En ville

Une soirée sourire en mairie !

De 20 h à minuit. Dépouillement, annonce des résultats de Saint-Denis devant les écrans de télés… Récit d’une soirée où François Hollande est devenu président de la République (77,78% à Saint-Denis). ///DOSSIER ACTUALISÉ/// Notre analyse du scrutin, les réactions, et les chiffres bureau par bureau.
Pour beaucoup de jeunes cette élection était leur première participation à un scrutin national
Pour beaucoup de jeunes cette élection était leur première participation à un scrutin national


« Alors, on fait quoi ? Moi j’irais bien faire la fête à La Bastille ! Bon les filles on se bouge… » Bientôt minuit mais pas encore. Devant la mairie, quelques petits groupes quittent la grande salle où le maire vient de proclamer les résultats. « Saint-Denis a voté à gauche à 77,78 % soit 9 % de plus qu’au second tour de 2007. La ville est comme le 22 avril, dans la diversité, la grande commune de France la plus à gauche. »


Un peu plus tôt. 20 h. Deux écrans de télé. Quelques dizaines de personnes. Compte à rebours. Le visage de François Hollande apparaît. Cris de joie, applaudissements, youyous. « Tu te rends compte, on l’a sorti », murmure la jeune fille au jeune homme qui l’accompagne de très près. S’en suit un long baiser.


À quelques pas, le dépouillement des bulletins commence. Bureau numéro 1. Des enveloppes bleues sortent les bulletins. Ici on dit François ou Sarkozy. Là c’est plutôt Nicolas et Hollande. Quelques votes sont déclarés nuls. Comme celui qui réclame au feutre rouge « interdiction des licenciements ». Des électeurs sont prudents. Celui qui a fermé son enveloppe avec un petit morceau de Scotch. Des fois que sa voix se serait perdue dans l’urne.

« Dans ce quartier on n’a que des amis »

Le dépouillement continue. À cette table, sur 100 bulletins, 91 sont pour Hollande « finalement, on s’aperçoit que dans ce quartier on n’a que des amis », lance amusée une dame ravie. Il est 20 h 53. Le maire annonce les résultats du bureau numéro 1 : 88,1 % pour le nouveau président de la République, 11,9 % pour le sortant. Lequel vient de déclarer à la télévision qu’il « porte l’entière responsabilité de cette défaite ».


« Tu as vu la télé, lance un élu à un de ses collègues, c’est pas une soirée électorale, c’est une pub pour les voitures. » France 2 (et les autres chaînes) alterne interviews, rassemblements populaires et visions nocturnes avec hordes de motos chevauchées par des reporters et caméramen qui traquent des voitures sombres aux vitres fumées. De temps en temps, d’une des fenêtres de véhicules d’escorte policière sort un bras qui tente de repousser une moto trop proche. C’est de l’info, coco.


Beaucoup de militants sont présents en mairie, du Front de gauche (PC, Fase, PG…), d’Europe écologie, du PS. Personne de droite. 21 h 23. En direct de Tulle, premier discours de François Hollande. « Chut, chut », réclament ceux qui se bousculent pour arriver devant les deux écrans. Le son, monté au maximum, est à peine audible. Ah la technique… Mais le sentiment est fort. On assiste à la première intervention officielle du nouveau président de la République. « Les Français viennent de choisir le changement, je mesure la tâche qui m’attend », dit-il. « Ah oui, ça c’est bien vrai ! », s’exclame une dame. « Chut, chut, déjà qu’on n’entend rien… »

« Maintenant, il va falloir parler du social »

Un peu à l’écart, un vieux militant au regard pétillant maugrée : « C’est loin d’être fini, c’est beau les espérances, ça ne donne pas de pain à manger. » 21 h 40. Sur un écran commencent à défiler les résultats des 48 bureaux. « Moi j’ai connu 1981 », dit l’un, « moi pas », lui répond en souriant le gars qui a la gentillesse de faire remarquer qu’il est beaucoup plus jeune… 22 h 45. Jean-Luc Mélenchon attire à nouveau un peu de monde devant les écrans : « Maintenant, il va falloir parler du social, du Smic… » « Et puis on va s’occuper de la prochaine étape, les législatives, pour poser toutes ces questions », ajoute le militant qui n’a pas connu 1981. « Il faudra aussi se faire entendre dans la rue », ponctue l’autre.


La soirée dionysienne va s’achever. Didier Paillard donne les chiffres et indique : « Chacun ici le sait bien. Changer de président ne suffit pas. De très nombreux Français ont voté François Hollande avec détermination tout en considérant que son programme ne suffira pas pour relever les défis posés. » Il évoque rapidement les urgences : « revalorisation forte du Smic, fin de l’austérité créatrice de chômage, transition écologique de notre système économique… ». Et pour lui « cette dynamique qui redonne envie et confiance aux citoyens dans leur capacité à changer les choses doit se prolonger aux législatives les 10 et 17 juin en faveur des candidats du Front de gauche, Patrick Braouezec et Hayat Dhalfa ». Alors, Bastille ?


Gérald Rossi


§§§

Analyse du scrutin

La gauche locale enfonce le clou

Plus des deux tiers des électeurs dionysiens ont voté pour François Hollande. Un triomphe qui laisse la droite en ruine.


Saint-Denis a intensifié l’hégémonie de la gauche le 6 mai. C’est en France la ville de plus de cent mille habitants à avoir porté le plus haut François Hollande en accordant au nouveau président de la République le score de 77,78 %.


Avec 22 216 voix affichées au compteur, M. Hollande obtient 2 357 suffrages de plus que Ségolène Royal en 2007 alors que le total des électeurs à s’être exprimés en 2012 (28 562) est inférieur à ce qu’il était en 2007 (29 230). Au lendemain du premier tour le 22 avril, le total des voix de gauche et de l’écologie était de 71 %. M. Hollande a donc su réunir non seulement son camp politique mais créer une dynamique pour aller au-delà.


Mécaniquement, cette gauche au sommet expédie la droite au sous-sol. Nicolas Sarkozy avec 6 346 voix et 22,21 % perd 3 025 voix par rapport à 2007 et plonge ainsi localement son camp dans des eaux électorales inédites depuis qu’existe la cinquième République.

D’autres chiffres en disent long sur l’état du rapport des forces locales : François Hollande obtient plus de 80 % dans 13 bureaux de vote sur 48. Il frôle même les 90 % (88 % pour être précis) dans le bureau de la mairie. À l’inverse, Nicolas Sarkozy atteint 30 % dans seulement quatre bureaux.

La perspective des législatives

S’agissant de la participation, il est à noter que l’abstention a légèrement reculé au second tour par rapport au premier (27 % le 6 mai contre 30 % le 22 avril). Les bulletins nuls ou blancs ont été plus nombreux dimanche dernier (1 207 et 4 %) mais ils ne correspondent pas à la consigne de vote donnée par Marine Le Pen qui avait recueilli 9,89 % au premier tour à Saint-Denis.


La page présidentielle se tourne avec ce triomphe historique de la gauche locale, jumelé cette fois-ci à une victoire nationale qui lui fit cruellement défaut il y a cinq ans. Les 10 et 17 juin, va s’écrire un autre chapitre de la vie politique avec les législatives. L’état de la droite dionysienne, déjà peu flamboyant avant la défaite, ne donne guère d’espoir au nouveau candidat de l’UMP, Vijay Monany, de venir troubler la lutte pour les deux premières places qui devraient aller, sans suspense, à Patrick Braouezec du Front de gauche et Mathieu Hanotin du Parti socialiste.

Au soir du 6 mai, une nouvelle campagne électorale a déjà commencé.


Dominique Sanchez


§§§


Les chiffres à Saint-Denis

Abstention: 27,12 %

François Hollande = 77,78 %

Nicolas Sarkozy = 22,21 %


Les chiffres en Seine-Saint-Denis

Abstention: 23,57 %

François Hollande = 65,32 %

Nicolas Sarkozy = 34,68 %


Les chiffres nationaux

Abstention = 18,97 %

François Hollande = 51,62 %

Nicolas Sarkozy = 48,38 %


§§§


Réactions dionysiennes après l'élection


Georges Sali, président du comité de soutien à François Hollande, estime que « Saint-Denis a contribué de façon magnifique à son élection. Arrivé largement en tête au premier tour, François Hollande a fait plus que la gauche rassemblée. C’est la preuve que quand la gauche sait faire vivre sa diversité et se réunir elle gagne largement. Je suis très heureux de l’excellent état d’esprit de la campagne, toute entière menée contre la droite et l’extrême droite et j’espère qu’il en sera de même pour les législatives pour une ample victoire de la gauche ».


Patrick Braouezec, député et candidat du Front de gauche, estime que « nos quartiers populaires peuvent être fiers d’avoir fait front commun contre la peur et le rejet de l’autre prônés par Sarkozy et Le Pen ». « Il est temps de revenir aux vrais sujets qui minent notre quotidien », précise-t-il en citant des mesures à prendre, « hausse du pouvoir d’achat, smic à 1 700 €, priorité à l’emploi, retraite à 60 ans, accès au logement et aux services publics pour tous, droit de vote des étrangers… ». Pour lui, aux législatives, « Saint-Denis, Pierrefitte et Villetaneuse doivent être dignement représentées dans leurs diversités par un parlementaire qui connaît la réalité du terrain et pour qui “l’humain d’abord” guide son action. Le 10 juin, le seul vote utile et efficace sera le bulletin Patrick Braouezec et Carinne Juste ».


Julien Mugerin, chargé de la campagne de Nicolas Sarkozy, « félicite les 6 346 électeurs qui ont choisi, avec beaucoup de bon sens, la candidature de Nicolas Sarkozy. La démagogie faussement rassembleuse de François Hollande a malheureusement eu raison de Nicolas Sarkozy trop vrai, en disant dès le départ ce qu’il allait faire de son second mandat et en assumant des réformes difficiles mais nécessaires. Avec la Ville, le conseil général, le conseil régional, le Sénat, et désormais le président, tous les pouvoirs sont à gauche. Cette gauche a maintenant le champ libre pour vous étouffer, comme à son habitude, sous le poids des augmentations d’impôts et de la dette, du laxisme face à l’insécurité et au communautarisme, et de l’égalitarisme à outrance, le tout à la sauce mensongère. Dès maintenant nous nous engageons dans le combat pour les élections législatives aux côtés de Vijay Monany ».


Mathieu Hanotin, candidat PS aux législatives, se félicite « d’une très belle victoire pour toute la gauche. Cela fait tellement longtemps qu’elle était attendue qu’elle a provoqué un immense soulagement et ce d’autant que nous avions senti un resserrement de l’écart dans les derniers jours avant le second tour. Aujourd’hui, la possibilité du changement commence. Nous avons cinq ans devant nous pour construire un autre modèle auquel tous les militants de gauche peuvent participer. Le 6 mai a délivré un message d’espoir de changement pour le quotidien des gens. Je suis fier de ce qui a été réalisé à Saint-Denis, avec ce vote d’une telle clarté constaté dans peu d’endroit. Les électeurs se sont mobilisés pour amplifier la dynamique de la gauche au second tour. Il faut que cela continue pour les législatives pour que les quartiers populaires fassent entendre leurs voix ».


Pour le Front de gauche, « à Saint-Denis plus qu’ailleurs, une sévère défaite est infligée à la droite au pouvoir depuis dix ans. Les électeurs et les électrices du Front de gauche ont apporté une contribution décisive à ce résultat. Nous avons gagné une première manche très importante. Nous avons chassé le président des riches qui n’a eu de cesse de détruire les droits sociaux et démocratiques, et qui promettait pire encore s’il avait été réélu. La prochaine bataille des élections législatives sera cruciale. Il faut élire à l’Assemblée nationale une majorité de gauche composée du plus grand nombre possible de députés déterminés à voter les lois sociales et démocratiques, les lois de désarmement de la dictature de la finance. Les engagements de Patrick Braouezec et Hayat Dhalfa permettront ce combat ».


Pour le MRC, « à Saint-Denis, la défaite de la droite est massive. Et c’est tant mieux. L’enjeu de ce 6 mai n’était pas un changement de style de présidence. L’enjeu de fond est de sortir la France de la spirale de la récession avec notamment la réouverture de négociations sur le traité européen mortifère et de répondre aux attentes des couches populaires dans les domaines du chômage, du pouvoir d’achat, de la sécurité, de l’éducation, de la santé… Tous domaines marqués du sceau de l’ultralibéralisme depuis de nombreuses années ».


Cécile Ranguin, adjointe au maire EELV, déclare que « l’élection de François Hollande est avant tout un signe d’espérance. Face à une situation de crise, la France avait besoin de prendre une autre direction, pour donner une force à l’Europe et non pour affaiblir ses peuples. François Hollande a pris des engagements forts pendant la campagne sur l’Europe, sur la jeunesse, sur la justice sociale, sur la transition écologique. Il sera le premier président de la Ve République à s’inscrire dans la sortie du nucléaire, s’il tient ses engagements. Ce sont des projets qui doivent rassembler la gauche et les écologistes. Sans ce rassemblement, cette victoire n’aurait pu être possible ».


NPA. « Sarkozy a été dégagé et c’est tant mieux. Sa drague honteuse de l’électorat frontiste a montré la perméabilité de la droite aux thèses du FN. Hollande est élu président mais son programme n’est pas la rupture. Aussi préparons unitairement la riposte dont nous avons besoin contre l’austérité de gauche annoncée. C’est ce que défendront nos candidats lors des prochaines législatives. »


LIRE ICI LES RÉSULTATS ET COMMENTAIRES DU PREMIER TOUR


CI DESSOUS EN PDF LES RÉSULTATS DIONYSIENS DÉTAILLÉS

Fichiers à télécharger: 

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur