Portrait

Le portrait de la semaine William Ambert
/ William Le conquérant

Comédien. Il vient d’adapter pour la scène un texte d’une brûlante actualité après avoir joué l’an dernier à la basilique le rôle de saint Denis.
William Ambert, comédien vient d'adapter un texte intitulé La Lettre à la République écrit par Hervé Dalmais.
William Ambert, comédien vient d'adapter un texte intitulé La Lettre à la République écrit par Hervé Dalmais.

« Mon amour, mon Orient, ma République, voici les faits : c’était un samedi du mois de mars, en fin de manifestation, place de la Nation. Au fond là-bas du cercle, je m’en rapproche puis je m’en éloigne. Une échauffourée, fusées de Bengale, flammes d’une voiture qui flambe…»

C’est ainsi que débute le texte que joue actuellement William Ambert, en étrange résonance avec l’actualité. Écrit par Hervé Dalmais, il a été publié en 2007. « La Lettre à la République est à la fois un coup de gueule et un message d’espoir, suite à un tabassage dont il a été victime un soir de manif, place de la Nation », explique William Ambert.

Tombé dessus par hasard, lors de ses lectures, il est saisi par la force et la puissance du texte et de tous les sentiments qu’il charrie. Il décide de le monter. « Le hasard de l’actualité aidant, je me dis que c’est dramatiquement d’actualité. » Il fait la tournée des ronds-points et propose de jouer le texte en version courte, manifestant ainsi sa solidarité aux Gilets jaunes. Rien ne prédestinait ce « jeune homme » de 62 ans, regard malicieux et cheveux au vent, à pratiquer ce dont il a toujours rêvé. Avant-dernier d’une grande fratrie de sept frères et sœurs, il a vécu son enfance et sa jeunesse en Charente-Maritime. Autant dire qu’il a passé plus de temps à l’île d’Oléron qu’à L’Île-Saint-Denis. Dans cette famille ouvrière, la valeur travail est placée au-dessus de toutes les autres. « Moi je rêvais d’être un artiste, chanteur, danseur…» « Ce n’est pas comme ça que tu vas réussir ta vie, mon fils! » répondaient père et mère.

« Je ne trouvais pas ma place »

À 18 ans, il quitte sa province, bien décidé à empoigner la vie. Le cœur léger et le bagage mince, il monte à Paris. Commence alors une longue série de boulots. S’il ne fait pas tous les métiers du monde, il en fait beaucoup… Fonctionnaire, employé à la Poste dont il démissionnera, « je ne trouvais pas ma place », commercial, responsable de secteur dans une boîte de services, auditeur en entreprise pour un cabinet conseil… Pour se détacher de l’interdit parental dans lequel il s’est construit, il lui faut du temps et de la volonté. « C’est long, il faut mûrir, il faut grandir et vivre des expériences. J’en ai eu marre de tout ça, lâche-t-il, je ne trouvais pas ma place dans ce monde du travail classique. » Il décide alors de monter sa petite entreprise comme formateur informatique. « J’étais enfin un peu plus maître de mon destin professionnel. » Maître également des horloges, ce qui lui permet, il y a quinze ans, de rencontrer la compagnie Kimé de Daniel Dubois et de se lancer dans le théâtre amateur.

« Nous fonctionnions sur le principe d’une troupe où chacun doit savoir tout faire, s’occuper des accessoires, réparer une roue de secours ou fabriquer un costume à l’arrache ! » Il joue des pièces à l’humour décalé et parfois déjanté, mais son parcours est marqué par la rencontre avec l’autre William, le grand Shakespeare. « Je joue le rôle d’Édouard IV dans Richard III. Une scène relativement courte dans un spectacle de trois heures, mais il s’agit d’un monologue où il faut tout mettre : de la colère, du regret, de l’énervement, de la tristesse… Un travail d’acteur passionnant. »

Si vous voulez faire sa connaissance, allez donc le voir le 26 avril prochain au Thé au jardin (19, rue Lanne) où aura lieu une représentation de La Lettre à la République et, pour ceux qui l’ont manqué l’an dernier à la basilique, il reprend le rôle tête de saint Denis dans Les Emboîtés, le 10 mai. William Ambert, un comédien qui aime ce qu’il fait et le fait savoir.

Claude Bardavid

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