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Insalubrité
/ Victimes collatérales

Confronté à un risque d’effondrement imminent, la ville a fait évacuer d’urgence des logements au 3 bis rue du Jambon, jeudi 17 janvier. Une décision qui suscite l’incompréhension de la propriétaire et de ses locataires qui se considèrent victimes collatérales de l’insalubrité.
Mme Bohadas, propriétaire des immeubles au 3 et 3 bis rue du jambon, ainsi qu'un pavillon dans la cour de cette même adresse ne comprend pas la décision de la mairie.
Mme Bohadas, propriétaire des immeubles au 3 et 3 bis rue du jambon, ainsi qu'un pavillon dans la cour de cette même adresse ne comprend pas la décision de la mairie.

L’effet domino. C’est la crainte de la mairie au sujet de ce gros pâté d’immeubles, en partie délabrés, coincé entre les rues du Jambon, Gabriel-Péri et des Ursulines. Si le 57 Péri, ou l’immeuble dans la cour du 3 bis rue du Jambon, venaient à s’écrouler, ils pourraient entraîner dans leurs chutes d’autres édifices. « Les conclusions du dernier rapport d’expert nous font penser que l’immeuble du 3 bis rue du Jambon ne passerait pas l’hiver, détaille Stéphane Héchiche, chef du service Mission habitat indigne de la ville depuis novembre. Le 57 rue Péri nous préoccupe aussi énormément. On ne peut savoir ni où, ni comment pourrait s’effondrer ces immeubles. D’où l’urgence impérieuse de faire évacuer les habitants avant même la prise d’un arrêté de péril. »

« Il s’agit d’une mesure de précaution », ajoute David Proult, adjoint au maire à l’urbanisme. Un principe de précaution qu’ont pourtant bien du mal à comprendre M. Gresle et Mme Bohadas, respectivement locataire et propriétaire (1) du pavillon dans la cour du 3 bis rue du Jambon.
 

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« J’ai été prévenu à 17 h la veille de l’évacuation alors que j’étais en Belgique, commente M. Gresle toujours sous le coup de l’émotion. Les forces de l’ordre sont arrivées à 7h30 du matin. Je suis désolé, on ne met pas les gens dehors en 12 h de temps. Je suis paysagiste et je travaille à domicile. Cette évacuation peut donc aussi mettre en péril mon activité. On aurait pu nous prévenir 1 mois avant et nous accompagner vraiment pour le relogement. Ça fait 21 ans que j’habite ce pavillon en très bon état et ça fait 21 ans que l’immeuble d’en face est comme ça. »

Alors qu’elle nous ouvre la porte d’un F2 impeccablement tenu au 2e étage du 3 bis rue du Jambon, Mme Bohadas tempête : « Je ne suis pas une marchande de sommeil. J’entretiens bien mes immeubles. J’aime mes locataires, j’ai besoin de l’argent de ces loyers pour payer ma retraite. Et la ville m’annonce qu’elle va prendre un arrêté de péril au 3 bis rue du Jambon. Je suis une victime collatérale de l’insalubrité.» 
 

Dans le PNRQAD depuis novembre

Dans cette copropriété de sol aux contours biscornus qui inclue les 49 au 43 rue Péri, le 2 rue des Ursulines et le 3 bis rue du Jambon, mais le pas 3 rue du Jambon qui partage pourtant la même entrée, la situation est complexe. Il n’empêche, pour Mme Bohadas, l’action publique engagée manque de discernement.

« L’immeuble face à mon pavillon est en péril imminent et vide depuis qu’il a été racheté par Plaine Commune en 2012. Pourquoi ne l’a-t-on pas déconstruit plus tôt ? À la main c’est trois semaines de travail. Pareil, l’immeuble du Montagnard au 51 rue Péri tombe en ruine depuis 2002. On ne pouvait pas faire quelque chose avant ? Pour moi les pouvoirs publics laissent pourrir les bâtiments pour les acheter le moins cher possible ensuite. Par ailleurs, si un arrêté de péril est pris au 3 bis rue du Jambon alors que l’immeuble est en bon état, on marche sur la tête. »

Du côté des pouvoirs publics on tient à remettre les choses en perspective. « Il faut bien voir que ces adresses sont entrées dans le Programme national de rénovation des quartiers dégradés (PNRQAD) en novembre seulement, souligne David Proult. Il faut donc d’abord acquérir les biens avant d’intervenir. À partir du moment où la Soreqa a titré les biens, les choses sont allées très vite. De notre côté les permis de démolir vont être déposés et instruits le plus vite possible. »

La Soreqa, aménageur public de l’îlot en question a déjà bien avancé en quelques semaines. Les 51, 53, et 59 rue Péri ont été achetés ainsi que des immeubles sur cours aux 43 et 49 rue Péri, 2 rue des Ursulines et 3 bis rue du Jambon. « Nous engageons systématiquement des diagnostics et des études afin de voir ce qui peut être conservé et ce qui doit être démoli, rappelle Sylvie Froissard directrice de la Soreqa. Nous pouvons mettre en œuvre des variantes et des scissions de copropriété si nécessaire. À ce jour nous ne pouvons pas indiquer si les pavillons de Mme Bohadas seront rachetés. Des études sur la base du nouveau PLU, qui devrait être adopté mi-février, permettront de vérifier la possibilité de la reconstruction du front bâti rue Gabriel-Péri, avec ou sans les pavillons. Nous ne sommes pas d’une rigidité absolue. Il faut qu’il y ait plus d’avantages à acheter qu’à ne pas le faire. »

En attendant M. Gresle et sa compagne qui ont refusé la proposition d’hébergement de la mairie (à l’hôtel) sont toujours dépannés par un ami et espèrent pouvoir prochainement déménager leurs effets personnels. Leur ex-voisin et compagnon et d’infortune, dort lui depuis 15 jours à l’hôtel…en Seine-et-Marne.

Yann Lalande

(1) Mme Bohadas est propriétaire des immeubles au 3 et 3 bis rue du Jambon, ainsi que du pavillon dans la cour à cette même adresse

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