Portrait

Saci Medhi
/ Le B-A braille

Transmission. L’ancien commerçant Saci Mehdi est aujourd’hui un acteur de la vie associative incontournable à Saint-Denis. Devenu aveugle à cause d’une maladie, il apporte son aide aux autres personnes en situation de handicap.
Medhi Saci à son domicile au Franc-Moisin. (c) Yann Mambert
Medhi Saci à son domicile au Franc-Moisin. (c) Yann Mambert

Saci Mehdi est resté en Algérie jusqu’à ses 24 ans. « Mon père est décédé quand j’avais 4 ans, j’ai un frère et une sœur. Ma famille était simple. Pour les études, j’ai fait deux années de collège technique en électricité, puis j’ai dû commencer à travailler à 18 ans pour aider ma famille. » Après plusieurs séjours chez son oncle boucher à Lyon, pour les vacances, Saci Mehdi, qui était alors chef magasinier dans le textile, décide de suivre une voie similaire à celle de tonton. « Il me trouvait doué pour le commerce ! », se souvient-il.

C’est ainsi qu’il achète une épicerie, en 1978, dans le quartier de la Plaine à Saint-Denis. « Je me plais bien dans ce département, je ne m’y sens pas étranger, c’est cosmopolite », souligne-t-il. Pour tenir une épicerie il faut « se lever tôt, se coucher tard », mais cela ne fait pas peur à Saci, qui décide d’ailleurs de racheter la boucherie de son voisin une dizaine d’années plus tard. En 1989, il reprend un commerce d’alimentation générale à Saint-Gratien dans le Val-d’Oise. « C’était un peu trop à gérer même si j’avais des employés, alors je l’ai cédé quelques années plus tard. » Saci Mehdi a « toujours aimé le contact, échanger avec les gens… ». Ce Dionysien était connu pour être un commerçant avec le cœur sur la main. « Je rendais service dès que je pouvais, j’aime aider mon prochain. Je faisais aussi souvent crédit à ceux qui manquaient d’argent. »

Être « indépendant »

En 2004, à 52 ans, la maladie met fin à sa carrière de commerçant. Il a un glaucome néovasculaire, le nerf optique est atteint. Il revend ses commerces dans les années qui suivent et perd quasiment toute sa vue en 2006.

« Grâce à ma foi et à ma famille, j’ai réussi à accepter plus facilement mon handicap, me dire que c’était mon destin. » Mais tout n’a pas été facile. En terrasse, il est un jour abordé par une femme qui lui conseille l’association Valentin Haüy, pour l’aider à se déplacer. Réticent au début, ce père de quatre enfants est touché lorsqu’elle souligne que cela pourrait l’aider à être « indépendant ». Le scénario se répète une fois qu’il se rend là-bas. « On m’a expliqué un peu comment le braille fonctionnait, mais cela me semblait trop dur d’apprendre. Mon interlocutrice n’a rien voulu savoir, et m’a convaincu d’essayer. Quatre mois plus tard je réussissais à le maîtriser assez pour écrire des messages », raconte-t-il, pas peu fier d’y avoir consacré toutes ses nuits pendant cette période.

Aujourd’hui, c’est Saci qui donne des cours de braille aux débutants. Il est désormais représentant de l’association Valentin Haüy à Saint-Denis, et tient depuis 2016 une permanence à la Maison de la vie associative tous les jeudis, de 9h30 à 16h30 (1). « Je suis passé par là, c’est parfois très brutal de devenir handicapé après un accident, on se sent désorienté, on ne sait pas quoi faire et on ignore ses droits. Certains ont honte de faire une demande pour l’AAH (l’allocation aux adultes handicapés) par exemple. La permanence permet de les soutenir, les informer, donner aussi quelques cours de braille, les aider dans leurs projets… Certains ignorent que des formations ou même le sport sont accessibles aux personnes avec un déficit visuel.» Avec son association, Saci développe aussi des activités « pour rompre l’isolement des personnes en situation de handicap, quel qu’il soit, organiser des moments festifs entre personnes qui vivent des expériences similaires ». Plusieurs séances de tir à l’arc ont ainsi été initiées pendant deux ans, avant d’être suspendues, « faute d’avoir obtenu des créneaux convenables dans un gymnase ».

Avec Marianne, « une âme généreuse, prête toujours à aider, notamment lors des permanences », ils ont lancé des séances de lecture à la médiathèque, mais elles ont rencontré moins de succès. À 68 ans, Saci Mehdi multiplie les engagements, avec aussi une permanence mensuelle à la MDPH de Bobigny, et sa participation à la commission accessibilité de Saint-Denis, où il milite pour une ville plus accessible à tous niveaux (voirie, transports, stationnement, bâtiments publics…).

Il est aussi bénévole à l’association Rencontres jeunes et handicap, qui organise surtout des moments de sensibilisation dans les établissements scolaires. « Nous leur racontons notre vie quotidienne, comment aider correctement une personne, et je leur fais un petit atelier sur le braille, pour leur montrer que même avec un handicap on peut faire plein de choses. Ce n’est pas parce qu’on rencontre un problème qu’il faut baisser les bras. Si on veut changer le regard de la société sur le handicap, il faut le faire dès l’école. »

Delphine Dauvergne

(1) La permanence et les activités ont été stoppées jusqu’en septembre.

Réactions

. Plusieurs séances de tir à l’arc ont ainsi été initiées pendant deux ans, avant d’être suspendues, « faute d’avoir obtenu des créneaux convenables dans un gymnase ». Alors qu'il y avait un stand de tir a la Courneuve, en limite de saint denis, qui est depuis fermé. Je suis persuadé qu'il y aurait eu moyen de trouver des créneaux avec ce stand.Au lieu de vouloir sa fermeture a tout prix .

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