Portrait

SKN
/ Brut de rap

Étudiante et kickeuse (1). À 19 ans, Sokhona vit avec son temps. Cette « enfant de l’an 2000 » s’est lancée officiellement dans le rap l’année dernière et elle compte bien montrer qu’elle y a sa place.
Sokhona, étudiante et rappeuse a commencé à rapper de manière officielle l'année dernière.  © Yann Mambert
Sokhona, étudiante et rappeuse a commencé à rapper de manière officielle l'année dernière. © Yann Mambert

Sur les réseaux, vous la trouverez sous son nom de scène : SKN. Trois lettres pour personnifier Sokhona (prononcez Sorna) dont le prénom signifie « La femme de quelqu’un ». À 19 ans, l’étudiante inscrite en première année de BTS Gestion des entreprises à Sarcelles fait partie de cette « Génération Z », celle pour qui le smartphone semble être une sorte de prolongement de la main, celle qui assume totalement d’être « tout le temps » connectée à Instagram, Snapchat ou YouTube.

« Tout se passe là-bas », exprime avec évidence la coquette Dionysienne qui a commencé à se faire connaître en tant que rappeuse grâce à ses différents freestyles balancés sur la Toile, moins pour se faire voir que pour s’imposer dans le milieu du rap en tant que « fille ». Car depuis qu’elle s’est « officiellement lancée l’année dernière », Sokhona, qui a grandi à la cité des 4 000, à La Courneuve, l’a constaté : « Il n’y a pas de filles qui rappent ici. En tout cas, s’il y en a je ne les vois pas et je ne les connais pas. » Par « ici », l’habitante de la cité Romain-Rolland veut dire Saint-Denis où « il y a plein de rappeurs. T’en as à SFC, à Franc-Moisin, à Joliot, à Allende. Y’en a partout des garçons qui rappent ! ». 
 

« Il n’y a pas assez de filles dans le rap »

Même combat pour le rap français, estime la jeune artiste qui en écoute en boucle. Elle apprécie entre autres le travail de Ninho, Niska, Niro, Damso mais aussi des anciens tels NTM. « Je trouve qu’il n’y a pas assez de filles dans le rap français, de filles connues. Celles qui sont là, elles chantent c’est tout, elles ne rappent pas. Par exemple, à l’ancienne, il y avait Diams, elle faisait du rap genre “rap, rap, rap”. Aujourd’hui, comme filles, il y a Aya Nakamura, Shy’m mais elles ne sont pas rappeuses », continue Sokhona qui prend le soin de différencier « chanter » et « rapper ». D’ailleurs, c’est après s’être fait charrier par ses amis qu’elle a « envoyé sur les réseaux » en mai 2019 #OPAT 1 On passe à table, un premier freestyle aux paroles féministes, s’autorise-t-on à dire. « Quand je rappais avec mes potes gars, ils me disaient tout le temps “mais de toute façon, toi t’es une fille donc même si tu rappes bien, ça ne va rien t’apporter, vas-y chante!”.» Et SKN rappa…

« Si je rentre dans le taf c’est mort pour eux », « J’ai des choses à prouver comme le fait qu’en effet je suis plus forte qu’eux », « Une meuf de plus qui veut s’imposer ça va pas leur plaire, on s’en bat les steaks ». Les paroles de #OPAT 1 sont explicites. Adressées à la gent masculine qui rappe, elles dévoilent aussi la personnalité d’une Sokhona qui se décrit dans la vraie vie, comme « quelqu’un d’introvertie qui aime bien rester dans son coin », mais ne se laisse pour autant « pas marcher sur les pieds, que ce soit par un garçon ou une fille ».
 

« Mon côté féministe vient de ma mère »

Celle qui apparaît plus confiante derrière le petit écran de nos mobiles raconte que « son côté féministe », elle le tient de sa maman. « Mon père était absent quand j’étais petite et ma mère a dû jouer les deux rôles. Elle a fait le papa et la maman. Si elle n’avait fait que le côté doux, ça fait longtemps que je serais partie en sucette », avance Sokhona. Sa passion pour le rap et l’écrit la suit depuis sa période collège. « De la 5e à la 3e, j’ai écrit des textes de rap. Après quand je suis arrivée en 2de, j’ai commencé à écrire des textes sur lesquels je chantais et maintenant je fais les deux », confie l’aînée d’une famille de trois enfants.

Grâce à une amie qui lui a donné le contact, elle s’est fait produire par le label indépendant Work Hard et a enregistré en studio trois titres : Cristaline, un morceau rap dont le clip a été tourné à la Plaine, puis Ensemble on est mignon et Dans tes yeux (plus de 103 000 vues sur YouTube pour chacun des clips), des « sons love qui passent bien à l’oreille », explique SKN. De culture métissée – martiniquaise par son père et sénégalaise par sa mère – Sokhona évoque avec une certaine pudeur ce qui l’inspire lorsqu’elle prend la plume. « J’écris sur des choses que j’ai vues ou vécues », les paroles et clips de certains rappeurs « qui insultent de ouf les femmes » mais qu’elle écoute et dézingue volontiers, car si les « paroles sont hard ça fait partie du truc, c’est imprégné dans la culture du rap actuel, comme l’argent, la drogue, etc.». A-t-elle un avis sur ce bon vieux débat concernant le devoir d’exemplarité des rappeurs ou rappeuses ? « Je ne pense pas qu’on soit là pour donner l’exemple. On dit ce qu’on veut dire dans nos sons, on raconte des vécus. Et puis, ce n’est pas parce que les jeunes écoutent du rap qu’ils vont devenir des bandits », pense Sokhona.

Yslande Bossé

(1) du verbe kicker qui signifie rapper

(2) Sur Instagram et Snapchat : sknofficiel
 

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