Portrait

Carole Seguin
/ Des racines et des ailes

Active jusqu’aux pointes. Elle y consacre ses soirs et ses week-ends. Cette Dionysienne depuis plus de 20 ans propose aux personnes noires et métisses de les coacher afin de les aider à retrouver une chevelure afro naturelle et à l’assumer pleinement, loin des diktats de la société.
Carole Seguin, coach pour cheveux afro  © Gwénaëlle Fliti
Carole Seguin, coach pour cheveux afro © Gwénaëlle Fliti

« Avec son théâtre, son stade, ses transports… Saint-Denis a des atouts. Je l’ai vue grandir, changer. Si seulement les petits commerces revenaient s’implanter rue de la République, qu’il n’y ait pas que des boutiques standardisées ! »

En proposant du coaching spécialisé cheveux afro, basé sur un programme d’un mois et destiné à trouver sa routine personnalisée, Carole Seguin espère faire la différence. L’histoire de cette cadre de 49 ans débute par un drame : la perte de sa mère. Née en Guadeloupe en 1970, elle débarque alors en métropole à l’âge de 2 ans pour y être élevée par sa tante. La petite Carole grandit à Nanterre, puis s’installe dans un studio à Aubervilliers le temps de ses études, avant d’atterrir à Saint-Denis en 1992 où elle emménage avec son mari dans une location rue Gabriel-Péri, en face du marché. Après avoir travaillé comme responsable commerciale et cheffe de pub au sein de différentes sociétés, elle devient en 2002 chargée de promotion à l’Afnor. Un job qui ne cesse de l’épanouir. C’est à cette époque que naissent ses jumelles. Aujourd’hui, toute la petite famille vit dans un appartement près du canal, acheté en 2010. À l’heure du bilan, la pétillante quadra, baskets bleu électrique aux pieds, s’estime fière du chemin parcouru, convaincue que les épreuves l’ont renforcée.

Tortures capillaires

Sa passion pour les cheveux ? Pas tout de suite une évidence. « Je n’ai commencé à m’intéresser aux miens qu’en 2013, avoue-t-elle. Avant cela, je les défrisais tous les deux mois » pour rentrer dans les codes comme Beyonce ou Naomi Campbell.

Crâne rasé, lissage brésilien, tresses, extensions, produits non adaptés… Des tortures historiquement subies par les femmes noires pour satisfaire au diktat imposé par la société. Ces infos, Carole les tient de sa propre expérience, de ses sept années de recherche, du temps passé sur YouTube, et des conférences auxquelles elle a assisté. Comme celle de Juliette Sméralda, sociologue antillaise auteure de Peau noire, cheveu crépu - L’histoire d’une aliénation, présente lors de l’expo Afro en 2018, à Saint-Denis.

Les fausses croyances ont la vie dure. « Comme beaucoup, j’ai grandi en pensant que les cheveux afro ne poussaient pas. » La méconnaissance de soi, la recherche identitaire, « tout cela est propre à la culture noire », analyse Carole. Le cheveu est politique. D’ailleurs, la Dionysienne n’a pas hésité à écrire à Michelle Obama pour saluer son geste symbolique, celui de s’être montrée les cheveux au naturel lors de sa dernière tournée de promo. First Lady ou non, « la transition vers le naturel est toujours délicate, reconnaît Carole. Des blocages peuvent persister. C’est à ce moment-là que le besoin d’accompagnement se fait sentir ».

Après la conduite en binôme d’ateliers gratuits à la Maison de la jeunesse, Carole décide l’an dernier de poursuivre en solo. Celle qui se décrit comme « hyperactive, fonceuse, et passionnée » lance son site Web de coaching, my-afro.com, qui fourmille de conseils et d’astuces. Depuis le mois de juin, Carole a coaché huit clients parmi lesquels des femmes noires mais pas uniquement. Elle compte aussi une blonde, une enfant métisse et même un homme. Carole envisage son coaching comme une construction à deux. Très connectée, elle invite ses clients à lui envoyer photos et vidéos pour suivre leurs progrès, les remotiver au besoin. Dépeinte comme étant à l’écoute, disponible, et investie, Carole consacre à cette seconde activité ses soirs et ses week-ends. Une fois les démarches d’auto-entrepreneuriat finalisées, elle prévoit d’obtenir un diplôme de coach en développement personnel. Son programme d’accompagnement, elle en est sûre, répond à un réel besoin.

« En 1992, se souvient-elle, il n’y avait qu’une boutique afro rue de la République. Depuis, elles se sont multipliées. » Carole Seguin ne craint pas de voir la gentrification transformer Saint-Denis, au contraire. Du haut de sa trottinette électrique, elle se dit emballée par le projet du Grand Paris Express et celui des JOP 2024. « Alors pour ce qui est de l’avenir à Saint-Denis, conclutelle, j’ai toute confiance. »

Gwénaëlle Fliti

Un prochain atelier gratuit sur inscription (consulter my-afro.com) dispensé par Carole Seguin est prévu le 8 février, de 15h à 17h, à la Cité Floréal.

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