Portrait

Le portrait de la semaine Délivrance Makingson
/ Fils de Notre-Dame

Artiste. La massette et le pinceau sont le prolongement de ses mains. Tailleur de pierre et peintre, ce résident du 6b est un être entièrement habité par son art, qui fait corps avec lui.
Délivrance Makingson dans son atelier du 6b.
Délivrance Makingson dans son atelier du 6b.

Avec sa casquette marron de gavroche, sa chemise et ses lunettes rondes à monture jaune dorée, Délivrance Makingson semble tout droit sorti de l’imaginaire d’un peintre ou d’un romancier. Né à Gros-Morne, en Haïti, « dans les années 70 », cet artiste possède l’allure de ces gamins sensibles et révoltés des rues de Paris, dans les années 1830, symbolisés par un des personnages de la célèbre toile d’Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple. La capitale française et son Histoire, Délivrance Makingson ne les connaît que trop bien. Il fait partie de la « grande famille » des tailleurs de pierre, ces artisans rares passionnés par la matière minérale et l’architecture.

« Dès 6 ans, je voulais travailler dans la pierre. Je me rappelle que dans mon village, il y en avait partout. J’ai commencé à faire un petit mouton dans la pierre avec mes premiers outils », confie, assis sur sa péniche amarrée quai Sisley, à Villeneuve-la-Garenne, celui qui a passé son enfance à Largny-sur-Automne, en Picardie. Adopté à l’âge de 3 ans par un couple d’origine grecque, Délivrance Makingson Nespoulous tient aussi cette passion de son père adoptif qui était « reporter photographe dans le domaine des carrières de pierre ».
 


« C'est une vraie partie de ma vie cette cathédrale »

Après une formation de sculpteur où il apprend aux côtés de grands noms tel Pierre Peignot, l’artiste va véritablement s’immerger dans le métier de tailleur de pierre au cours de ses premiers chantiers. Le Louvre d’abord. Là-bas, il rencontre « pleins d’autres compagnons ». Puis il y aura le Pont Neuf où il a travaillé cinq ans, pendant lesquels avec « les copains », il « refait cinq arches et change 80% des pierres », mais aussi Notre-Dame. Lundi 15 avril, lorsqu’il apprend que la cathédrale de l’île de la Cité est ravagée par un incendie, Délivrance Makingson est « effondré. J’avais l’impression de me consumer en même temps qu’elle brûlait, j’ai serré les poings, j’étais en larmes. C’est une vraie partie de ma vie cette cathédrale. Elle m’a donné à manger et à boire pendant un an et demi. Je l’ai toujours appelée ma maman, je suis un fils de Notre-Dame ».

Aujourd’hui, s’il se dit « rassuré » par la reconstruction à venir de l’édifice, il s’interroge sur ceux qui vont la restaurer. « Qui ils vont mettre ? Nous, tailleurs de pierre, on l’a déjà restaurée, ils n’ont qu’à venir nous chercher, propose l’ancien Dionysien. On est prêt à mettre des millions pour le matériel mais le genre humain, celui qui le bâtit, c’est l’oublié », juge Délivrance Makingson pour qui le métier de tailleur de pierre doit être « remis à sa juste valeur ». 
 

Van Gogh, Picasso, Basquiat, Moebius…

Animé dès son plus jeune âge par la taille de pierre, il considère que la peinture, son autre passion, a toujours été en lui. Y aurait-il là un lien entre son île natale, Haïti, où cette forme artistique est très répandue ? « C’est clairement lié. En tant qu’Haïtien, j’ai une certaine sensibilité avec la peinture, c’est tous les ancêtres qu’il y a en nous », affirme cet admirateur de Van Gogh, Picasso, Matisse, Basquiat ou encore Toulouse-Lautrec, des « amis ». Car ils font le même « combat » : « révolutionner l’histoire de l’art ». Même s’il craint qu’on voie dans ce souhait une certaine « prétention », le peintre se justifie : « Je veux dire la vision que j’ai de ce monde au même titre qu’eux. »

Ses toiles s’inspirent de l’actualité – migrants, gilets jaunes – mais aussi de la ville de Saint-Denis, qu’il « adore ». L’une d’elles, exposée dans son atelier du 6b, représente le martyr chrétien qui porte le nom de la commune, la tête coupée. « Elle avait été exposée à la basilique pour la Nuit des cathédrales. » Son coup de pinceau et de crayon – car il aime aussi dessiner – il le doit à des artistes comme Georges Bess et Moebius, ses mentors auxquels il tient à rendre hommage. « J’ai été marquée par ces gens, ils m’ont mis dans le bon sillon de l’esthétisme », confesse le peintre. Musicien, chanteur, et « fan des génies », l’artiste aux yeux brillants et rêveurs n’a de cesse de travailler, comme s’il voulait dévorer le monde artistique sans craindre pour autant de se sacrifier pour lui. « Je fais don de moi à l’histoire de l’art. »

Yslande Bossé

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