Portrait

Stéphane Ouradou
/ L’orfèvre qui aimait l’argentique

Passion photo. En installant, avec ses compères de l’association Les Argentiques, son labo dans l’ancienne usine Christofle, le photographe amateur marche dans les pas de sa grand-mère, ouvrière là-bas pendant une dizaine d’années dans les années 1960.
Stéphane Ouradou © Yann Mambert
Stéphane Ouradou © Yann Mambert

Quand il vient nous accueillir à l’entrée de l’Orfèvrerie, Stéphane Ouradou commence par s’excuser. Le photographe, autodidacte et amateur, a « encore un peu de boulot à terminer ». On suit donc le Dionysien dans les sous-sols de l’ancienne usine Christofle de Saint-Denis, reconvertie en atelier d’artistes par Soukmachines depuis décembre 2018.

C’est là qu’avec ses trois compères de l’association Les Argentiques - Anna Rouker, Pierre Trovel et Marie-Pierre Lagarrigue – Stéphane Ouradou a ouvert en janvier dernier un labo photo, pour développer et tirer des photos argentiques. Ils ont d’ailleurs l’ambition d’en faire un lieu ouvert au public. La pièce est éclairée par les fameuses lumières « inactiques », ces lumières rouges (mais pas que) qui permettent de développer des négatifs sans détériorer la pellicule. À l’heure du tout numérique, c’est comme un voyage dans le temps. Stéphane profite de son jour de congé – il est adjoint du patrimoine à la médiathèque Don Quichotte à La Plaine depuis douze ans – pour préparer des cyanotypes, cet ancêtre de la photographie, créé en 1842.
 

Rôle social du photographe  

Sur des morceaux de bois ronds poncés et dégraissés, il applique une solution chimique qui réagira aux UV et permettra d’obtenir des photos dans un joli dégradé de bleu de Prusse. « Ce côté tactile, artisanal, ancien, plaît beaucoup. C’est un peu magique », explique-t-il de sa voix basse et calme, un pinceau à la main. Le résultat final sera visible à la Foire des savoir-faire de Saint-Denis en décembre prochain. Stéphane Ouradou est photographe amateur, peut-être, mais passionné. Il obtient son premier appareil photo à l’adolescence - « un Phenix, en métal, très soviétique » - et s’épanouit dans « le rôle social du photographe, celui de témoin », avant d’abandonner la photo pendant près de dix ans… jusqu’à la naissance de sa première fille, en 2005.

« J’avais un petit appareil numérique mais ça ne me convenait pas du tout. Alors j’ai ressorti tout mon matos argentique. Les boîtiers, les objectifs etc. » Il ne lui faut pas grand-chose pour se remettre dans le bain ! Depuis, il enchaîne les commandes : avec la mairie de Saint-Denis, pour des concerts, et la campagne de communication de l’Euro 2016. Avec la SNCF, qui a exposé son travail pendant deux mois dans les gares de Saint-Denis et de la Plaine. Passer pro ? Cela ne lui a jamais véritablement traversé l’esprit. « Je n’ai pas ce goût du risque. La photo est pour moi un loisir. J’en fais quand j’en ai envie, et ça me permet de payer mon matos… Mais aussi des beaux voyages », explique le quadragénaire à la barbe généreuse, plus sel que poivre.

S’il aime se retrouver dans son labo pour préparer ses cyanotypes ou développer ces photos, il précise qu’il n’est pas « un ayatollah de l’argentique ! J’ai aussi des appareils numériques, que j’utilise souvent. Parce que la pellicule c’est très cher, et aussi parce que développer, tirer ses photos ça prend beaucoup de temps. » Une mise au point qui n’empêche pas qu’il garde toujours ce plaisir de « se faire une péloche en une journée », lors d’un voyage... A voir ouvert ce labo argentique a aussi une saveur spéciale pour Stéphane : sa grand-mère était ouvrière pour Christofle, au contrôle qualité.

Une série de portraits en cours

 « Je sais qu’elle a passé ce grand portail à l’entrée tous les jours pendant une dizaine d’années dans les années 1960 et qu’elle a emprunté la grande allée pour aller et revenir du travail », raconte-t-il avec émotion. Mais son imagination va plus loin : « Notre labo au sous-sol était un vestiaire. Et à l’étage, là où nous avons notre bureau, il y avait les ateliers. Il me plaît d’imaginer que ma grand-mère a emprunté ces escaliers, a mis sa main sur la rampe. »

Depuis cet été, le natif de Saint-Denis a en parti reconverti le bureau de l’association en studio photo. Il a peint des murs en noir, apporté ses éclairages, et s’est lancé dans une série de portraits. « J’ai d’abord photographié des comédiens et comédiennes, mais aussi des gens pour qui c’est un défi de se faire prendre en photo. Et réussir à ce qu’ils se trouvent beaux. Valoriser leur estime d’eux-mêmes, m’a apporté beaucoup de satisfaction. » Après avoir débuté cette série comme un défi technique, il y entrevoit désormais un projet au long cours : « Je n’avais pas anticipé cet effet, presque thérapeutique. Et j’ai envie d’aller plus loin, dans d’autres structures. Pourquoi pas des Ehpad, des foyers… Ça me plairait d’aller dans des endroits où les gens ont besoin de se rappeler qu’ils sont beaux.»

Arnaud Aubry

Retrouvez le travail de Stéphane sur https://le-nyctalope.weebwly.com ou sur Facebook en tapant Stéphane Ouradou Photographies

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