En ville

Instruction obligatoire à 3 ans
/ Une mesure en trompe-l’œil

Censée garantir un accès équitable aux savoirs fondamentaux et lutter contre le « déterminisme social » dès l’école maternelle, l’instruction obligatoire à 3 ans doit entrer en vigueur dès la rentrée 2019. À quoi faut-il s’attendre à Saint-Denis  ?
Avec l'instruction obligatoire à 3 ans, ce sont à Saint-Denis, 200 enfants supplémentaire âgés de 3 ans à 5 ans qui devraient dès la rentrée rejoindre les bancs de l’école maternelle.
Avec l'instruction obligatoire à 3 ans, ce sont à Saint-Denis, 200 enfants supplémentaire âgés de 3 ans à 5 ans qui devraient dès la rentrée rejoindre les bancs de l’école maternelle.

200. Selon la municipalité, c’est le nombre supplémentaire d’enfants de 3 ans à 5 ans qui devraient dès la rentrée rejoindre les bancs de l’école maternelle. Adoptée par l’Assemblée nationale puis le Sénat, l’abaissement de l’âge de l’instruction à 3 ans, contre 6 aujourd’hui, est l’une des mesures clés de la loi « Pour une école de la confiance » portée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

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Bien que symbolique – 98% des enfants de 3 ans sur le territoire national fréquentent l’école maternelle – elle ne fait pas l’unanimité dans le milieu enseignant. « Cette loi est étrange à partir du moment où on met les pieds dedans », juge un enseignant de l’école Opaline à la Plaine. « La scolarisation dès 3 ans est une bonne chose si c’est pour donner de la crédibilité à l’école maternelle et lutter contre l’absentéisme », explique un autre. Pour Valentin Ripp, enseignant et membre du SNUipp-FSU, « sous couvert d’égalitarisme, cette loi est un cadeau à l’enseignement privé. Les communes devront appliquer la loi Debré dès l’âge de 3 ans. Cela représente 150 millions d’euros au niveau national ».

Depuis 1959, les communes doivent participer aux frais de fonctionnement des établissements privés sous contrat. Concernant la scolarisation à 3 ans, l’État prévoit une compensation financière destinée seulement aux villes qui ne finançaient pas déjà les maternelles privées. La municipalité dionysienne entre dans ce cas. Elle devrait ainsi bénéficier de cette aide. Mais elle s’interroge : « Cette possibilité de financement invitera-t-elle à terme les établissements privés à ouvrir des classes maternelles ? »

« L’atteinte à la mixité »

La question est également soulevée par la FCPE. « Il ne serait pas coûteux d’ouvrir une école privée. Des établissements comme JBS ont des tarifs abordables. On peut se dire que ces écoles pourraient augmenter leur offre et faire venir les enfants dès 3 ans », a estimé Arnaud Blanc, représentant local de la Fédération. Autres inquiétudes soulevées par les organisations syndicales et les enseignants : le « renforcement des exclusions territoriales » et l’« atteinte à la mixité » dans les écoles des quartiers populaires, que pourrait engendrer cette loi.

YB