En ville

Didier Paillard prône «le renouveau fidèle à Saint-Denis»

Le maire candidat ne dévoile pas encore son programme mais il explique ce qui différencie une gestion « communiste » d’une gestion « socialiste ». Interview.
Didier Paillard le 14 octobre 2013
Didier Paillard le 14 octobre 2013


Le JSD :Saint-Denis, La Courneuve, Villetaneuse, Saint-Ouen… Comment qualifiez-vous l’attitude du PS à l’égard des maires PCF ?


Didier Paillard :Nous sommes confrontés à une stratégie globale du PS en Seine-Saint-Denis. Les cibles ne sont pas les villes de droite comme Drancy ou Épinay mais celles de gauche. Les maires Front de gauche sont visés, mais les écologistes aussi comme à Montreuil. Le PS concentre tous ses efforts pour supprimer la diversité de la gauche et de l’écologie. Cette initiative coordonnée tourne le dos aux vrais combats à mener pourl’emploi, la justice fiscale, les retraites, le pouvoir d’achat, l’éducation, la sécurité, le risque de l’extrême droite, illustrée par l’élection partielle de Brignoles. Ce sont ces sujets qui devraient accaparer notre député qui se revendique de l’aile gauche du PS.Les Dionysiens ont besoin d’un maire à plein temps, d’une gauche locale unie, solide sur ses principes.Pour ma part, je continuerai à tout faire pour rassembler le peuple de gauche pour le renouveau fidèle à Saint-Denis sur le fond d’un projet de transformation sociale et écologique.


Le JSD :Dans sa déclaration de candidature, Mathieu Hanotin n’est pas tendre avec votre bilan…


Didier Paillard : Il énonce des contre-vérités. Il dit « on prend les mêmes et on recommence ». C’est faux. Notre démarche est celle d’un profond renouvellement. À titre d’exemple, devenu maire j’ai décidé de cesser d’être conseiller général et les Dionysiens ont choisi Bally Bagayoko pour me succéder. La prochaine équipe sera profondément modifiée et un des thèmes majeurs de nos réflexions est de définir un contrat avec les citoyens sur le rôle et la place des élus. La proposition de Mathieu Hanotin n’est ni celle du changement, ni celle du renouvellement, sa proposition c’est « on prend les mêmes qu’au gouvernement, à l’Assemblée, à Bruxelles, à la Région, au Département et on continue à appliquer partout la même austérité libérale» ou dans une autre version plus courte « on prend LE même et on cumule ».


Le JSD :Il parle surtout de « l’inertie » de la ville dont il vous rend responsable.


Didier Paillard :Je ne passerai pas mon temps à répondre à Mathieu Hanotin. Le thème de la ville immobile et inerte est une fable. Aucun bilan n’est parfait, je sais qu’il reste beaucoup à faire. Mais il suffit de vivre dans notre ville pour se rendre compte de son dynamisme et de l’efficacité des efforts que nous faisons pour l’insuffler et l’accompagner. Aucune autre commune en Île-de-France n’est forte d’autant de projets et de réalisations. Parler d’inertie c’est ne pas connaître Saint-Denis et c’est mépriser les milliers d’agents animés du sens du service public, les artistes et les créateurs, les entrepreneurs et les salariés, qui en font le moteurdynamique et solidaire de la Région. C’est aussi manquer de respect pour les nombreux Dionysiens qui s’engagent dans la vie locale, font des propositions et participent à la prise de décisions.


Pour les Dionysiens, l’enjeu fondamental est de ne pas être dessaisi de leur ville, au moment où sa réussite et son développement ouvrent des perspectives d’avenir à tous, au cœur de la métropole. Saint-Denis grandit. En quinze ans, nous avons insufflé un dynamisme sans équivalent. Avec une offre de logements diversifiée, la population a progressé de 25% et le nombre d’emplois qui se créent et s’installent de 40%. Ensemble nous avons remis la banlieue au centre. En matière d’emploi, ce développement doit profiter davantage aux habitants. Nous avons des premiers résultats. A contrario de Montreuil par exemple, le nombre et la proportion de Dionysien-ne-s travaillant à Saint-Denis a progressé (34 % en 2013 contre 27% en 2008) et 2 300 habitants du territoire ont été embauchés dans le cadre des chartes entreprise territoire sur la période 2010-2011.


Le JSD :Comme le duel à gauche se confirme, que différencie une gestion « communiste » d’une gestion « socialiste » ?


Didier Paillard :L’enjeu fondamental est que Saint-Denis continue son développement sans exclure les catégories populaires et moyennes. L’appétit de l’appareil du PS pour le dynamisme et la réussite de Saint-Denis fait penser à celui des promoteurs immobiliers. Nous voulons continuer à combattre la spéculation et la logique du marché qui est de reléguer les classes populaires et moyennes en lointaine banlieue, comme cela a été fait à Paris et dans tant de villes de la première couronne. Saint-Denis ne veut pas laisser les forces de la finance et du marché décider de qui peut y vivre. Saint-Denis doit demeurer une ville où chacun a sa place, dans le respect des autres. C’est ce qui se joue en mars. Pierrefitte, ville dont le maire PS est le suppléant de Mathieu Hanotin à la députation, a décidé de construire de moins en moins de logements sociaux. Le Conseil général, présidé par Claude Bartolone puis Stéphane Troussel, a augmenté les tarifs de cantine dans les collèges, supprimé l’aide à l’achat d’un ordinateur pour les élèves de 6e, réduit le soutien à la carte Améthyste pour les personnes âgées et Imagine R pour les jeunes, longtemps refusé de participer à la rénovation du TGP et baissé sa participation à celle des centres de PMI, construit désormais les collèges en partenariat privé avec les grands groupes du BTP. Autant de points que je considère néfastes pour la population.


L’action de Saint-Denis c’est tout l’inverse. Notre restauration scolaire est la plus équilibrée de France selon Que choisir, accessible à tous au tarif minimum de 15 centimes d’euro sans augmentation depuis plus de dix ans, avec une fréquentation passée de 40% à 60% des élèves. Le renforcement de l’informatisation des écoles avec le doublement du nombre d’ordinateurs dans les écoles depuis 2008, 40 tableaux numériques interactifs et des classes informatiques mobiles. Nous sommes la ville qui a obtenu le plus de nouveaux transports en commun de France, avec trois et bientôt quatre nouveaux tramways, une deuxième ligne de métro et l’offre municipale d’un transport à la demande pour les anciens. La rénovation complète du TGP, celle de trois centres de santé municipaux et de quatre PMI. La construction de deux nouvelles maisons de quartier et d’un groupe scolaire par an avec un centre de loisirs intégré… C’est de ces services concrets tous les jours qu’il s’agit quand on parle de nos différences. Pour résister à la crise et préparer l’avenir, à contre-courant de l’austérité ambiante, les Dionysiens savent pouvoir compter au quotidien sur un service public municipal fort, en développement et accessible à tous.


Le JSD :Et le programme ?


Didier Paillard :Nous sommes en train de le travailler et de l’écrire avec les habitants. Nous le construisons patiemment, dans l’écoute, autour de trois axes forts. La première des priorités concerne le devenir des enfants et des jeunes ;le deuxième axe est le renouveau du centre-ville pour tous les habitants et les quartiers ;le troisième thème est celui de la ville populaire qui fédère tous ses habitants. En matière d’école, l’objectif du mandat doit être d’obtenir de l’Éducation nationale un contrat de législature afin de faire disparaître en cinq ans l’écart inacceptable de dix points dans l’accès au brevet et au bac des élèves de Seine-Saint-Denis par rapport à la moyenne nationale. Chaque parent doit avoir la garantie que dans les écoles de Saint-Denis son enfant accède aux mêmes savoirs qu’ailleurs. La société française est trop fermée pour les jeunes, en particulier pour ceux des quartiers populaires. À partir de la force de notre service public municipal éducatif et du dynamisme du territoire, je suis convaincu que Saint-Denis a les atouts pour devenir une ville exemplaire dans l’accueil des jeunes dans la formation, le premier logement, le premier stage, le premier emploi. Le deuxième axe prioritaire avec le renouveau du centre est le moyen de mieux relier la ville, d’améliorer la cohérence et l’articulation entre les quartiers nord et sud de la ville.


Le projet concerne l’ensemble des habitants, car le centre-ville est notre patrimoine commun, le foyer de notre identité communale, l’espace de rencontre et de partage, le lieu principal de brassage pour les richesses de nos concitoyens de 130 nationalités différentes. L’enjeu du renfort de la centralité de Saint-Denis est social. Il est aussi écologique, avec la réduction de l’étalement urbain et des déplacements domicile-travail, polluant, dévoreur de temps, d’espace et de pouvoir d’achat. Enfin, être la grande ville populaire de l’Île-de-France, c’est faire que le développement de la ville permette aux habitants de réaliser leurs projets et apporter la démonstration que l’on peut vivre bien ensemble, quelles que soient son origine, ses croyances ou sa condition sociale. Saint-Denis est le contraire d’un ghetto de pauvres ou de riches. Elle offre un brassage social et culturel qui a peu d’équivalents. Nous pouvons être fiers de cette identité et pour cela Saint-Denis doit protéger et rassembler. L’avenir de notre ville populaire réside aussi dans son ambition écologique. Progrès social et progrès écologique sont désormais inséparables. À mes yeux, c’est la grande évidence politique de notre siècle. Suppressions des fractures urbaines, développement des transports en commun et des circulations douces, amélioration des logements, lutte contre l’étalement urbain, sont autant de progrès concrets dans lesquels les habitants gagnent du temps, du pouvoir d’achat et un meilleur environnement.


Le JSD :Vous ne voulez pas lever un peu plus le voile?


Didier Paillard :La construction démocratique d’un programme a besoin d’un temps nécessaire et repose sur une obligation absolue : respecter les Dionysiennes et les Dionysiens qui y participent, comme des acteurs qui comptent et pas comme des cibles passives d’un plan marketing défini à quelques-uns par une agence de com. Jusqu’à la fin novembre, on travaille collectivement pour définir clairement les besoins à la fois quotidiens et d’avenir et leur apporter des réponses. Courant décembre il sera temps de présenter les projets et mesures concrets capables d’améliorer la vie des Dionysiens et de conforter le développement de Saint-Denis.

Recueilli par Dominique Sanchez


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