Portrait

Tony Mango
/ Lekol Kreyol (1)

(1) L’école créole. Tony Mango s’est battu pour que le guadeloupéen et le martiniquais aient leur propre épreuve au baccalauréat. Il est l’unique enseignant en France hexagonale de ces langues caribéennes et prépare avec passion les élèves du lycée Paul-Éluard.
Tony Mango enseigne le guadeloupéen et la martiniquais aux élèves du lycée Paul-Eluard   ©Yann Mambert
Tony Mango enseigne le guadeloupéen et la martiniquais aux élèves du lycée Paul-Eluard ©Yann Mambert

Un cours un peu particulier se déroule le lundi à 16 h au lycée Paul-Éluard. Une quinzaine d’élèves y apprennent le créole guadeloupéen ou martiniquais en vue de le présenter au baccalauréat. La séance du jour est consacrée à la mémoire et plus particulièrement au mois de mai, « mwa a mémwa », mois de résistance historique et mois symbolique de l’abolition de l’esclavage en 1848 en Guadeloupe et en Martinique.

« Ce n’est pas uniquement un apprentissage de la langue, mais aussi un enseignement de la société et de sa culture », précise Tony Mango. Le dynamisme et la volonté de transmission de ce professeur de guadeloupéen et de martiniquais lui ont permis de réaliser quelque chose d’unique : « Je suis le seul prof de créole de toute la France hexagonale. » Né en Guadeloupe en 1964, il débarque à Créteil à l’âge de 10 ans, le créole chevillé au corps. « J’ai toujours été passionné par cette langue. En 4e déjà j’écrivais des textes et des poésies en créole. » Le jeune Tony se tourne alors naturellement vers son enseignement, d’abord dans un cadre associatif. En 1996 il fonde Eritaj et mets en place des cours dans sa langue maternelle.

« C’est une véritable quête identitaire qui m’a tout naturellement amené à axer mes actions autour du créole, parce que c’est une langue de partage, qui permet de dire qui tu es. » Marié à une Martiniquaise et père de deux enfants de 25 et 29 ans, Tony Mango revendique sa nationalité guadeloupéenne. « Je considère que l’île est encore dans une situation de colonialisme et je revendique une relation avec la France qui ne serait pas basée sur la dépendance. Je suis un citoyen français car je vis ici, mais la Guadeloupe a une histoire, une culture et un territoire propres auxquels je m’identifie. »

Passion Transmission

Après une première expérience de l’enseignement du créole dans le cadre scolaire en 2004 où « dès le début les élèves ont demandé s’ils pouvaient le passer au bac », Tony Mango se lance en 2005 dans « une belle bataille » pour inscrire ces langues insulaires au programme du baccalauréat. « On a démarré un travail de militant. On a envoyé des lettres au ministère de l’Éducation qui nous a répondu que le créole ne pouvait être enseigné que dans les territoires où il est en usage.» Une pétition est alors lancée et 4000 signatures sont récoltées. En parallèle, l’insatiable enseignant, prof d’anglais depuis 1993, se met en disponibilité. « Je voulais faire autre chose et je me suis lancé dans un master en aménagement et développement territorial. J’aurais pu me retrouver à la mairie de Saint-Denis! », ironise-t-il.

En 2008, après trois ans de combat: la victoire. Avec ses amis militants ils choisissent deux lycées d’Île-de-France : le lycée Léon-Blum de Créteil, « parce que 7 à 8 % des habitants sont d’origine caribéenne » et le lycée PaulÉluard à Saint-Denis, ville qui regroupe également une importante communauté créolophone. « Il s’agissait pour moi de revenir dans l’enseignement mais uniquement pour le créole. » D’abord enseignant à Créteil, c’est en 2011 qu’il arrive à Saint-Denis et jongle depuis entre les deux lycées distants « d’une heure de bouchons ». Au baccalauréat, quatre langues dites « régionales » – les deux caribéennes enseignées par Tony Mango, plus le guyanais et le réunionnais – peuvent être choisies en deuxième langue ou bien comme troisième langue optionnelle.

En cours, chaque phrase est donc traduite dans les deux langues. « J’ai aussi quelques élèves haïtiens à Saint-Denis alors on travaille un peu cette langue même si pour l’épreuve du bac ils ne pourront pas le parler.» Pour cet infatigable transmetteur de savoir, l’enseignement du créole permet surtout aux élèves « d’en apprendre plus sur eux-mêmes et sur leur culture, tout en légitimant la langue qu’ils parlent en famille ».

Olivia Kouassi

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