Portrait

Le portrait de la semaine Catherine Denis
/ Prendre un parent par la main

Parent d’élève. Cette ingénieure chimiste aime toujours vivre à Saint-Denis, à Delaunay-Belleville, avec son mari et ses trois enfants. En dépit du trafic de drogue qui gangrène le quartier jusqu’au groupe scolaire Victor-Hugo.
Catherine Denis fait partie des parents d'élèves qui depuis le 17 mai forment une chaîne humaine devant l'école Victor-Hugo pour dénoncer le trafic de cannabis. © Yann Mambert
Catherine Denis fait partie des parents d'élèves qui depuis le 17 mai forment une chaîne humaine devant l'école Victor-Hugo pour dénoncer le trafic de cannabis. © Yann Mambert

Catherine Denis est une battante. « Pour moi, c’est simple. L’humain, soit il se bat, soit il se barre », répond la Dionysienne – avec son gabarit poids plume – quand on lui demande pourquoi elle continue de vivre à Saint-Denis.

Ingénieure chimiste chez L’Oréal où elle travaille, ses collègues – qui habitent généralement à Paris ou en grande banlieue – lui posent souvent cette question. « Moi, j’ai choisi de rester parce que j’aime mon quartier, j’aime ma maison, j’aime mes voisins, j’aime cette ville, j’aime vivre ici », répond-elle, comme une évidence. Hors de question qu’elle s’en aille, malgré les inégalités et les problèmes liés au trafic de drogue qui opère à ciel ouvert dans son quartier Delaunay-Belleville au nord de la ville.

Née à Paris, aujourd’hui âgée de 44 ans, Catherine Denis a grandi à Issy-les-Moulineaux dans une famille de boulangers où elle doit donner un coup de main. Son BTS en poche, elle intègre L’Oréal où elle gravira les échelons au fur et à mesure. Elle débarque à Saint-Denis il y a vingt ans – où elle occupe avec son compagnon un appartement du centre-ville. La basilique, les rues commerçantes, le monde et son mouvement. « On a eu un coup de cœur », dit-elle.

En 2003, ils emménagent dans un pavillon situé dans un petit passage tranquille, à quelques pas de la cité Fabien. « C’est un îlot où on est au milieu de la verdure », décrit cette mère de trois enfants. Elle y entend le chant des oiseaux. Et ces dernières années, parfois, lorsqu’elle se pose sur sa terrasse, les cris des guetteurs résonnent au loin. Presque rien comparé aux habitants qui vivent à proximité immédiate des points de deal. « On est plutôt préservé », dit Catherine. Elle ne subit pas les désagréments au quotidien d’un trafic qui s’est banalisé dans le quartier. « C’est comme une pieuvre, dont les tentacules s’immiscent où ils peuvent. » 

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Une chaîne humaine devant l’école

Et ces tentacules sont allés jusqu’au groupe scolaire Victor-Hugo, qui compte une école maternelle et deux écoles élémentaires, situé entre le terrain de deal de la cité Dourdin et celui de Péri. Le 13 mai, une intrusion en plein après-midi avait mis en émoi les parents, contraignant la mise en sûreté de 600 élèves dans les classes pendant près d’une heure, jusqu’à 17h30. Plus tôt, quelques boulettes de shit avaient été retrouvées dans un bâtiment. Des policiers l’ont fouillé pour le sécuriser. Les parents, eux, ont dû attendre pour récupérer leurs enfants. « Vous imaginez à quel point c’est anxiogène », raconte Catherine, dont la benjamine est en maternelle. « Pour nous, cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », continue la représentante à la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE).

Deux jours plus tard, les policiers ont trouvé environ 30 grammes de cannabis dans l’enceinte de l’établissement à des endroits heureusement non accessibles aux enfants. Depuis le 17 mai, des parents se sont relayés pour former chaque matin une chaîne humaine devant l’école. Un jeudi, fin juin, « on était 57 », dit fièrement Catherine, épatée par la solidarité des parents et des riverains qui s’organisent sur les réseaux sociaux. « On ne se dit plus bonjour de la même façon. » Investie à la FCPE depuis une quinzaine d’années, et la scolarisation de son aînée, elle constate la dégradation des moyens dans les services publics. « Que ce soit l’éducation, la police, la justice, la santé, il nous faut plus de moyens en Seine-Saint-Denis. »

L’ingénieure se déclare personnellement favorable à la légalisation du cannabis. « Le débat mérite d’être posé. » Elle défend ardemment « l’école laïque, gratuite, publique qui intègre tous les enfants ». Avec son mari, directeur d’école, ils ont toujours fait le choix de scolariser les leurs dans les établissements – de la maternelle au lycée – de leur quartier. Comme un symbole, le groupe scolaire Victor-Hugo porte le nom du grand écrivain français. « C’est lui qui disait “ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons”. Moi, je crois beaucoup à l’éducation qui porte l’avenir de notre Nation », conclut-elle.

Aziz Oguz

Réactions

N'oublions pas toutes les autres mamans qui ont été présentes tous les matins à former cette chaîne humaine....c'est vrai que ces autres mamans ne sont pas chimistes .... Mais autant investies que cette dame. Bien cordialement.

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