Portrait

Le portrait de la semaine Anne-Laure Benharrosh
/ Passeuse et passante

Philo. Amoureuse du théâtre, de la pensée, de la transmission, Anne-Laure Benharrosh anime des ateliers d’initiation à la philosophie pour les enfants. Un moyen pour elle de participer à la vie de la cité.
Anne-Laure Benharrosh
Anne-Laure Benharrosh

 

Anne-Laure Benharrosh est née à Saint-Denis, mais ne s’y est installée qu’une trentaine d’années plus tard. «L’un des premiers souvenirs que je rattache à cette ville, ce sont mes expéditions au TGP, que j’ai fréquenté à partir de 16 ans. J’habitais à Villiers-le-Bel, ma mère venait souvent me chercher – les mères font un boulot formidable – parfois je rentrais en transports en commun, et je me rappelle une scène grisante, où j’avais aperçu sur le quai le comédien Redjep Mitrovitsa portant encore l’imper avec lequel il venait de jouer.»Après une classe prépa littéraire et une maîtrise de lettres classiques à la Sorbonne, elle qui avait rêvé de devenir «juge d’instruction», devient professeure. Elle enseigne désormais le français, le grec et le latin, «dont les mythes sont de formidables réservoirs à pensée. Un enseignant, c’est souvent quelqu’un qui ne veut pas quitter l’école, admet-elle. J’étais fascinée par l’échange, la parole, le verbe… il y a du théâtre chez le prof».

En 2000, elle complète son cursus avec un DEA en études théâtrales à Paris 3. «Il fallait que j’exploite la richesse d’avoir plusieurs “moi”, plus on a de rôles différents, plus on nourrit sa vie. Le théâtre repousse les frontières de l’intime et rend politique ce qui est le plus intime. J’aime aussi son côté festif et spectaculaire. Le texte, le corps, mais aussi son aspect bricolage, magique, défiant tout.» Pendant ses études à la Sorbonne, elle participe au groupe de théâtre antique et joue des pièces en latin et en grec.

En parallèle de ses cours au lycée, Anne-Laure Benharrosh anime depuis une dizaine d’années des ateliers philo pour enfants, une quinzaine par an à Saint-Denis. «Mes propres enfants ont été le déclencheur. Et une certaine idée de la philosophie. On croit qu’on est celui qui apporte et en fait ce sont les enfants qui laissent apparaître la clarté et la richesse qui sont en eux. Je voulais apprivoiser avec eux le bonheur et le défi de penser par soi-même.»Les premiers ateliers philo ont eu lieu dans le cadre d’une association, La Palpe (Pratique artistique et linguistique pour enfants), dans des lieux emblématiques de la ville (basilique, mairie, cimetière…), «pour les faire réfléchir sur ce que cela voulait dire d’être là».

 

« DES CITOYENS QUI SAURONT PENSER MIEUX »

Désormais les ateliers ont lieu dans le cadre de manifestations, qui se déroulent dans les médiathèques, le TGP, le cinéma l’Écran ou encore avec le Parti Poétique/Zone sensible. L’enseignante, âgée de 49 ans, intervient parfois aussi directement à l’école, après que les enfants (du CE1 au CM2) ont assisté à une séance de cinéma ou de théâtre. «L’atelier philo sert à analyser ce qui a été vu, ce qui se joue pour eux et par rapport à la société. Mais ce sont les enfants qui orientent le débat, nous construisons ensemble la problématique. Nous arrivons souvent à des questions d’une complexité stimulante. Je leur dis, qu’une question philosophique c’est souvent une question qui n’a pas de réponse, le plus intéressant c’est de chercher, de se confronter à la question, à soi, aux autres.» Pour elle, ces ateliers permettent «de libérer et construire la parole. Nous travaillons leurs émotions, développons leur pensée créative, fabriquons des citoyens qui sauront penser mieux, avec, contre. C’est un apprentissage de l’altérité, mais aussi un temps conquis pour aller à la conquête de soi».

Anne-Laure Benharrosh habite depuis une vingtaine d’années à Saint-Denis et ne se défait pas de deux habitudes : «Un petit carnet pour noter tout ce que je vois, car c’est une ville où se raconte le monde; j’essaie de me balader aussi toujours avec le sourire, car on a tous besoin de réconfort et de cet échange fugitif mais qui en dit long.» Pour elle, «les personnes qui ont fait le choix de venir habiter ici sont là par conviction, veulent expérimenter des choses, cette ville est un laboratoire. Les ateliers philo, c’est ma manière à moi de contribuer à Saint-Denis, d’être une passeuse et une incitatrice»

Delphine Dauvergne

Samedi 18  mai à 17 h, atelier philo après le spectacle J’ai trop peur au TGP. 

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