Portrait

Idrissa Diabira
/ Milieu récupérateur de dons

Éducateur sportif. Avec l’Urban Jeunesse Academy, le trentenaire tisse le lien entre le football et la solidarité. Tandis que le ballon rond est en pause dans l’Hexagone, c’est à travers les distributions alimentaires qu’il fait vivre son association, sous le feu des projecteurs. Une « success story » qu’il tente de maîtriser modestement.
(Idrissa Diabira. C) Yann Mambert
(Idrissa Diabira. C) Yann Mambert

Le soleil brille en ce midi sur Saint-Denis. Bien que le déconfinement ait assoupli les sorties depuis le 11 mai, le calme règne dans la cité Joliot-Curie. Quelques passants arpentent les rues du quartier, masque sur la partie basse du visage, comme pour rappeler la crise sanitaire non achevée. Après quelques minutes d’attente près de l’épicerie incontournable de Joliot, Idrissa Diabira, éducateur sportif de 33 ans et directeur de projet de l’Urban Jeunesse Academy, association locale mélangeant foot et solidarité, se présente tout sourire.

Le football comme moteur

Personnage connu et reconnu de Joliot-Curie, l’éducateur sportif n’a pas vécu ses premières années dans la cité bordée par le parc de la Légion d’honneur et l’A1. C’est dans le quartier du square De Geyter qu’il fait ses premières classes avant d’arriver dans l’est dionysien en 2001. Après ce court déménagement, Idrissa se fait adopter rapidement par les habitants de la cité. Sociable et attachant, il puise ce côté fédérateur dans le football, son sport fétiche.

« En une partie, tu peux rapidement te faire des amis », explique Idrissa. Le ballon rond l’a amené à bourlinguer dans une dizaine de clubs français et étrangers. À sa majorité, il tente de s’imposer à Londres. « Les premières semaines ont été dures. J’ai dû dormir trois jours dehors sans aucune nouvelle de mon contact sur place. J’étais totalement livré à moi-même », se remémore le trentenaire.

Malgré cette expérience douloureuse, il n’a jamais abandonné le football. Aujourd’hui capitaine du Nike FC en foot entreprise, son carnet d’adresses est bien rempli et profite à l’Urban Jeunesse Academy. D’ailleurs, l’Angleterre, il n’en tire aucune rancœur. Lui qui, « sans fonds », a amené en janvier dernier une dizaine de jeunes au sein de l’académie de Manchester United, l’un des plus grands clubs du monde. Depuis huit ans, il permet à des enfants de jouer au foot tout en les accompagnant dans leur scolarité. Au début, la tâche a été complexe. Idrissa a composé avec les moyens du bord : « Nous n’avions aucun matériel. Pour remplacer les plots, on prenait des canettes ou des bouteilles d’eau dans les poubelles. Je n’avais qu’un ballon pour douze enfants. » Sa réputation et son expérience attirent désormais des gamins venus de tous horizons. « Aujourd’hui, sur la centaine de jeunes qu’on a à notre charge, ceux qui habitent hors de Saint-Denis sont majoritaires », nous assure le Dionysien.

« La lumière, je n’en veux pas ! »

Peu avant le début du confinement, aux prémices de l’arrêt du football, le volet solidaire de l’Urban Jeunesse Academy a pris le pas sur le volet sportif. L’association a alors concentré son activité sur l’apport de vivres pour les plus démunis.

« On a créé un groupe sur la messagerie WhatsApp sur lequel les familles peuvent nous joindre afin de nous faire part de leur manque de provisions. » Au commencement, les volontaires apportaient à domicile les repas provenant de dons ou des courses de l’association. Mais le confinement et ses contraintes financières pour de nombreux travailleurs ont augmenté la demande. La distribution a pris un autre tournant avec une action de plus grande ampleur. Épaulée, entre autres, depuis trois mois par l’ancien joueur du PSG Momo Sissoko, l’Urban Jeunesse Academy a effectué des distributions à la cité Joliot-Curie mais également à La Courneuve, Paris, Les Mureaux et Grigny.

Ces initiatives ont attiré l’œil des médias français et étrangers comme Le Parisien, France 5, TF1 ou Reuters. Bien qu’il ait poliment accepté leur présence, Idrissa se retrouve « victime » d’un succès qu’il n’a pas souhaité. « Cette lumière, je n’en veux pas ! Je ne fais pas ça pour la gloire ou l’argent. Nous sommes des humains avec un cœur. Cela aurait pu être mes parents, c’est normal que nous apportions notre aide », clarifie Idrissa. « Notre action est animée par notre passion. Bon ou mauvais temps, on est et on sera toujours là, on ne lâchera rien. Et je peux vous dire qu’on n’a encore rien fait », conclut-il. Assurément, l’Urban Jeunesse Academy n’a pas fini de faire parler d’elle. 
 

Christopher Dyvrande

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