En ville

La dénonciation de l'état d'urgence fait salle comble

Bourse du travail. Le meeting "pour une politique de paix, de justice et de dignité" a fustigé la stratégie des interventions militaires au Moyen-Orient.
Alain Gresh, à la Bourse du travail de Saint-Denis, le 11 décembre.
Alain Gresh, à la Bourse du travail de Saint-Denis, le 11 décembre.


Il y a bien eu quelques (rares) voix, dans le champ politique, pour s'alarmer de la dérive sécuritaire actuelle. Mais à la velléité de dénonciation, les participants au meeting « pour une politique de paix, de justice et de dignité », vendredi 11 décembre à la bourse du Travail de Saint-Denis, ont ajouté la critique sur le fond. Les intervenants ont exposé la stratégie gouvernementale qui se déploie, en France comme ailleurs, et qu’on pourrait nommer ‘stratégie de la terreur’. Cette stratégie consiste à nier les conséquences directes de la politique étrangère sur la politique intérieure ; précisément, à réfuter que les interventions militaires et leurs centaines de milliers de morts puissent nourrir le ressentiment des populations au Moyen-Orient et favoriser l’émergence de groupes extrémistes. Le journaliste Alain Gresh et l’universitaire Tariq Ramadan ont souligné la centralité de la question palestinienne à cet égard.


A cette explication logique, le gouvernement en substitue une autre, de nature religieuse : des Musulmans « radicalisés » ont juré la perte de notre « mode de vie ». Cette justification « civilisationnelle » sert de paravent à des conflits impérialistes. L’état d’urgence, en France, n’est pas un regrettable effet secondaire, mais le moyen d’étouffer la dissension. Dans ce subterfuge, les Musulmans sont les boucs émissaires. La peur se propage, l’islamophobie divise la société. Les réfugiés des guerres livrées au nom de la démocratie sont repoussés aux frontières. « Les racistes ont le feu vert », a résumé Salma Yaqoob.

Pour cette Britannique, ancienne élue du Respect Party, comme pour Alain Gresh ou Tariq Ramadan, le 11 septembre a fourni la matrice de cette stratégie. Après l’attentat au World Trade Center, le gouvernement Bush a instrumentalisé l’émotion populaire pour justifier l’invasion de l’Iraq et une guerre censée éliminer le terrorisme. « C’est l’inverse qui s’est produit », constate Gresh. Le Patriot Act, loi liberticide, avait neutralisé la contestation aux USA. A cette aune, les récentes dérogations aux libertés individuelles inquiètent la Ligue des Droits de l’Homme. L’avocat Michel Tubiana, de la LDH, s’en est fait l’écho. L’antidote au poison ? L’analyse des politiques menées à l’extérieur et à l’intérieur, et de leurs conséquences. Car « On parle d’Islam pour ne pas parler d’économie, d’incurie gouvernementale » (T.Ramadan.)


Marwan Muhammad, du Comité contre l’islamophobie, a malicieusement noté l’absence des partis de gauche à cette soirée. (Madjid Messaouedene, conseiller municipal de Saint-Denis, était présent, ainsi que des militants d’Ensemble, du PG ou du NPA. Mais aucun responsable national ni même départemental). On peut se demander ce qui a les a retenus de participer, avec un demi-millier de personnes d’une « diversité » bien réelle, à un meeting pacifiste, anti-impérialiste, internationaliste, de critique sociale, de défense des libertés et d’exigence démocratique… Est-ce « tabou », comme a raillé M.Muhammad, de côtoyer « des Arabes, des Noirs, des Musulmans, des habitants des quartiers populaires » ? En attendant la réponse, Sihame Assebague, militante des droits civiques, a ponctué une liste de griefs (mépris institutionnel, violences policières, précarité des quartiers populaires, etc.) d’un slogan, largement repris : « Pas de justice, pas de voix. »


Sébastien Banse


Erratum (17/12/2015) : Sihame Assebague n'est plus porte-parole du Collectif "Stop le contrôle au faciès". Elle s'exprimait ici en son nom, et pas au nom du collectif. D'autre part, on trouvait aussi dans la salle, avec ceux des partis déjà cités, des militants du Parti Communiste.  


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