véritable historien archiviste, il dessine le quotidien de l’époque, attentif aux détails tels l’accoutrement, l’alimentation, ou la précision géographique : son évocation de Saint-Denis – ses rues, son pont au-dessus du Croult, son port, son marché – est si puissante que le lecteur dionysien a la sensation surnaturelle d’être transposé au XIIIe siècle en terrain familier. Tant de détails font que l’on regarde ce roman comme une grande verrière, une mosaïque de vitraux patiemment assemblés.


Ce Bleu des rois, un ouvrage érudit ? Je veux ! Mais sans ostentation et l’auteur évite le piège de l’abscons grâce à un style maîtrisé et des phrases évocatrices, telle celle-ci sur la basilique en travaux : « À peine interrompus au mitan pour un déjeuner sommaire, les coups de chasse sur les blocs de pierre alignés dans les loges des tailleurs dominaient tout autre bruit. » Plutôt qu’un ouvrage pesant, c’est à une charmante promenade à travers le temps et l’espace que nous invite Hubinois, dans ce XIIIe siècle qui ressemble finalement au nôtre, ou une relative prospérité économique s’accompagne du danger de l’intolérance institutionnalisée. Un roman humaniste aussi, qui culmine en une apothéose aussi surprenante que forte. À mettre entre toutes les mains !

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