Portrait

Georges Putrus
/ Formation continue

Apprendre. Psychologue pour enfants retraité, il compte parmi les « inactifs ». Pourtant, cet étudiant perpétuel est un hyperactif qui n’a de cesse de transmettre ses multiples savoirs.
© Georges Putrus.
© Georges Putrus.

« Retraité, jamais ! J’ai toujours quelque chose à faire. » Georges Putrus, ancien psychologue pour enfants – dans un centre de la Croix-Rouge et dans son propre cabinet à Saint-Denis – et sexologue, n’arrête pas. À 75 ans, « même s’il n’y a pas de diplôme ou de métier au bout, je m’en fous : j’aime apprendre ». Et transmettre. Aussi, tous les quinze jours, il donne des conférences à la Maison des seniors : histoire de la Mésopotamie, de l’Égypte, de la Grèce antique… « Je facilite l’accès à la culture. Je ne parle pas un langage universitaire. J’essaie de vulgariser. On a aussi abordé les philosophes européens pendant un trimestre. Notamment les philosophes femmes. Malheureusement, il n’en existe que depuis l’après-guerre », regrette-t-il. Et de s’exclamer : « Je suis un féministe ardent ! » Une conviction qu’il exprime très concrètement : « À chaque fois que je rencontre une fille, je lui dis “va à l’école ! C’est ce qui va te sauver. C’est le moyen d’être indépendante”. »

Sciences Po, Droit, Ethnologie, médecine…

Pour lui, « la science est une fontaine ouverte à tous ». Et la soif de l’insatiable M. Putrus n’est jamais étanchée. Entre autres, l’année dernière, il a commencé Sciences Po ; il y a trois ans, le droit à l’université René-Descartes, à Paris ; en Irak, son pays d’origine, il a étudié l’ethnologie et la science des religions ; la médecine et la chirurgie quelque temps en Italie, avant d’arriver en France à 28 ans, au début des années 1970. Pour les études, toujours. Il aurait dû n’y rester qu’un an, « mais le cycle durait deux ans. Puis j’ai passé une licence. Et j’ai voulu aller plus loin. Quand tu as goûté à la baguette… » Résultat, il n’a plus jamais quitté le pays du fromage, et Saint-Denis, qu’il aime profondément. Sans doute parce que dans sa « philosophie », il est plus attiré par « les gens plus bas que haut » – comprendre les habitants des quartiers populaires. Cet homme cultivé est lui-même issu d’un milieu modeste.

« Ma famille était paysanne. On vivait grâce à la terre. Franchement, j’étais heureux. Dans mon village, en Irak, on n’allait pas à l’école. Nous n’étions que quatre à nous y rendre. On marchait 15 km pieds nus, les chaussures attachées dans le dos » pour ne pas les salir avant la classe. Les souvenirs affluent. « Mon père demandait tous les samedis de mes nouvelles au professeur. Je faisais mes devoirs par terre. Ma mère s’asseyait à côté de moi et m’éventait pour chasser les mouches. Quel intérêt pour elle, qui était illettrée ? J’aurais tout aussi bien pu faire des gribouillages. » Plus tard, l’enfant studieux a compris : « Grâce à ça – cette indéfectible attention parentale – j’en suis arrivé là où j’en suis. »

À 12 ans, il entre à l’internat, en ville, poursuit ses études jusqu’à l’université, devient directeur d’école primaire, puis secondaire. Déjà, à l’époque, le jeune Georges ne peut s’empêcher de dispenser son savoir. « J’allais chercher les enfants dans le désert pour qu’ils aillent à l’école. Tous les jeudis soir, j’organisais une projection de cinéma pour leurs parents, pour les rapprocher de la culture. » Il n’est jamais retourné en Irak. « Quand j’en suis parti, c’était un pays en paix. Puis il y a eu la guerre avec l’Iran. Je n’ai plus eu de nouvelles de ma famille, très nombreuse. Je n’ai jamais osé y retourner. » Pudiquement, il coupe court à l’émotion. « Je suis heureux ici, en France. »

Aujourd’hui, l’hyperactif M. Putrus se rend deux fois par semaine dans les hôpitaux psychiatriques. « La folie a toujours existé, énonce le Georges historien. Avant, on avait les moyens de soigner autrement que par les médicaments : par le travail, la danse, la peinture… Je me mets dans l’herbe quand il fait beau, les patients tournent autour de moi, me posent une question… On parle de tout. On rigole. Je leur fais penser à autre chose que leur maladie », dit, prosaïque, le Georges professionnel de l’âme humaine. Il visite aussi les prisons une fois par semaine. Parle avec les incarcérés des origines du monde, des civilisations antiques, du progrès de la société… Pour leur « remonter le moral ». Pour les « élever », surtout. Récemment, sur les bancs de la fac, il a rencontré une étudiante qui ne prenait pour repas qu’une portion de Vache qui Rit. Il s’emporte, encore sous le coup de cette scène. « Le gouvernement devrait financer l’éducation jusqu’à 25 ans ! »

Une idée que le citoyen Putrus a pris soin de consigner dans le « cahier de doléances » lancé par le président Macron. Ses enfants à lui – trois garçons, une fille – ont tous un métier. « Un médecin, un commissaire, deux dans le cinéma », énumère-t-il avec une pointe de fierté. Depuis « peut-être plus de vingt ans » il s’est remarié avec Zohra. « Ma chérie est artiste peintre. Elle est autodidacte. Elle suit son courant privé. » Lui aimerait suivre une formation de plus sur l’éthique à l’hôpital. Et espère toujours travailler auprès de la jeunesse. « C’est mon dada. » Alors, par l’entremise du JSD, il lance un appel auprès des associations et structures dionysiennes. « Apprendre, c’est pour après transmettre, est-il convaincu. Sinon, tu ne sers à rien ! » Et Georges Putrus n’a pas fini de servir.

Patricia Da Silva Castro

Georges Putrus animera pendant la Semaine bleue (lire p.4) « Histoire de… » à la Maison des seniors mercredi 14 octobre à 10h. Inscriptions au 0149336834.

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