Portrait

Portrait de la semaine Philippe Donin
/ Salon de brassage

Kiné. Son cabinet de kinésithérapeute est une institution du quartier Floréal. Philippe Donin se sent bien à Saint-Denis et tout le monde peut ainsi profiter de l’expertise d’un homme qui soigne le reste de son temps les champions du Red Star.
Philippe Donin © Yann Mambert
Philippe Donin © Yann Mambert

À Floréal personne ne l’ignore. Philippe Donin, 61 ans, mène une double vie. Kiné de banlieue la semaine, kiné de banc de touche le week-end. Pour être précis, quatre après-midi par semaine Mr Donin est aux petits soins pour les footballeurs du Red Star (N1), le reste du temps Dr Philippe officie au 1 ter rue du Plouich. Voilà vingt-cinq ans que ce Parisien de la Porte de Saint-Ouen a choisi de traverser le périph et de quitter son cabinet de Montparnasse.

« Je m’ennuyais là-bas, se rappelle-t-il. Je ne soignais que des secrétaires qui avaient mal au dos. Ici, on suit beaucoup de vrais sportifs. » Mais Saint-Denis est aussi un choix du cœur. « J’habite L’Isle-Adam et ma femme me demande souvent pourquoi je n’ouvre pas une activité plus près de la maison, s’amuse Philippe Donin. Mais moi je viens toujours avec plaisir. »

Il faut dire que Monsieur le Kiné n’est pas maltraité au quartier. « Souvent les mamans du coin nous préparent des petits plats, annonce fièrement le débonnaire praticien. Aux beaux jours, la porte du cabinet reste ouverte. Nous n’avons jamais eu de souci. Les gens du quartier nous connaissent bien et sont toujours prêts à rendre service. » Et le kiné le leur rend bien. « Pendant la CAN des banlieues ce printemps, les joueurs venaient ici se faire strapper avant les matches ou soigner des petits bobos. 
 

Un carnet de rendez-vous qui déborde 

Dans cette auberge espagnole sans prétention, où un retraité de la Saussaie enquiquiné par une tendinite peut croiser un footballeur professionnel victime d’une rupture des ligaments croisés, on ne vient d’ailleurs pas qu’avec ses bobos. « Dans la grande salle de travail c’est calme aujourd’hui, mais souvent ça discute. Ici les gens reviennent 10 fois, 30 fois, 50 fois parfois. Ça crée du lien. Quand les gens se connaissent un peu mieux, ils apprennent à s’écouter. Il y a parfois des grands débats de société. » Sans doute aussi que les lieux de sociabilité manquent un peu dans le quartier. Alors, entre deux exercices, on fait un brin de causette chez le kiné. Heureusement que ce dernier a tendance à garder ses patients opérés des croisés 2 heures quand la Sécu décompte 30 minutes pour une consultation. Le problème, c’est que « Chez Philippe » le carnet de rendez-vous déborde.

« Il y a pénurie de kinés dans toute la France et encore plus dans les quartiers comme le nôtre. Quand un jeune kiné a le choix, souvent il choisit Saint-Cloud. Le problème, c’est la méconnaissance du territoire. J’espère que les choses vont s’arranger. On prend des stagiaires qui sont à chaque fois très contents parce que l’activité est très variée. Ils s’aperçoivent aussi que la banlieue ce n’est pas forcément ce qu’on en dit. Surtout les élèves kinés qui débarquent de Province. »

Sofiane Yettou, le nouvel associé de Philippe Donin, vient de moins loin, lui : Deuil-la-Barre (95). Et on peut dire que le jeune homme est tombé à pic. « Nous étions trois, puis deux, et je me suis retrouvé seul suite au départ en retraite d’Alain Villette, retrace l’aîné des praticiens. C’était devenu impossible de faire face à la demande. Heureusement que Sofiane est arrivé il y a un an. »
 

Un peu de mécanique, beaucoup d’humain

Complémentaires dans leurs pratiques, les deux hommes qui se sont rencontrés au Red Star semblent s’être bien trouvés. « C’est super enrichissant de travailler avec Philippe, se réjouit Sofiane. Il a une très bonne réputation dans Saint-Denis et certaines personnes viennent de loin pour passer entre ses mains. » Et n’allez pas croire qu’en bon professionnel Sofiane passe de la crème dans le dos du « taulier ».

« Certains patients disent qu’il fait des miracles. C’est vrai qu’il est très humain. On ne voit pas ça partout. Et notre métier ce n’est pas que de la mécanique. C’est 70 % d’humain. » Une humanité que le divin chauve diffuse donc chaque semaine depuis neuf ans dans le vestiaire du Red Star. Ce « club différent » et la ferveur qui l’entoure lui ont fait vivre des grands moments. « Mon plus grand souvenir avec le Red Star c’est le 32e de finale de Coupe de France contre Marseille en 2012 au Stade de France devant 55 000 spectateurs. » Mais l’histoire avec le Red Star, le kiné dionysien aimerait aussi la conjuguer au futur.

« Je suis content que le club s’ancre ici avec l’académie. D’ailleurs, les petits seront suivis au cabinet. Le projet de nouveau stade c’est bien aussi. J’aimerais suivre une saison complète en Ligue 1 avant de raccrocher. Dans ce cas-là, je referai les déplacements. Ça me permettrait de faire le tour des stades que je n’ai pas vus. » En parlant de stade, on ne pouvait pas ne pas poser cette dernière question à un kiné d’équipe de foot. Alors, la bombe de froid est-elle vraiment magique ? « Elle n’est pas magique, rigole le professionnel. Bien sûr que les footballeurs font du cinéma. Mais le foot c’est aussi super violent. Il faut voir les fractures et les traces de crampon. Pour éviter les blessures il faut avoir une bonne hygiène de vie et l’entraînement qui va avec. » Sans oublier un bon kiné.

Yann Lalande
 

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