Portrait

Linda Damota
/ L’éloge de la gardienne

Elle veille sur les 198 logements de la cité Stalingrad depuis dix-sept ans et prend soin des locataires les plus fragiles avec une énergie et un optimisme sans faille.

Quand elle a postulé pour cette place de gardienne de la cité Stalingrad il y a dix-sept ans, le logement de fonction a pesé dans la balance, certes, « mais c’est le contact avec les gens » qui l’a motivée. Dans la loge qu’elle partage avec Samira, sa consœur depuis trois ans, Linda Damota a de quoi satisfaire ce penchant. Locataires, personnels de Plaine Commune Habitat ou ouvriers, les visites s’enchaînent. Qui pour un encaissement de loyer, qui pour un badge d’accès défectueux, qui pour un problème de verrou… Ou sans raison, pour dire bonjour et échanger deux mots.

S’occuper des autres

Quand elle n’est pas à la loge, Linda s’affaire : ménage, ramassage des papiers, surveillance des étages, tour des caves… Ses tâches effectuées, elle trouve toujours le temps de s’occuper des autres. Dès 6 h du matin, elle est « en vadrouille ». Elle nourrit les « treize chats » de la cité qui l’attendent tous les jours de patte ferme. Passe rendre visite « à [ses] mamies » qui, quand elles étaient actives, lui « prenaient le pain et gardait un œil sur [sa] fille ». Le soir, elle tient compagnie à l’une de ces dames. « Je regarde Les Marseillais à la télé avec elle. Et je rentre chez moi vers 20h. »  

Linda est née au Portugal, dans le village d’Estarreja, près d’Aveiro. Son père, soudeur-chauffagiste, émigre en France dans les années 1960. Linda a 4 ans quand son frère, sa sœur, sa mère et elle le rejoignent en 1967. « Je retourne tous les ans sur la tombe de ma maman au Portugal. Mais tous les ans, aussi, je vais en Algérie, près d’Alger. » Son mari est de là-bas. « Avec lui, j’ai une fille. » Et trois autres enfants d’un précédent mariage. « Tout le monde est au courant dans la cité, ils ont tous été élevés ici », dit Linda avec ce naturel qui la caractérise.

Photos des repas, sorties à la mer, chasse aux œufs…

Dans la loge décorée de bric et de broc, « des trucs que les locataires jettent. Même les rideaux on les a trouvés à la poubelle », sont affichées des photos, témoins d’innombrables événements organisés à Stalingrad. Chasse aux œufs à Pâques, sorties à la mer avec le soutien de l’Amicale des locataires, repas communs des plus variés – couscous, paella, sardines grillées, tajine… – que les deux gardiennes cuisinent ensemble le week-end, après leur semaine de travail, pour le plaisir de se retrouver avec les habitants autour de la table. Linda insiste : « Et ça fait sortir les mamies. » Pour les fêtes, les halls d’immeubles sont décorés. « PCH nous aide pour acheter des cadeaux aux enfants et des chocolats. » L’année dernière, pour la distribution, Linda s’est même déguisée en Père Noël.

« Ici, tout va bien »

Comment cette figure du quartier n’a pas été démasquée ? « Elle n’a pas crié, personne n’a su que c’était elle », la charrie Samira. Linda saurait-elle donner de la voix ? « Je dresse mes locataires », plaisante-t-elle, gouailleuse. « Tu en prends soin, c’est pas pareil », rectifie une habitante de passage à la loge. Linda lâche : « On les suit jusqu’au bout. » Elle raconte cette dame, sans famille, morte seule chez elle. « Avec une voisine, on est allées nous-mêmes aux pompes funèbres. » À part elles, personne n’a assisté aux obsèques. Des drames liés à la solitude, la maladie physique ou psychique, Linda en a affronté plus d’un. Mais son optimisme sans faille – « ici, tout va bien », affirme-t-elle malgré tout – lui fait se souvenir d’anecdotes cocasses. Comme cette volaille, arrivée d’on ne sait où cet été dans la cité. Dinde, dindon, pintade ? Les deux collègues s’interrogent et en rigolent encore, complices. « On l’a gardée pendant trois jours. Mais je devais partir en vacances. » Alors la bestiole a été placée chez des amis en pavillon.

Dans deux ans, échéance probable de sa retraite, Linda quittera sa chère cité Stalingrad pour l’Algérie. « Je fais mes papiers pour aller vivre là-bas. » Comment fera cette incorrigible bavarde qui ne parle pas l’arabe ? « Mais là-bas tout le monde parle français ! Je ne me casse pas la tête. » Optimiste, décidément.

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