Portrait

Manuel Braun
/ À la croisée des regards

Photographe portraitiste. Il a immortalisé tout un alphabet de personnalités pour le quotidien Libération. Depuis sa rencontre fortuite avec Saint-Denis il y a huit ans, un lien solide s’est construit entre l’artiste et les habitants qu’il fait souvent poser.
Manuel Braun, Dionysien est photographe portraitiste. (c) Juliette Paulet
Manuel Braun, Dionysien est photographe portraitiste. (c) Juliette Paulet

Manuel Braun n’est pas de ces photographes qui déambulent nez au vent, boîtier autour du cou. « J’aime photographier les gens qui ont conscience de l’être. » Né à Genève en 1980 d’un père artiste peintre et d’une mère photographe amateure, le jeune Manuel grandit « bercé par un imaginaire artistique » entre une sœur musicienne, des décors de théâtre, des cartons transformés en labos photos et des tours de vélo dans les ateliers de peinture.

À l’âge de 10 ans il quitte la Suisse, s’installe avec sa famille en région parisienne et passe son adolescence en Bourgogne avant d’intégrer les Beaux-Arts dans le sud de la France. « Je rêvais de faire des photos de presse », précise le portraitiste qui décide de remonter à Paris une fois le diplôme en poche. De nature plutôt réservée, c’est pour « affronter [ses] peurs » que le jeune diplômé décide de se tourner vers le portrait.

« Ce sont les gens qui m’intéressent sur les photos, c’est ce qui me touche le plus. » Il fait ses armes en assistant des professionnels et atteint l’un de ces rêves en publiant en 2012 le portrait du musicien électro Judah Warsky dans le quotidien Libération. « Je les ai approchés avec un book et j’ai mis plus d’un an avant d’avoir ma première commande, mais le jour où la photo est sortie j’ai reçu des appels pour me proposer des projets. » Manuel Braun photographie beaucoup d’artistes, « une fois que tu es dans une case, tu y restes », mais aussi des hommes politiques comme l’ancien président de l’Assemblée nationale François de Rugy, des scientifiques, des philosophes, des écrivains ou encore des acteurs. « C’est ce que je sais faire, j’ai développé mon propre style et on vient me chercher pour ça », argue celui qui a réalisé des couvertures notamment pour les magazines Causette, Télérama, Madame Figaro ouPhilosophie Mag.

« J’ai connu les Dionysiens avant de connaître la ville »

Son travail photographique avec des personnes plus anonymes débute il y a huit ans à Saint-Denis à travers une série de portraits de jeunes du quartier Allende qui sera exposée à Paris 8. « L’idée était de les photographier comme des stars. » Une première brève rencontre avec la ville puisque le photographe s’envole en 2015 dans le cadre d’une résidence à l’Institut français d’Égypte où il produit Alexandrie en scènes, une flânerie au cœur de l’antique cité en collaboration avec le danseur Jean-Paul Méhansio.

« Si je suis photographe, c’est aussi parce que je ne sais pas raconter les histoires », détaille l’artiste passionné de nanars dont le style est décrit par Véronique Rieffel, commissaire d’exposition indépendante et alors directrice de l’Institut français d’Égypte, comme « une approche cinématographique de la photographie avec une maîtrise technique de la lumière et de l’atmosphère ».

À son retour, Manuel Braun « recroise la route » de Saint-Denis avec Hier ce sera mieux, un projet fleuve qui est présenté à l’Écran dans le cadre de la Semaine bleue en octobre 2017. « L’idée était de faire se rencontrer les jeunes de l’espace jeunesse et les personnes âgées de la résidence Basilique. Ils ne se côtoient jamais alors qu’ils sont à 100 mètres les uns des autres. » Le rendu final, un film en noir et blanc d’une trentaine de minutes, témoigne des instants passés et des liens tissés durant les trois années de réalisation. « J’ai connu les Dionysiens avant de connaître la ville, témoigne le désormais (et depuis deux ans) Dionysien. C’est ce qui m’a amené à vivre ici, c’est devenu une évidence. »

Dans l’intimité des seniors

Parallèlement, il se lance dans un autre projet d’envergure et réalise durant deux ans une série de portraits de femmes transgenres, projetée au Festival photographique d’Arles en 2018. « J’ai été très touché par ce travail que j’aimerais beaucoup montrer à Saint-Denis pour la Semaine des fiertés (projet avorté cette année en raison de la Covid-19) » Le lien avec Saint-Denis et ses habitants est désormais indéfectible.

À nouveau dans le cadre de la Semaine bleue en octobre 2019, Manuel Braun, qui a gardé contact avec les aînés de la résidence Basilique, présente En corps et encore, premier projet en tant que Dionysien constitué d’une série de portraits de « ces couples d’amoureux sans âge » et exposée durant six semaines dans le jardin Robert-de-Cotte. Une « expérience géniale » que le photographe compte bien faire perdurer grâce à son prochain projet. Un travail photographique toujours un peu plus intime qui fait suite à la période éprouvante du confinement. Si lui, dont l’appartement donne sur la halle du marché et « ses bruits sourds qui rappellent ceux de la mer », s’est occupé avec un travail personnel, il sait que « la période a été très dure pour les personnes âgées ».

Manuel Braun s’est donc décidé, encore une fois dans le cadre de la Semaine bleue qui sera inaugurée le 3 octobre, à se rendre chez des personnes âgées pour photographier leur intimité. « Je me rends là où ils ont passé le confinement. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur elles et de revenir sur ce qu’elles ont fait durant ces deux mois si particuliers. »

Olivia Kouassi

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