En ville

Enquête / La porte de Paris a bougé

Volet transports : l’arrivée du tram T8 en 2014 s’accompagnera d’une refonte des lignes de bus qui dès janvier devront quitter l’actuelle gare routière. Volet constructions : hôtel, bureaux, logements, écoles vont progressivement sortir de terre. Au début de l’année prochaine, un vaste périmètre sera en chantier et la circulation sera entièrement déviée au sud côté canal. Rencontre publique samedi 8 octobre de 10h à 13h sur place.
Vue imprenable sur tout le nord de l'actuelle Porte de Paris appelé à se transformer d'ici 2014
Vue imprenable sur tout le nord de l'actuelle Porte de Paris appelé à se transformer d'ici 2014

 

Ce n’est qu’un avant-goût. Des palissades dissimulent aujourd’hui le chantier de démolition du niveau émer­geant du parking. À partir de janvier 2012, le périmètre englobera l’actuelle gare routière de la RATP qui sera « éclatée » en plusieurs points. Et la circulation automobile, dans les deux sens, sera déviée au sud de cet espace, du côté du canal. Avec des chantiers préparatoires débutant mi-octobre.


Voilà du grain à moudre pour les Rencontres publiques organisées samedi 8 octobre (1). Petit rappel : il ne s’agit que d’aménager le nord (17 hectares) de cette zone, les projets concernant la partie sud étant conditionnés par les négociations (toujours non abouties) entre l’État et les collectivités locales.


Si quelques pistes assez nouvelles semblent se dégager, avec certes le maintien du viaduc autoroutier, l’éventuelle création d’un échangeur entre les A1 et A86 à peu près au niveau du Stade de France et un autre du côté du quartier Pleyel, soulageraient d’autant la Porte de Paris… « Ce secteur s’inscrit désormais dans les réflexions du Grand Paris et du Pôle de la création, ce qui peut ouvrir de nouvelles perspectives et permettre d’être mieux entendus », se réjouit le maire adjoint Christophe Girard, qui depuis 2008 préside le comité consultatif de suivi : « Le préfet de Région Daniel Canepa s’est même rendu sur le terrain avec des élus et des techniciens. »


Mais pour l’heure, et jusqu’en 2014, c’est du côté de la ville ancienne que vont se concentrer les bouleversements, suivis de près par le Sem Plaine développement, la société d’économie mixte mandatée par la communauté d’agglomération pour réaliser l’aménagement de cette Zac (zone d’aménagement concerté) avec l’ensemble des partenaires (2). Avec pour architecte urbaniste Antoine Grumbach qui dans le cadre de cette ré-urbanisation souhaite réduire autant que faire se peut la place de la voiture.

Redresser la rue

Schématiquement, il s’agit de « redresser la rue Casanova » disent les techniciens, ce qui signifie qu’elle continuera son chemin en ligne droite depuis l’hôpital jusqu’au croisement avec la rue Péri, en face du boulevard Sembat. Le terminus du T8 (3) voisinera avec diverses constructions qui redonneront enfin au lieu un caractère plus urbain, ce qui resserrera les liens entre le nord et le sud.


Outre l’immeuble d’une trentaine de logements construit par Plaine commune habitat (PCH), dont la première pierre a été posée le 20 septembre, à l’angle de ce qui sera la place de la Porte-de-Paris et de la rue Gabriel-Péri, on peut lister les constructions à venir : près de la place, un hôtel sans doute trois étoiles d’environ 150 chambres (groupe Accor), puis des immeubles de bureaux (du côté tram) et de logements (location et vente classique et accession sociale, environ 200 au total), un groupe scolaire, une résidence étudiante d’une quarantaine de chambres, un foyer de travailleurs d’environ 200 chambres.

Les enfants consultés

« Le permis de construire du groupe scolaire est en cours d’étude, explique Christophe Girard. Il y aura seize classes, un centre de loisirs et une salle multimédia ouverte sur le quartier. Avec une originalité de départ : nous avons travaillé avec les enfants du centre de loisirs du secteur pour qu’ils disent comment ils imaginent entre autres leur future école… »


Autre originalité, chaque bâtiment aura son garage propre, mais des entrées seront communes, ce qui réduira d’autant les peu gracieuses portes basculantes… Même le parking de l’hôtel ne sera accessible que par l’entrée du parking public (dont on détruit le niveau supérieur).

Un quartier durable

Un temps nommé « éco quartier », ce secteur sera en fait « un quartier durable et solidaire », corrige Michel Ribay, lui aussi adjoint au maire de Saint-Denis et en charge de l’écologie urbaine. Globalement, tous ces bâtiments seront peu gloutons en énergie « et même pour l’hôtel, c’est un objectif à atteindre ».


En conséquence, pas question de voir le moindre convecteur électrique pointer son museau dans tous ces immeubles. « Ils seront tous reliés au chauffage urbain », explique Michel Ribay, sauf deux programmes, notamment celui de la Caps, la coopérative d’accession sociale à la propriété, et l’immeuble voisin d’accession classique qui « pourraient bénéficier d’une chaudière au bois commune. Des études techniques sont en cours ».


L’immeuble construit par PCH devrait en outre bénéficier d’une eau chaude sanitaire (au robinet) produite par des capteurs solaires. Et d’autres études sont et seront menées « pour parvenir à des réductions de consommation d’eau, par exemple pour la récupération des eaux de pluie ». Par ailleurs, dit-on encore du côté de la mairie, le choix d’un hôtel n’est pas innocent, car s’il répondra à un besoin évident d’hôtellerie de ce niveau à deux pas du Stade de France, c’est un équipement qui permettra l’emploi de salariés localement.

Soleil, crèche, emplois

C’est dans le contexte de ce coin de ville (enfin) en mutation, que se construira aussi, avec la coopérative Habitat social et solidaire, sur une petite parcelle de 150 m2 à l’angle de l’impasse Picou et de la rue Pinel, une crèche familiale, conçue par les parents qui en seront aussi les gestionnaires. Ce chantier devrait également débuter en 2012.


L’essentiel devrait être sorti de terre avant que ne soit coulée la dalle de la voie du tram, lequel circulera ensuite « à blanc » pendant quelques mois début 2014, pour déverminer la ligne, ou la roder, pour ne pas parler comme les ferrovipathes, qui comme l’on sait sont des passionnés des réseaux ferrés. Autre certitude, le timing est, pour l’ensemble des projets, désormais assez verrouillé.


Gérald Rossi



(1) Organisées par Plaine commune et la Ville de Saint-Denis, ouvertes aux habitants, ces Rencontres publiques se dérouleront samedi 8 octobre de 10h à 13h, avenue Danielle-Casanova, près de l’entrée de l’hôpital.



(2) Pour en savoir plus sur la Sem : http://www.semplaine.fr



(3) Plaine commune, Saint-Denis et d’autres collectivités demandent avec insistance que soit inscrit au prochain contrat de projets entre l’État et la Région le prolongement de la ligne T8 de tram vers la gare Rosa Parks (ex Évangile) à Paris, en correspondance avec la ligne E du RER.


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Histoire : un carrefour routier dès 1860

La Porte ? Quelle Porte ? À Paris, au bout du boulevard Bonne-Nouvelle, se remarque la Porte Saint-Denis. Et à Saint-Denis, la Porte de Paris. Sauf que là, rien. Ni porte, ni portillon…


Et pourtant, comme l’explique Nicole Rodrigue, directrice de l’Unité municipale d’archéologie, commentant les travaux de Michaël Wyss sur le sujet, « à peu près à l’angle des rues actuelles de la Légion-d’honneur et Gabriel-Péri s’élevait bien une porte, que l’on voit très bien par exemple sur la gravure sur bois de Belleforest réalisée en 1575 ».


Une belle porte même, avec pont levis et barbacane (construction extérieure de défense), et qui était l’entrée principale de la ville au sud. À cette époque, les remparts construits en 1356 pour se protéger de la Guerre de cent ans ceinturaient la cité, à peu près à l’emplacement des boulevards extérieurs d’aujourd’hui (Sembat, Guesde, Carnot, Vaillant-Couturier, etc.) urbanisés au XIXe siècle.


Vers le milieu du XVIIe, la fameuse porte apparaît à demie en ruine sur une gravure d’Israël Silvestre, et un siècle plus tard elle est rebâtie, avec cette fois un toit en ardoise et des tourelles de guet.


À partir de cette époque, le chemin pavé vers la capitale est redressé et élargi à 6,5 mètres, et 35 mètres d’accotements plantés compris. Ce qui représente une vaste esplanade à l’entrée de la cité. La porte est remplacée par une grille géante. Au 4, rue Gabriel-Péri, puis sur la place, dans le bâtiment qui abrite aujourd’hui le siège de Saint-Denis union sports, sont installés les services de l’octroi, autrement dit des encaisseurs des impôts prélevés lors de l’entrée de marchandises en ville.


Au fil du temps, cet espace s’urbanise peu, mais « à partir des années 1860, il devient un important carrefour routier », qu’il ne cessera plus d’être… En 1890, un square est implanté au centre, avec une statue du chimiste Nicolas Leblanc, inventeur de la soude artificielle que l’on fabrique alors à Saint-Denis. Car toute la partie sud (la Plaine) est désormais partie intégrante de Saint-Denis ; y sont regroupées de nombreuses industries chimiques, mécaniques, etc.


Porte de Paris, cette évolution est marquée par la présence de fonderies et d’émailleries. Entre ville ancienne et canal (mis en service en 1821), nait un petit quartier dont les plans conservent la mémoire avec par exemple les rues Fouquet, du Moulin, le chemin du Bassin…


La construction de l’autoroute du Nord dans les années 60 stoppera là toute urbanisation… jusqu’en 2011. Et, en 2014, une vraie place de la Porte-de-Paris témoignera-là de l’histoire locale…


G.R.

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Le regard d’une habitante : « Nous n’en voulions pas et le projet a été abandonné »

Rencontre avec Victoria Chabran, habitante du quartier depuis 1994, présidente du comité de quartier et membre du comité consultatif de la Zac.


« Quand je suis arrivée en 1994 dans le quartier de la Porte de Paris, j’ai découvert sous mes fenêtres un grand parking de poids lourds. Ce qui était d’autant plus surprenant qu’aucune signalisation ne l’autorisait. Alors, j’ai écrit au maire de l’époque, Patrick Braouezec, qui non seulement m’a répondu, mais le parking a été supprimé… Puis j’ai rapidement rencontré des associations locales, notamment le comité de quartier que présidait alors Roland Legros, et j’ai continué l’action, sous des formes collectives. »


Professeur de français désormais à la retraite, Victoria Chabran préside depuis des années le comité de quartier et très vite aussi elle s’est investie dans « les comités de suivi instaurés par la Ville ».


Elle raconte : « Nous avons vu défiler plusieurs projets, notamment celui du premier urbaniste, Guy Henry, dont les perspectives ne sous plaisaient pas du tout. » Puis a été créée la Zac et ses structures de concertation. « Cela demande un réel investissement personnel et tout passe par le dialogue entre les habitants, les élus, les architectes, etc. C’est parfois un peu tendu, bien sûr… »


À la question : comment définissez-vous votre quartier, Victoria Chabran répond : « Nous sommes en quelque sorte une bordure du centre historique, avec en face une béance. Dans ces conditions, il est légitime pour la collectivité de défendre le principe de la continuité urbaine. » Sous le regard vigilent des habitants. « Je me souviens par exemple de la tour qu’il était au début prévu d’édifier au bord du bassin de la Maltournée.

Un premier projet agressif

Rendez-vous compte, c’est le seul endroit un peu naturel qu’il nous reste par ici. Nous étions stupéfaits. Nous n’en voulions absolument pas, et le projet a été abandonné. »

Autre exemple, plus récent : l’immeuble de Plaine commune habitat, dont la première pierre a été scellée le 20 septembre. « Le premier projet architectural nous semblait pour tout dire agressif, avec ses sept étages et une sorte de proue incongrue à l’entrée de la ville ancienne… Nous avons beaucoup discuté, et nous sommes arrivés à six étages, avec un “nez” moins prononcé et la transformations des balcons en loggias. »


Elle reconnaît : « Une part de subjectivité » dans ses propos, « mais j’essaie d’être la plus objective possible et de traduire dans mes interventions les préoccupations des habitants ».

Et ce qui semble faire un peu l’unanimité, aujourd’hui, « c’est quelle sera la hauteur des immeubles qui vont être construits avenue Casanova ?

Nous pensons qu’il faut éviter la linéarité. Il n’est pas possible de construire des barres alors qu’on les détruit ailleurs. Mais je crois que nous sommes compris, aussi bien par Antoine Grumbach, qui coordonne l’ensemble et construira l’hôtel, que par les architectes des logements et bureaux, Brenac et Gonzalez. 


« Enfin, si nous approuvons nettement la notion de développement durable, nous sommes inquiets pour les transports en commun. Ce nouvel apport de population et de salariés va encore alourdir le trafic de la ligne 13 du métro. Pour s’en sortir, il faudra que le tram aille vite jusqu’à Paris… »


G.R.

§§§

En chiffres


1996

C’est cette année que commencent les réflexions publiques sur le devenir de la Porte de Paris. En 1998 sont présentées les premières études.


45 000

C’est le nombre de véhicules comptabilisés chaque jour à la Porte de Paris avant le démarrage des travaux de réhabilitation. Près de la moitié n’étaient qu’en transit, c’est-à-dire ne partaient de Saint-Denis ni y allaient. Beaucoup de conducteurs ont depuis choisi d’autres itinéraires.


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