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Théâtre Gérard Philipe
/ Vivement la rentrée

Gageons que la crise sanitaire sera véritablement derrière nous et que le virus n’aura pas repris de la vigueur, pour que la saison du TGP commence bel et bien le 9 septembre.
Spectacle Un conte de Noël, d'après le film d'Arnaud Desplechin. (c) Simn Gosselin
Spectacle Un conte de Noël, d'après le film d'Arnaud Desplechin. (c) Simn Gosselin

Après cette période sidérante où tout s’est arrêté, y compris les théâtres, il est assez réjouissant de pouvoir se projeter dans l’avenir, en l’occurrence celui de la prochaine saison du TGP. Si tout se passe bien, croisons les doigts et tout ce qu’on peut croiser, celle-ci, la première du mandat de Julie Deliquet, s’annonce riche et passionnante. Avec de nombreuses créations mais aussi plusieurs reprises de spectacles qui n’avaient pas eu la chance d’être joués cette année pour les raisons que l’on connaît.

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« Cette saison est vraiment faite d’un mélange, de transmission entre des artistes qu’avait programmés Jean Bellorini, et ceux que j’ai programmés. Il y a pas mal de metteures en scène femmes, de jeunes artistes et il y a l’idée du soin, du prendre soin, qui revient comme une sorte de fil rouge. Par rapport à ce que nous venons de vivre, je trouve que c’est important. Je pense qu’il faut accompagner le retour au théâtre, au lien social », souligne Julie Deliquet. C’est elle-même et sa troupe du collectif In Vitro qui ouvriront le bal avec la reprise d’Un conte de Noël, spectacle conçu d’après le film d’Arnaud Desplechin (du 9 au 27 septembre). Ce spectacle avait connu un vif succès à Paris l’an dernier et Julie Deliquet se réjouit de le présenter à nouveau à Saint-Denis.

« C’est un spectacle qui invite à la réunion, et il est pour moi très important qu’il soit repris au TGP. Nous serons dans un dispositif bi frontal, une manière de jouer avec cette salle qui est si belle et d’avoir les spectateurs au plus près, sur le plateau », indique-t-elle.

De très belles reprises

Deux autres belles reprises suivront: Onéguine, d’après Pouchkine, mis en scène par Jean Bellorini (du 16 au 27 septembre), avait été vu (et entendu, tellement le dispositif scénique et sonore dû à Sébastien Trouvé est inventif et magnifie la langue de Pouchkine traduite par André Markowicz) au TGP au printemps 2019 ; et Le Cœur fume encore (du 30 septembre au 11 octobre), magnifique spectacle sur la guerre d’Algérie de Margaux Eskenazi et Alice Carré, qui avait été impacté par les grèves dans les transports en décembre 2019.

La première création de la saison sera l’œuvre de Gaëlle Hermant, dont on avait vu en 2018 Le Monde dans un instant, qui mettra en scène Danse « Delhi », d’Ivan Iripaev (du 5 au 22 novembre). La pièce se situe dans un salon réservé aux familles dans un hôpital, où convergent plusieurs personnages, comme autant de variations d’un récit où se mêlent mélodrame et comédie. La Troupe éphémère, formée de jeunes amateurs, aurait dû présenter sa création annuelle en mai. Ce sera fait du 6 au 8 novembre, avec La Tragédie d’Hamlet, adaptée de Shakespeare par Peter Brook et mis en scène par Ido Shaked.

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Déjà venue au TGP à plusieurs reprises (avec notamment Vania, mis en scène par Julie Deliquet en 2017), la troupe de la Comédie Française fait son retour à Saint-Denis avec Hors la loi (du 15 au 20 novembre), un spectacle écrit et mis en scène par Pauline Bureau qui s’empare du célèbre procès de Bobigny en 1971 qui aboutira à la loi dite Simone Veil sur l’interruption volontaire de grossesse votée en 1975. Une pièce qui retrace une avancée des droits des femmes, salutaire tant ceux-ci sont toujours fragiles. Alors que la pièce de Bérangère Jannelle, Lucy in the sky est décédée, une belle histoire contemporaine sur l’origine de l’humanité, était à l’affiche du TGP en mars, le confinement l’a soudainement interrompue. Il restait huit représentations. Celles-ci seront justement données du 29 novembre au 7 décembre.

Et c’est, comme de coutume, le festival Africolor qui clôturera, le 17 décembre avec l’Orchestre du Grand Bamako, cette année 2020 ô combien perturbée.

Peter Brook et William Shakespeare

2021 débutera avec une autre création, Tempest Project (du 6 au 10 janvier), d’après La Tempête de William Shakespeare, adaptée et mise en scène par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne. On ne présente plus Peter Brook qui va chercher le tréfonds des textes dans une simplicité épurée à nulle autre pareille. Le spectacle suivant sera l’œuvre d’une des deux artistes associées de Julie Deliquet, Lorraine de Sagazan. Elle a conçu et mis en scène L’Absence de père (du 21 janvier au 7 février), librement adapté de Platonov, d’Anton Tchekhov. Il s’agit d’une écriture de plateau où les personnages évoluent dans un dispositif quadri frontal, au plus près des spectateurs.

Olivier Masson doit-il mourir ? se demande François Hien, auteur de la pièce (du 5 au 21 mars). Il s’est inspiré de l’affaire Vincent Lambert pour interroger notre rapport intime à la mort. Autre belle reprise à l’affiche de la saison, celle de Nous sommes seuls maintenant, du collectif In Vitro mis en scène par Julie Deliquet (du 16 au 21 mars). Troisième volet du triptyque Des années 70 à nos jours présenté en 2014, cette pièce chorale et tableau d’une époque se demande si, après avoir voulu changer le monde, on peut soi-même changer de vie…

Deux autres créations suivront. La Nuit des rois, de Shakespeare (du 31 mars au 16 avril), traduite par André Markowicz qui, pour une fois, quitte sa chère langue russe, sera interprétée uniquement par des actrices ici mises en scène par Sylvain Levitte, allant à contre-courant de l’époque Élisabéthaine où seuls les hommes montaient sur scène. Et Les Femmes de la maison (du 3 au 16 avril), écrit et mis en scène par Pauline Sale (dont on avait vu au TGP Cupidon est malade et Quand je suis avec toi il n’y a rien d’autre qui compte), montre l’évolution en trois époques, des années 1950 à nos jours, de la situation des femmes artistes dans la société. Sur des textes de Julie Bérès, Kevin Keiss et Alice Zeniter, la première nommée a mis en scène Désobéir (du 25 au 29 mai). À partir de témoignages de femmes d’Aubervilliers et d’alentour, elles ont bâti une fiction nourrie de réel où l’émancipation des femmes passe par la possibilité de dire non.

Enfin, pour clôturer cette saison que l’on espère moins perturbée que la précédente, de jeunes amateurs créeront Candides (du 4 au 6 juin), spectacle conçu et réalisé par Pascale Fournier et Magaly Godemaire. « J’ai la volonté durant mon mandat de présenter des spectacles qui puissent être tous terrains », lance Julie Deliquet.

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La saison du TGP Hors les murs sera elle aussi conséquente. C’est au marché de Saint-Denis qu’aura lieu le premier de ces spectacles (les 16 et 18 octobre) avec Série Noire - La Chambre bleue, d’après Georges Simenon, adapté et mis en scène par Éric Charon, du collectif In Vitro. Cette fiction policière s’immergera dans le marché avec la participation attendue d’acteurs de ce lieu emblématique de la ville. Ce spectacle s’invitera au printemps 2021 à l’hôpital Delafontaine (sous réserve), toujours selon le même principe.

De janvier à mars 2021, dans plusieurs villes franciliennes et lieux de Saint-Denis, Leïla Anis, autre artiste associée à Julie Deliquet, présentera Les Monstrueuses, pièce qu’elle a écrite et qui aborde la question des règles féminines à travers plusieurs époques et continents.

Enfin, les 5 et 6 juin 2021 dans le quartier Pleyel, Lola Naymark proposera une déambulation sonore, Les rues n’appartiennent en principe à personne, qui aurait dû se tenir… il y a une quinzaine de jours. Reste une catégorie de spectateurs traditionnellement choyée saison après saison par le TGP : le jeune public. Les directions changent mais la programmation Et moi alors ? reste une constante avec cette année pas moins de huit spectacles, dont un à l’académie Fratellini. Vivement la rentrée, la vraie !

Benoît Lagarrigue

TGP (59, boulevard Jules-Guesde). Réservations : 0148137000; www.theatregerardphilipe.com

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