En ville

Le tram T5 rame sec !

Trois mois après sa mise en service la ligne Saint-Denis/Sarcelles affiche déjà plus que complet. Reportage.
Les 15 rames du T5 sont garées et entretenues dans le dépôt situé à Pierrefitte
Les 15 rames du T5 sont garées et entretenues dans le dépôt situé à Pierrefitte


« On se croirait sur la ligne 13. » La comparaison avec l’insupportable ligne du métro n’est pas flatteuse. Et peut-être même exagérée. Mais la ligne 5 du tram qui depuis la fin du mois de juillet met Saint-Denis (place du 8-Mai-1945) à une petite demi-heure de la gare de Garges-Sarcelles est, comme l’on dit pudiquement en pareil cas, victime de son succès.


Ce mercredi, jour de vacances scolaires, première déconvenue. L’automate de vente de la station du terminus dionysien ne délivre pas de « prolongement de parcours » pour les titulaires d’un pass Navigo (par exemple pour aller en zone 4 quand on est titulaire d’un abonnement 1-3). C’est la même chose dans les autres stations. Seule solution pour être en règle, acheter un ticket à 1,70€ pour un voyage. Il est 15 h, donc officiellement ce n’est pas un moment « de pointe ». Deuxième déconvenue. Le quai est bondé. Le prochain tram est annoncé dans 6 minutes.


« C’est toujours comme ça ? », demande une mamie à sa voisine, qui laisse tomber « presque toujours ». Désabusée. La rame glisse jusqu’à son point final. À peine les portes ouvertes, la foule descendante affronte le foule montante. Ça coince. Et ça grogne. Les deux dames se calent debout dans un coin. « Départ imminent », annonce l’écran lumineux du quai. Départ. Douze personnes n’ont pas pu monter dans le véhicule. Le prochain dans 6 minutes.


Même scénario. Les deux flux s’affrontent. Départ. « Je viens juste de sortir de l’hôpital », explique une dame à une autre, exhibant même un document jaune à l’entête de Delafontaine. La dame assise laisse sa place à la malade. Échange de sourires et de considérations sur la foule… À côté, un jeune homme porte une grosse boîte rouge de la pâtisserie La Romainville. Qu’il tente de tenir au-dessus des bousculades à chaque station.


Silencieux à l’extérieur comme à l’intérieur, offrant des annonces sonores et visuelles de qualité, le T5 construit par la société Lohr, reprise par Alstom, est un tram sur pneus, avec un seul rail de guidage central. Cette technologie (que l’on retrouvera sur le T6 dans la banlieue sud en 2014) a été choisie en raison de son étroitesse, les voies empruntées pouvant difficilement supporter un tram plus ventru ont expliqué les techniciens au moment de la conception de la ligne.


Argument technique imparable, mais qui, confronté au quotidien des utilisateurs, laisse dubitatif. Cet après-midi très ordinaire, avec un beau temps qui permet aux voyageurs qui restent à quai d’attendre le suivant au soleil, plusieurs poussettes sont du voyage. Et là tout se complique. Plus possible de passer. Ni pour la maman d’avancer la petite voiture au-delà de la plateforme devant les portes, dans le tram bondé.


« Laissez-moi passer, je veux descendre », clame une jeune fille. Dans sa loge de conduite, le conducteur tente de ne pas trop attendre aux stations, tout en sachant que les voyageurs ont du mal à monter ou descendre… Ce qui ajoute au stress des carrefours où des automobilistes s’engagent trop tard, bloquent le trafic, et parfois obligent à des coups de freins un peu vifs…


Terminus Sarcelles. Tout le monde descend. Et tout le monde veut monter en même temps pour faire le chemin dans l’autre sens. Comme chaque fois. Les habitués le savent, les places assises sont chères… Un peu plus tard, même scène au terminus Saint-Denis. À peine deux minutes d’attente. Départ. Plus de dix personnes n’ont pas pu monter. « On ne regrette pas le bus, englué dans la circulation, mais là, quand même, c’est pas marrant. »

Gérald Rossi