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ATTENTATS DU 13 NOVEMBRE
/ Service des urgences « Nous avons reçu des blessés dignes d’un état de guerre »

Delafontaine : Les personnels de l’hôpital dionysien ont accueilli seize victimes des explosions au Stade de France, dont cinq dans un état grave.
Le docteur Lhote, président de la commission médicale d’établissement (à droite)  est revenu lundi 16 novembre sur l'accueil des victimes à Delafontaine
Le docteur Lhote, président de la commission médicale d’établissement (à droite) est revenu lundi 16 novembre sur l'accueil des victimes à Delafontaine

« J’étais de garde, j’ai pris mon service à 18 heures, comme d’habitude », se souvient le Docteur Kouka, qui s’est retrouvé vendredi 13 novembre en première ligne du plan blanc mis exceptionnellement en place au centre hospitalier Delafontaine. Cette nuit-là, il était en charge de la coordination du service des urgences. « La soirée se déroulait normalement. Nous avions un flux de patients comme nous en avons généralement à ce moment-là. » C’est aux alentours de 21 heures que tout a basculé. 

« Nous avons reçu une première alerte de la régulation du Samu 93 qui nous a annoncé des événements au Stade de France, avec la communication d’un premier nombre de victimes. Et puis, au fur et à mesure que les informations nous parvenaient, leur nombre n’a cessé d’augmenter. » Aussitôt, le plan d’urgence est activé, impliquant notamment un renforcement des équipes. Déjà, la première personne blessée arrive. Elle est dans un état stable, mais son bilan clinique montre d’emblée des signes de sévérité. Ce sera le cas de beaucoup d’autres. « Il s’agissait essentiellement de blessures au thorax, aux jambes. » En tout, seize victimes de l’attentat du Stade de France ont été orientées vers le centre hospitalier de Saint-Denis, dont cinq dans un état grave.

« Des séquelles psychologiques »

Comme le souligne le docteur Kouka, la gestion de cette situation de crise a été particulièrement éprouvante pour les personnels des urgences, qui bien qu’habitués aux traumatismes en tout genre, n’avaient jamais été confrontés à de telles prises en charges. « Nous avons reçu des blessés dignes d’un état de guerre, avec des blessures de guerre. Bien évidemment, dans une ville ou un pays comme les nôtres, personne n’est habitué à ce type d’interventions, qui inévitablement laissent des séquelles psychologiques, avec la nécessité de mettre en place un dispositif de soutien post-traumatique. » 

Le docteur Lhote, président de la commission médicale d’établissement, n’hésite pas à parler d’« une situation difficile à la limite du chaotique », mais il garde aussi à l’esprit que cela aurait pu être bien pire. « Les circonstances ont fait que les explosions survenues au Stade de France n’ont pas atteint leurs objectifs. Un véritable carnage a été évité. »

Une organisation à la hauteur

« Nous avons eu la chance d’avoir au niveau de l’établissement un nombre de lits suffisants, ce qui nous a permis de travailler dans la sérénité et dans les meilleures conditions possibles », souligne le docteur Kouka. Fort de la mobilisation de ses équipes et d’une organisation à la hauteur des événements, l’hôpital a pu gérer l’accueil et la prise en charge des personnes blessées. Mais il n’en reste pas moins que cette soirée du vendredi 13 a créé, ici comme ailleurs, un précédent, obligeant la direction à envisager de sombres perspectives. 

« Dans les semaines à venir, nous aurons à nous préparer pour répondre au mieux à toutes les éventualités, prévient François Lhote. Et notamment pour le déroulement dans quelques jours de la COP 21 à proximité immédiate du centre hospitalier de Saint-Denis. » 

Linda Maziz


La soirée qui bascule ou la relativité de la pelouse


Ça n’a pas été simple, mais c’est fait. La journée de travail s’est terminée à temps pour être pile poil à l’heure devant la télé. On se cale dans l’angle du canap’, on met TF1. C’est la fin du tunnel de pub. Ça y est, les drapeaux bleu-blanc-rouge s’agitent par milliers. Le match va bientôt commencer. Et un France-Allemagne, même de préparation, reste un moment à ne pas rater. On en a l’eauà la bouche.

Sur l’écran, une main, pas un pied. Elle montre une pierre retrouvée enfouie dans la pelouse.Le rectangle vert est une nouvelle fois à chier.Les commentateurs chambrent, s’indignent. On est d’accord avec eux. C’est vrai quoi, qu’est-ce qu’ils foutent au Stade de France?? Merde à la fin?!  ‘Peuvent pas offrir à 22 stars du ballon rond un billard aussi beau que celui du Parc?! C’est parti. Match fermé. Peu d’occases. Les Bleus gagnent aux points, mais comme on n’est pas sur un ring, ça ne compte pas. Et puis les dribbles de Martial font se lever le stade. Son offrande est convertie par Giroud. Nous aussi,on est debout. Un but, au meilleur moment, juste avant la mi-temps que des jardiniers utilisent dare-dare pour que le champ de patates nedevienne pas terrain de manœuvre. 22, les revoilà, au complet. 

Ce Lassana Diarra, quel retour?! C’est ce qu’on se dit avant qu’il laisse sa place. Le buteur de la première mi-temps sort aussi. Gignac le remplace et marque d’une tête imparable. 2-0. On a une pensée joyeuse pour Émile. Qu’est-ce qu’il doit être content le fils du voisin. C’est lapremière fois qu’il va au Stade avec son père. À quelques minutes du coup de sifflet final, fin du suspense, victoire assurée et donc cocktail réussi d’une bonne soirée. 

Le téléphone sonne. L’appel vient d’un autre lieu de spectacle, culturel celui-ci. Molière au TGP, c’est fini. Explosion autour du Stade?? Comment ça?? Mais non, ni Christian Jeanpierre ni Bixente Lizarazu n’en ont pipé mot. D’ailleurs le match n’est pas encore fini, les Bleus attendent tranquillement la fin du temps additionnel sans prendre de risques. 

La suite, on la connaît. Des images en boucle. Pas celles du but de Gignac. Des corps recouverts, allongés au sol. Du sang, des larmes. Des gens dans un Stade, jusque dans le but où Giroud a marqué. Ils attendent le signal pour pouvoir rentrer chez eux. La pelouse est toujours aussi tarte, mais ça n’a plus aucune importance. L’important à ce moment-là, c’est que jusqu’au bout ce gazon mité a continué à se faire fouler par les crampons des joueurs comme si de rien n’était, devant des spectateurs qui n’ont pas cédé à la panique parce qu’ils étaient ignorants de ce qui se passait si près d’eux. 

À plus de 3 heures du mat, on regarde toujours ce gazon maudit sur les chaînes d’info en continu qui résument la soirée. Mais on ne le voit plus du tout avec les mêmes yeux… 

Dominique Sanchez

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