Portrait

Le portrait de la semaine Karidia Sanogo
/ La cheffe du quartier

Franc-Moisin. Thiéboudiène, mafé, bananes plantains, patates douces… Devant la Poste du quartier, Karidia Sanogo, maman de sept enfants vend dans sa cuisine ambulante ses bons petits plats faits maison.
Karidia Sanogo, maman de sept enfants vend dans sa cuisine ambulante ses bons petits plats faits maison, au quartier Franc-Moisin.
Karidia Sanogo, maman de sept enfants vend dans sa cuisine ambulante ses bons petits plats faits maison, au quartier Franc-Moisin.

Karidia Sanogo se souvient encore bien de la toute première fois où elle a commencé son activité. C’était un soir de Ramadan il y a une dizaine d’années. Elle avait cuisiné chez elle des beignets et des pastels fourrés à la viande. Elle s’est posée à proximité de la Poste de Franc-Moisin, à quelques pas de son domicile. C’est un point névralgique, porte d’entrée de la cité avec les commerces de proximité. Et elle a commencé à vendre ses mets dans la rue.

« Les gens se sont arrêtés pour acheter. Ça a tout de suite marché. Le lendemain, je suis revenue et ça a encore plus marché », raconte la Dionysienne que tout le monde appelle Kadi dans le quartier. Au fur et à mesure, son menu s’est étoffé de typiques plats africains : thiéboudiène, mafé, poisson ou poulet grillé, brochettes de bœuf, bananes plantains ou patates douces. « Au fur et à mesure, les gens ont commencé à me demander pourquoi je ne faisais pas ça ou ça », se souvient la cheffe ivoirienne. Quand elle a débuté, elle l’a fait sans autorisation. « Je savais que je n’avais pas le droit, mais je n’avais pas le choix », explique-t-elle. À cette époque, elle travaillait comme femme de ménage à mi-temps. Elle a arrêté pour se consacrer totalement à la cuisine de rue. « C’est ma passion, c’est mon travail », insiste-t-elle.

En 2016, Karidia Sanogo a été accompagnée par la Ville de Saint-Denis pour légaliser son activité. Plusieurs vendeurs ambulants du quartier étaient intéressés par la démarche, mais la Dionysienne a été l’une des rares à aller jusqu’au bout. Elle a suivi une formation avec l’association Taf et Maffé, qui gère un restaurant d’insertion au foyer Bachir-Souni dans le quartier de la gare. Elle utilise une cuisine mobile – un vélo triporteur – que la Ville et l’association Appuii ont commandée. La Dionysienne l’a stationnée à la Fête de Saint-Denis en octobre dernier. Elle la garera à la Fête des tulipes en avril prochain.

 

 

Une centaine de baguettes par jour

La plupart du temps, la cheffe est devant la Poste de Franc-Moisin. C’est son quartier général. Elle est souvent accompagnée d’habitantes du coin. « Ici, les gens sont généreux. C’est comme un village. On se connaît tous », confie celle qui s’est installée dans ce secteur en 2004 avec sa famille, après avoir habité quelques années dans le centre-ville. Karidia Sanogo est née en Côte d’Ivoire où elle a grandi dans le nord-ouest du pays à Odienné. Elle est arrivée en France en 1991. Bientôt âgée de 45 ans, elle est mère de sept enfants. Son aînée a 23 ans, le plus petit 5 ans. Cette cheffe de famille est fière d’avoir créé sa propre activité. « J’arrive à me débrouiller toute seule. Je n’ai pas besoin d’aller voir l’assistante sociale. » Elle gagne sa vie et savoure le chemin parcouru.

Au tout début, le boulanger, juste à côté de la Poste, s’était plaint qu’elle vende sa nourriture à proximité de sa boutique. Le ton était monté. Entre-temps, tout est rentré dans l’ordre. Elle se fournit en baguettes chez lui, parfois jusqu’à une centaine par jour ! « Maintenant, quand il ne me voit pas, il me demande pourquoi je ne suis pas venue travailler », sourit-elle. Elle a aussi connu les interventions policières. Un temps, elle a vendu à la gare de Saint-Denis quand la cuisine de rue a commencé à s’y développer. Mais elle a vite arrêté. « Les gens ont commencé à se plaindre. Il y avait trop de policiers. J’ai laissé tomber. »

Elle a aussi vendu au marché de Saint-Denis le dimanche. « J’y allais avec mes garçons. Quand la police arrivait, ils me prévenaient. Je courrais me cacher », rigole-t-elle aujourd’hui. Elle est reconnaissante envers les habitants de son quartier, des acteurs institutionnels et associatifs qui l’ont aidée à faire de sa passion un métier. Et elle voit déjà plus loin. « Si possible, j’ai envie d’avoir un restaurant plus tard pour m’agrandir encore plus. »  
 

Aziz Oguz

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