Une nuit sans fin

En cette soirée de fin novembre, depuis un moment déjà, l’obscurité a enveloppé la ville. En temps normal, les entraînements des rugbymen, footballeurs ou tennismen animeraient Auguste-Delaune. Plongé dans le noir, le parc des sports somnole. En apparence seulement. Au cœur de la nuit certains s’obstinent à jouer au foot, sans lumière, sur un synthétique, quand d’autres font du physique, à la lueur de la lune, sur une pelouse humide. Dans les allées, les joggeurs nyctalopes croisent les promeneurs canins, tandis que les boulistes tirent et pointent dans une ambiance clair-obscur très picturale. Au cœur de la cité Fabien, une tache lumineuse interpelle.

C’est déjà Noël au balcon du deuxième étage d’un immeuble qui en compte quatre. Pour le reste, les barres ressemblent à des grilles de mots croisés électrifiées. La plupart des cases sont allumées. Confinement ou pas, le 129, institution de la rue Péri, ne chôme pas. Seule différence, la petite foule des affamés attend son « Grec », sur le trottoir, dans le froid. Même rue, beaucoup plus bas, la terrasse du Pavillon, épicentre des nuits bohèmes dionysiennes, est déserte. En attendant que le bar retrouve le haut du pavé il faudra refaire le monde dans des salons privés. Le centre-ville est déjà illuminé en vue des fêtes de fin d’année, mais chacun se presse de rentrer. Ni comédie française au TGP, ni vernissage d’expo au 6b.

Les abords du Stade de France sont dépeuplés. Les tests d’automne du Quinze de France et les matches internationaux des Bleus du foot offrent d’habitude de belles soirées, pleines de supporters assoiffés. Les bars de l’avenue Jules-Rimet ont tous le rideau baissé et la 3e mi-temps n’a jamais aussi mal porté son nom. L’escalator du cinéma Gaumont, quant à lui, est figé. On l’espère, pas pour l’éternité. Fini les heures de pointe, les forçats du secteur tertiaire font du rab à la maison plutôt que de prendre le RER B. À la Plaine, les bureaux sont restés vides une journée de plus.

Avenue Wilson, la Cantine sauvage est comme une belle vitrine qui fait envie. Les convives sont envolés, restent les repas à emporter. Une musique forte nous surprend, dans cette nuit silencieuse. Elle s’échappe du premier étage. Une femme filiforme tient une pose acrobatique dans l’encadrement de sa fenêtre. Sevré de spectacle, monte l’envie d’applaudir. Un discret salut de la main suffira. Sous nos pieds l’A1, jamais aussi fluide, ressemble à une rocade de province. En surface, les rues se vident. Elles seront bientôt livrées aux plus déshérités. C’est l’heure des maraudeurs cyclistes de Solidarité migrants Wilson. Gilets blancs sur le dos, ils sont comme une lumière dans la nuit.

YL. 

Réactions

Merci pour ce beau reportage visuel et ce beau texte sur les effets Covid !

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