Portrait

Le portrait de la semaine Mehdi Azaïez
/ Tout pour la musique

Jazzman. Il organise depuis novembre 2018 des concerts de jazz à La Table Ronde. Une fois par mois, ce Dionysien guitariste, Tunisien d’origine, qui a tout plaqué pour la musique, rassemble jazzmen d’ici et d’ailleurs.
Mehdi Azaïez, musicien dionysien est le créateur des Jazz Live, qui ont lieu une fois par mois à Saint-Denis.
Mehdi Azaïez, musicien dionysien est le créateur des Jazz Live, qui ont lieu une fois par mois à Saint-Denis.

Avant de rencontrer ce guitariste dionysien, on savait que l’on parlerait musique, mais on n’imaginait pas passer un moment si riche, comme ce fut le cas avant le concert de ce vendredi soir de mars. Mehdi Azaïez est créateur des Jazz Live, qui ont lieu une fois par mois. Au programme ce soir-là : Brice Wassy, célèbre batteur camerounais, et Damien Varaillon, contrebassiste. « J’ai toujours eu envie de faire du live à Saint-Denis. Le premier établissement à m’avoir fait confiance c’est la Vinothèque de Saint-Denis. Puis c’est au café restaurant La Table Ronde qu’on a continué les soirées. » Avant de se lancer dans la musique, Mehdi a eu une autre vie, qui s’est imposée à lui plus qu’il ne l’a choisie. « Je suis Tunisien, je suis venu en France pour faire de la musique et suivre une formation plus académique. Avant cela, j’étais ingénieur informatique, ce n’est pas du tout ce que je voulais faire. J’ai poursuivi mes études et fait ce métier. Je n’avais pas vraiment le choix. »

Son père a fait partie des premiers hauts fonctionnaires après l’indépendance de la Tunisie, sous Bourguiba. Sa mère enseignait l’anglais. « Je viens d’une famille et d’un milieu bourgeois. Et j’y suis devenu allergique. » Dès le lycée, il sait qu’il veut faire de la musique et pas n’importe laquelle. Mehdi a d’abord découvert la collection de vinyles de son père avant de tomber amoureux de la guitare qui accompagnait le rythme flamenco. « Mon père était passionné de flamenco, mais écoutait aussi du Miles Davis, Frank Sinatra, John Coltrane, des grands noms du jazz. Pour moi la connexion avec la musique s’est faite là. » La guitare a d’abord été synonyme de refus. « Mon père voulait m’inscrire à des cours mais je ne voulais pas. Aujourd’hui, c’est mon instrument et ma raison de vivre. »

Attiré par les années 1960, pour toutes les luttes sociales et le refus de l’autorité que cette période a générés, Mehdi y voit le reflet de sa propre crise d’adolescence, « l’envie de créer un autre monde ». Sous Ben Ali, lorsque Mehdi était adolescent, « la musique occidentale n’était pas acceptée, il y avait un seul institut de musique en Tunisie et ni le jazz ni le rock n’avaient leur place. »
 

Premier concert de rock de Tunisie

Mehdi jouera dans le premier concert de rock de Tunisie, organisé en 1993. Autodidacte, il apprend à jouer seul. À l’époque, son idole absolue c’est Jimi Hendrix. Le vrai basculement s’est opéré en 2001 au festival de jazz de Tabarka. Mehdi est ingénieur informatique à Tunis, il part en weekend avec des amis, assiste pour la première fois à ce festival, « et je prends une énorme claque. À ce moment-là je me dis : c’est ça que je veux faire ».

Mehdi appelle son chef, décide de prolonger son séjour. De retour à Tunis, il démissionne et décide de quitter la Tunisie pour apprendre dans les meilleures académies de musique. « Je dépose mon visa pour les États-Unis, deux jours avant le 11 septembre…» Son visa est refusé. Mehdi s’envole alors pour Paris à 28 ans. Une décision très soudaine que sa famille n’a pas vraiment compris, « mais à partir de là, le jazz, c’était ma vie ». Mehdi multiplie les projets, crée même un big band tunisien « comme le Mingus Big Band, présent à Tabarka ». Il parle de musique avec amour et passion. « J’ai mis du temps à m’accepter en tant que musicien. Le jour où mon père a vu mon premier concert au Tennessee à Paris, j’ai eu la larme à l’œil. » Aujourd’hui c’est à la Table Ronde que les gens lui disent merci. « Mission accomplie », dit-il.

Vanessa Meflah

Prochain Jazz Live à La Table Ronde (12, rue de la Boulangerie) vendredi 12 avril, de 19h à minuit : hommage au saxophoniste Wayne Shorter, avec Matthieu Marthouret (orgue), Philipe Maniez (batterie) et Mehdi Azaïez (guitare).

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