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Covid-19
/ Une deuxième vague qui inquiète à l’hôpital

Alors qu’une plainte contre X a été déposée par le collectif Inter-Urgences concernant la gestion de la première vague et la pénurie de matériel au niveau national, les hôpitaux commencent à affronter la seconde, mais manquent cruellement de moyens humains, surtout en Seine-Saint-Denis.
L'hôpital Delafontaine a élaboré cet été, en quatre paliers, pour déprogrammer certaines activités et opérations selon le nombre de patients en soins critiques pour lesquels il faudrait ouvrir de nouveaux lits et des unités Covid-19.  © Jacky-Yves Manco
L'hôpital Delafontaine a élaboré cet été, en quatre paliers, pour déprogrammer certaines activités et opérations selon le nombre de patients en soins critiques pour lesquels il faudrait ouvrir de nouveaux lits et des unités Covid-19. © Jacky-Yves Manco

Alors que la seconde vague arrive, le bilan de la première n’a pas encore été tiré. Pour ce faire, le collectif Inter-Urgences avait déposé une plainte contre X pour 4 motifs : homicide involontaire, violences involontaires, mise en danger délibérée de la vie d’autrui et abstention volontaire de prendre les mesures visant à combattre un sinistre. 

« Il y a eu une mise en danger des soignants et des patients à cause du manque de protections, cette pénurie n’a jamais été assumée de la part des pouvoirs publics alors qu’il y a eu des contaminations, des décès, mais aussi un traumatisme chez le personnel soignant », rappelle Yasmina Kettal, infirmière dionysienne faisant partie du collectif. Une audition est prévue en octobre, d’où un appel à témoignages. À Saint-Denis comme ailleurs, des soignants ont apporté leurs éléments de preuves. Photos de masques périmés, témoignages, protocoles, notes de services…

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« Avec ces documents, on peut démontrer que les instructions nous ont mis en danger. Comme il n’y avait pas assez de masques FFP2, on a réduit leur usage. Tout cela relevait d’une gestion de pénurie, les principes de précaution n’ont pas été appliqués », dénonce Yasmina Kettal. Pour le collectif Inter-Urgences, la situation est le résultat « d’une vingtaine d’années d’austérité budgétaire. C’est cette politique que nous voulons pointer du doigt ».

Les soignants craquent et partent

Yasmina Kettal, syndicaliste à Sud, a publié le 2 octobre sur Mediapart une tribune où elle exprime sa « lassitude ». « Je n’ai pas envie de remettre des gens dans des sacs mortuaires. De faire du tri à l’arrache, du travail à l’arrache », écrit-elle. Le titre de son texte : « Probablement qu’on y est, l’hôpital s’effondre... ». Un ultime cri d’alerte. Pour elle, pour cette seconde vague, « ce ne sont plus les respirateurs qu’il faut compter, mais les soignants ».

Épuisés physiquement et moralement, les soignants démissionnent petit à petit, alors que des postes étaient déjà vacants. « Cette fois-ci ce n’est pas le matériel qui pose soucis, mais le manque de personnel en Île-de-France, beaucoup de soignants sont partis après la période du confinement. Nous avons des difficultés même pour trouver des vacataires ou intérimaires. Et cette fois-ci, la crise sanitaire touche toute la France, on ne pourra pas compter sur des renforts d’autres régions », précise Dr François Lhote, directeur médical de la cellule de crise Covid-19 à Delafontaine.

Pour Stéphane Degl’Innocenti, délégué à Sud, « cette deuxième vague va être encore plus difficile. Il y a eu beaucoup de départs, notamment dans des services comme les Urgences ou encore le SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation) du 93 qui a une équipe en moins depuis le 5 octobre. Beaucoup d’anciens sont partis, et avec l’arrivée de l’hiver nous allons être encore plus fragiles. Il n’y a pas eu de recrutement massif, ni d’ouverture de lits dans le département, alors que les besoins sont considérables ».

Un manque de lits en réanimation alarmant

Le 5 octobre, vingt-quatre élus de Seine-Saint-Denis, dont Mathieu Hanotin, ont publié une tribune dans Le Monde pour « appeler à l’aide pour nos hôpitaux » et réclamer un plan de rattrapage de l’offre de soins, dans un souci d’« égalité ». « On décompte dans notre département 42,5 lits de médecine dans les hôpitaux publics pour 10 000 habitants, contre 62,4 en moyenne en France », rappellent-ils dans leur texte dénonçant également la « surmortalité exceptionnelle », de 118,4 % supérieure aux autres départements.

À Delafontaine, un plan a été élaboré cet été, en quatre paliers, pour déprogrammer certaines activités et opérations selon le nombre de patients en soins critiques pour lesquels il faudrait ouvrir de nouveaux lits et des unités Covid-19. Dix lits supplémentaires vont être ouverts en gériatrie à Casanova. « Il y a eu une accélération vers le 2 octobre, nous avons désormais une soixantaine de malades hospitalisés. 6 d’entre eux sont en réanimation, où nous avons 18 places, à partager avec d’autres types de patients. Nous avons déjà atteint depuis fin septembre le pourcentage de lits que nous avions prévu de dédier aux patients Covid-19. Nous espérons pouvoir organiser des transferts dans la région pour maintenir une sécurité de soins, également pour les patients qui n’ont pas la Covid-19 », ajoute le Dr Lhote.

L’un des enjeux de cette deuxième vague est aussi la continuité des soins. « La rupture de suivis et les reports d’opérations ont eu des graves conséquences », rappelle le médecin. Pour éviter une situation similaire, l’ARS a activé jeudi 8 octobre le plan blanc renforcé, avec une cellule de transferts des patients de réanimation, pour les malades en situation critique. Le plan blanc est un cadre qui permet notamment la déprogrammation des interventions chirurgicales ou encore d’imposer le report de congés aux soignants. « Nous allons essayer de préserver au maximum les personnels, mais l’imprévisibilité des choses nous met en grande difficulté », conclue le Dr Lhote.

Delphine Dauvergne
 

L'IMAGE DE LA SEMAINE : Un centre de dépistage et de diagnostic Covid

Réactions

Le 11 octobre 2020 sur BFM Valérie Pécresse estime que les frontières sont poreuses entre la grande couronne d'Île-de-France et la petite couronne. L'emploi du mot frontières semble choquant. Valérie Pécresse réclame un durcissement des restrictions sanitaires et demande des nouvelles mesures privatives de liberté. Sans doute craint-elle que les habitants de la petite couronne viennent propager le virus Sars-cov-2 dans son beau département des Yvelines. Si Valérie Pécresse souhaite créer une frontière politique entre la Seine-Saint-Denis et les départements 95 78 77 elle n'a rien à faire en tant que Présidente de la région Île-de-France. Valérie Pécresse devrait rester confinée dans son département des Yvelines.

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