Cultures

Zone d’hier, banlieue d’aujourd’hui

Début du XXe siècle, la petite Jeanne vit à la lisière de Paris, au nord, dans la Zone. Autour d’elle des ouvriers, des travailleurs aux métiers disparus, des Bohémiens, des jeunes voyous. C’est l’histoire que nous raconte Frédérique Jacquet, déjà auteure de Douce Banlieue.

Après Douce banlieues (2005, éditions de l’Atelier), coécrit avec Gérard Mordillat, Frédérique Jacquet vient de publier Jeanne de la Zone, chez le même éditeur. « J’avais tellement appris de cette aventure que ça ne pouvait pas s’arrêter », dit-elle en souriant. Cette fois-ci, ce n’est pas la responsable des archives municipales qui en est l’auteure, mais bel et bien l’écrivain. Avec cependant toujours le même souci. « Faire connaître la vie des simples gens, souvent oubliés de l’Histoire. » De quoi s’agit-il ? D’un livre de belle qualité d’abord. D’une histoire qui se passe au tout début du XXe siècle, surtout. L’histoire de la petite Jeanne, de ses parents et amis, qui vivent dans la zone, juste après les fortifications au nord de Paris. Une histoire qui est celle de la vie quotidienne au sein de cette communauté de gens qui vivent dans la banlieue de l’époque.
Il y a là les parents de Jeanne, Baptiste le chiffonnier, le biffin (ce qui était alors un vrai métier) et sa femme Constance, Hippolyte, le voisin au grand cœur, Luigi, l’ouvrier italien victime des usines chimiques, Rosalie, la blanchisseuse, Mme Mariette, la couturière, Angèle, la porteuse de pains, les Apaches (les cailleras de l’époque) bien sûr, les Bohémiens, Fifine, la tante qui a connu Louise Michel sur les barricades de la Commune… et bien d’autres personnages encore, auxquels Frédérique Jacquet redonne vie avec talent et émotion, simplicité et pudeur. Mais elle n’est pas toute seule, car Jeanne de la Zone est un livre réalisé à quatre mains. Les dessins en noir et blanc d’Étienne Davodeau, auteur de bandes dessinées, donnent au texte un écho à la fois dynamique et imaginatif. Apparaît alors la vie quotidienne de la zone, ses espoirs et ses difficultés, la vie qui s’écoule, dure, âpre, mais joyeuse cependant, et digne. On suit Jeanne à l’école, longeant les usines et le canal, l’émergence des luttes et de l’espoir, de l’amour aussi.
Mais le livre ne s’arrête pas à cette histoire. Dans une deuxième partie, intitulée Le monde de Jeanne, des documents écrits et iconographiques éclairent le récit. Et, dans un troisième volet, La fille de Jeanne, on apprend comment cette histoire se transmet à l’intérieur de la cellule familiale. « Ce qui m’importe, c’est la transmission, dit Frédérique Jacquet, c’est comme l’héritage d’une culture, d’une inventivité de cette population. J’ai voulu écrire un conte du quotidien. C’est une fiction, mais qui s’appuie sur un monde anthropologique, basé sur des témoignages historiques. Je voulais parler de ces gens sur qui on a toujours porté un regard historique. »
Il lui a fallu deux années d’un travail intense, durant chaque vacances et week-ends, pour parvenir à ce beau résultat. Qui va d’ailleurs en appeler d’autres puisque Jeanne de la Zone est en fait le premier volume d’une nouvelle collection des éditions de l’Atelier, L’Histoire sensible, dirigée par… Frédérique Jacquet. « Nous avons en projet, toujours selon cette même structure en trois parties, mêlant texte et dessins, deux autres récits. » L’un sur le monde ouvrier des chantiers navals de Saint-Nazaire dans les années 1950 ; l’autre sur le milieu rural en pays diois dans les années 1960… Ces deux ouvrages à venir (un par an) seront écrits par les mêmes auteurs que Jeanne. En attendant, Jeanne de la Zone est en vente dans toutes les bonnes librairies (donc à Folies d’encre) depuis quelques jours. Et à déguster.
Benoît Lagarrigue

Jeanne de la Zone de Frédérique Jacquet et Étienne Davodeau, aux éditions de l’Atelier, collection L’Histoire sensible. 108 pages, 18€.

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