Portrait

Larha Magassa
/ Le cinéma dans le sang

Parce que les films qu’il voyait à la télé lui ont permis de supporter ses longues phases d’hospitalisation – il est atteint de drépanocytose – depuis qu’il est gosse, le jeune homme de Joliot-Curie a décidé de dédier sa vie au 7e art.
Larha Magassa, cinéaste touche-à-tout © Yann Mambert
Larha Magassa, cinéaste touche-à-tout © Yann Mambert

 

Elle aurait pu l’abattre, le contraindre au repli sur soi. Elle a construit sa personnalité, modelé ses aspirations. Larha Magassa a fait de sa maladie une force. La drépanocytose est le nom de cette compagne invisible que le jeune homme de 27 ans côtoie depuis toujours. La maladie génétique – la plus fréquente en France – affecte l’hémoglobine des globules rouges. Anémie, crises douloureuses et risque accru d’infections figurent au tableau peu enviable de ses symptômes. Alors Larha avale chaque jour six cachets pour les diminuer. Et, surtout, toutes les cinq semaines, il suit un « échange transfusionnel » à l’hôpital de jour d’Avicenne.

« On remplace ton sang malade par du sang neuf, explique prosaïquement Larha. Je dois énormément aux donneurs. J’ai commencé ce traitement quand je suis entré à la fac. Avant, je ne finissais jamais ma scolarité normalement. » Malgré cela, il décroche un bac sciences et technologies de la gestion et une mention bien en licence Arts du spectacle, option cinéma, à Paris 8, dont il espère valider le master cette année. Pour cela, Larha est considéré comme « une grosse tête » dans son quartier de Joliot-Curie où il a grandi. « Les grands du quartier et les potes m’ont protégé. » Une bienveillance et une solidarité que cet esprit créatif a baptisées « l’unicité ».

« Durant mon enfance et mon adolescence, j’ai passé la plupart du temps allongé sur un lit d’hôpital, se souvient Larha. La seule chose qui m’a aidé à tenir le coup, c’est cette petite télé accrochée au plafond dans un coin de la chambre, la boîte magique qui pendant quelques heures me permettait d’oublier tout le reste. » Les films que le petit gars de Joliot dévore alors lui font du bien. « Je me suis dit que plus tard il faudrait que je rende la pareille au cinéma, que je partage les mêmes bienfaits avec les autres hospitalisés en pédiatrie. » Ce moyen d’expression lui permet aussi de « donner une image positive des quartiers et d’en faire émerger le meilleur ». En l’occurrence auprès des jeunes, qu’il emploie volontiers dans ses films. Seul impératif : « Il faut que je ressente leur amour du cinéma. »

Scénariste, réalisateur, assistant, comédien

Le Dionysien est à ce jour l’auteur de nombreux courts-métrages et documentaires et d’une web série. Scénariste, réalisateur, assistant, comédien… Il touche à tous les métiers du 7e art. En 2013, l’atelier d’écriture qu’il anime auprès de jeunes du quartier Romain-Rolland aboutit au film Génération Cité. « C’est le film qui m’a révélé. » Le projet est soutenu par la Ville de Saint-Denis et la Mission métropolitaine sur la prévention des conduites à risques. Larha fait le pitch. « Un jeune est témoin du meurtre de son grand frère, un règlement de compte entre trafiquants de drogue. Un choix s’impose à lui : suivre le chemin du deal ou le chemin de l’éducation… »

Le film est programmé à l’Écran, un cinéma cher à son cœur. Il se remémore être allé voir « vachement jeune » son directeur Boris Spire pour lui proposer de « donner un coup de main bénévolement ». Toute l’équipe a été « très accueillante » et lui a laissé voir des films « gratos. C’est là que j’ai découvert les classiques, Chaplin, Keaton, Kubrick… » Avec Génération Cité, Larha participe aussi à des conférences sur la prévention dans des lycées et des collèges et, « le meilleur pour la fin », le film est projeté devant la ministre de la Justice d’alors Christiane Taubira. « J’ai pu échanger avec elle ! », se réjouit-il encore.

Transmission et basilique

Comme il se l’était promis gamin, Larha multiplie les occasions de transmettre sa passion du cinéma. Aussi, il anime des ateliers d’écriture et de réalisation pour diverses structures, avec pour but « de favoriser le développement de soi, de lutter contre l’autocensure » et, toujours,« s’approprier son sujet pour en faire émerger le meilleur ». La confiance en soi, Larha, lui, l’a travaillée en faisant du théâtre, dès l’âge de 17 ans, avec la compagnie dionysienne du Théâtre d’or.

Aujourd’hui, Larha est concentré sur la réalisation du documentaire À nous la basilique. C’est Serge Santos, administrateur de la cathédrale et père de son meilleur ami, qui lui a proposé de participer au projet mené par Franciade avec le Centre des monuments nationaux. Les questions de l’accessibilité au patrimoine et la diversité de la ville ont séduit Larha. En parallèle, il travaille sur Respire, un court sur la solitude des personnes âgées et – le sujet est moins souvent traité – l’isolement des jeunes. Il prépare aussi Reborn, un long-métrage « quasi autobiographique ». Surprenant, pour ce garçon pudique.

« Sur les tournages, je ne révèle pas que je suis malade. » Mais la drépanocytose lui impose de nombreuses contraintes. Pas d’altitude, s’hydrater, faire attention au chaud et au froid, aux efforts physiques… « Mais je m’en fous un peu ! », fanfaronne-t-il. Heureusement, sa petite amie veille sur lui. « Elle est casse-pieds, dit-il avec tendresse. Elle me dit toujours “bois de l’eau !” » Un jour, aussi, il taira sa pudeur pour parler de sa famille. De son père, immigré malien retraité du BTP ; de sa mère, courageuse femme de ménage qui a survécu à un AVC ; de sa sœur, une battante – « elle est plus virile que moi ! » – atteinte de drépanocytose elle aussi comme l’un de ses quatre frères ; du petit dernier de la fratrie, autiste, dont il est le tuteur. « Cette histoire, j’en ferai une trilogie ! »

 

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