En ville

Joliot-Curie et Romain-Rolland
/ Une rencontre pour faire la paix

Trois « grands » – Mathieu Richard de Joliot, Moussa Diakite et Ibrahima Mane de Romain-Rolland – étaient à l’initiative d’une réunion informelle entre les jeunes des deux cités, mardi 27 août à la Maison de la jeunesse du centre-ville.
Ibrahima Mane, Moussa Diakite et Mathieu Richard, à l'origine de la rencontre entre jeunes de quartiers « rivaux » © Aziz Oguz
Ibrahima Mane, Moussa Diakite et Mathieu Richard, à l'origine de la rencontre entre jeunes de quartiers « rivaux » © Aziz Oguz

Les ados de Joliot-Curie et Romain-Rolland ont décidé de faire la paix. Ils ne veulent plus être « en embrouille », « en guerre » comme ils le disent. « Je ne vous demande pas de vous prendre dans les bras, mais quand vous vous croisez, ne vous bagarrez pas », leur demande Mathieu Richard.

Âgé de 28 ans, ce grand de Joliot-Curie est à l’initiative de cette réunion informelle entre les jeunes des deux cités, organisée mardi 27 août en terrain neutre à la Maison de la jeunesse du centre-ville. Il l’a montée avec deux amis de Romain-Rolland, Moussa Diakite et Ibrahima Mane. Ensemble, ils sont engagés dans l’association les Mains unies qu’ils ont créée en 2015, avant même le début de la lutte intestine entre les deux quartiers, situés dans l’est dionysien, voisins d’à peine quelques centaines de mètres. Cette embrouille a atteint son paroxysme l’année dernière quand en septembre 2018 Luigi – un ado âgé 16 ans de Joliot – est mort d’une rafale de Kalachnikov, avenue Romain-Rolland
 

« Quand ils se croisaient, c'était bagarre »

« Soyez les ambassadeurs de la paix »,a insisté Mathieu auprès de ses benjamins. Assis de chaque côté de la salle de concert de la Ligne 13, face à face, la vingtaine d’ados – entre 13 et 17 ans – acquiescent. Pour marquer le coup, Mathieu – représentant Joliot-Curie – a serré la main des jeunes de Romain-Rolland. Et Moussa a fait de même avec ceux de l’autre cité. Ce qui n’a pas manqué de faire sourire les petits. Cet après-midi, chaque groupe était venu et parti séparément, selon un protocole imaginé par les grands. « Mais à la fin j’ai senti que l’on pouvait partir tous ensemble », dit Mathieu, soulagé que la rencontre informelle se soit bien passée. Il avait la crainte qu’un grain de sable fasse tout dérailler, que les chaises volent en l’air. « S’il y avait eu un problème, cela pouvait nous retomber dessus. On aurait été responsable. »

Ces deux groupes d’ados fréquentent pour la plupart les mêmes établissements : collège Jean-Lurçat ou lycée Suger. « À la sortie des cours à midi et à 16h, c’était bagarre. Quand ils se croisaient, c’était bagarre. Cela n’arrêtait pas », raconte Ibrahima Mane. Les jeunes de Romain-Rolland étaient obligés de faire un détour pour aller au lycée Suger, situé à côté de Joliot. Ceux de Joliot évitaient d’aller à la Poste ou aux fast-food de l’autre cité. Ils n’allaient plus au city-stade du « milieu », situé entre les deux quartiers, où ils avaient l’habitude de jouer au foot ensemble.

« Ils étaient fatigués de tout ça », poursuit Ibrahima. Après une énième altercation en août dernier, Mathieu a vu les jeunes de Joliot. Moussa et Ibrahima ont fait de même avec ceux de Romain-Rolland. Ils étaient d’accord pour se voir. « Mentalement, ils étaient disposés à faire la paix », décrit Mathieu.« Des deux côtés, on a senti qu’ils voulaient arrêter mais ils ne savaient pas comment faire », souligne son ami d’enfance Moussa. D’où l’idée d’une rencontre pour enterrer la hache de guerre.
 

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« Ils valent mieux que ça »

« Si on ne le faisait pas, qui allait le faire ? », répond Mathieu quand on lui demande pourquoi il s’est investi. Lui comme ses deux amis travaillent comme conducteur de bus à la RATP. Avant d’y être embauché en 2016, Mathieu a été animateur à Romain-Rolland. Il a vu grandir ces ados.

« C’est du gâchis ces embrouilles. Eux-mêmes l’ont dit : il y a un an [avant la mort de Luigi] Ils jouaient au foot ensemble. » « Franchement, on a beaucoup pensé aux parents. Il y a déjà eu un mort.  Ça suffit. La mère, la pauvre… », répond Ibrahima, 27 ans. Fin avril, il accompagnait des jeunes de l’antenne jeunesse de son quartier en sortie à Gaumont. Une quinzaine d’ados de Joliot avaient débarqué pour frapper un de des jeunes. « Dieu merci, il s’en est sorti sans séquelle. Mais il aurait pu y laisser sa peau. C’était trop », confie le Dionysien, avouant avoir passé une période compliquée, se sentant « fautif » de ce qui s’était produit. « On a aussi pensé aux petits. Ils valent mieux que ça. Ils ont tous un talent. Et ils sont en train de le gâcher à cause du quartier », continue-t-il. Ensemble, ils ont voulu casser ce « cercle vicieux » de la violence. D’autant que ces ados en conflit aujourd’hui n’étaient pas impliqués dans la mort Luigi.  « Ils n’ont rien à voir là-dedans.», assurent-ils.

« Entre Joliot et Romain-Rolland, il y a toujours eu de bonnes relations »,raconte le trentenaire Moussa, avant que la situation ne se détériore ces dernières années. Luigi lui-même s’était impliqué dans le conflit opposant des « grands » – comprendre 18-22 ans – des deux cités. Après la mort de l’ado, le conflit s’est déporté vers la génération d’en dessous à base de provocations et d’invectives sur l’application vidéo Snapchat. Pour eux, le décès de Luigi aurait pu être évité. « C’est dommage que dans la ville il n’y ait pas de dispositif pour lutter contre la violence. Il faut créer des points de médiation, que les jeunes des différents quartiers puissent échanger. Nos quartiers sont délaissés par rapport au centre-ville. Pourquoi on n’a pas de médiateurs de nuit par exemple ? » « On manque de moyens pour faire plus d’activités, de sorties avec les petits, les parents, rajoute Ibrahima. Si on est soutenu, on va tout faire pour éviter le conflit entre les jeunes. On ne garantit pas les choses à 100%, mais on va faire notre maximum. »

Aziz Oguz

Réactions

Super initiative je suis dirigeant au club de rugby de saint denis et souhaite échanger avec vous pourquoi pas autour d un match de rugby
Il est regrettable qu'il ait fallu attendre si longtemps pour enfin les faire se parler. Et qu'en plus, ce soit une initiative d'individus et pas de la Mairie. Après chaque drame, on nous ensevelit sous les bonnes paroles mais il n'y a aucun acte derrière à part une petite tournée devant les caméras avec 2-3 banderoles. La municipalité a un rôle à jouer dans les relations inter-quartiers et surtout quand il faut organiser des événements qui réunissent les habitants, elle ne doit pas attendre la bonne volonté des grands frères pour apaiser le climat. Espérons en tout cas que leur initiative suffira à stopper ce cercle vicieux.

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