En ville

Une épicerie sociale au rayon du Secours islamique

Signe des temps, la boutique solidaire, qui jouxte le siège national de l’ONG humanitaire, quartier Pleyel à Saint-Denis, a vu sa fréquentation augmenter depuis sa création en 2007.
Dans les locaux de l'épicerie solidaire du Secours islamique France, le 24 janvier
Dans les locaux de l'épicerie solidaire du Secours islamique France, le 24 janvier


Pâtes et conserves, légumes, viande et laitages, produits d’entretien et pour bébés… Ici, pour chaque article en rayon, deux prix sont affichés. Celui du commerce ordinaire, et l’autre, d’un montant dérisoire pour qui n’est pas en galère. « Les gens paient 10% du prix», précise Sabrina Houche.


Assistante sociale au Secours islamique France, elle reçoit quiconque frappe à la porte d’Episol, son épicerie sociale. Ouverte deux jours par semaine, la boutique voisine avec le siège national de cette ONG humanitaire, dans le quartier Pleyel de Saint-Denis (1).


« Nous avons eu l’an dernier 240 bénéficiaires, qui nous ont été envoyés par nos partenaires, CAF, CCAS de Saint-Denis et de Saint-Ouen, etc., poursuit Sabrina Houche. Nous avons tant de demandes que la durée d’accès à l’épicerie, qui était de 6 mois, a été ramenée à 3 mois maximum. C’est une aide ponctuelle pour des gens qui ont les minima sociaux, et qui ont eu un accident de parcours. »


Chaque passage en boutique est précédé d’un entretien pour faire le point. Insertion, budget, nutrition, « on intervient sur plusieurs volets. On a aussi un atelier cuisine», ajoute-t-elle.


Créée en 2007 selon les normes de l’Andes (Association nationale de développement des épiceries solidaires), Episol fait suite à une expérience de banque alimentaire, « comme il y en a eu beaucoup. On a préféré se mettre sur des projets où on ne soit pas en doublon », explique Djilali Benaboura, le coordinateur des Missions sociales France qui emploient à Saint-Denis dix salariés pour l’épicerie, les maraudes, l’accueil d’urgence du Plan hivernal et l’ensemble du suivi social.


Fondée en 1991 à l’initiative d’Islamic Relief Worldwide, basée en Angleterre, l’ONG française est « devenue autonome depuis 2005, indique M. Benaboura. On a mis alors en place des bureaux dans une quinzaine de pays. Et on a développé nos missions en France depuis 2006. On avait été alerté sur la précarité par nos donateurs. Qui sont à 100% franco-français. » Il tenait à le préciser pour les 20 millions d’euros, chiffre de 2011, collectés en France pour l’ensemble des missions.


En vingt ans, le Secours islamique France a certes fait ses preuves aux yeux des autres professionnels de l’humanitaire. Mais « tous les jours, on répond à la méfiance par nos actions, constate, un brin amère, Samira Alaoui, chargée des relations presse. Ce qu’on fait correspond aux valeurs de l’islam, mais il n’y a pas de prosélytisme. » « Notre action n’est pas communautaire, reprend Djilali Benaboura. On aide tout le monde. 10 à 20% de nos salariés sont des non-musulmans, y compris parmi les responsables.»


Ils se réfèrent l’un et l’autre au Secours catholique, épargné par les blâmes même pour ses « Noëls solidaires ». De son côté, le Secours islamique sert depuis trois ans à Saint-Denis des repas pendant le mois de ramadan.


« On a fini l’an dernier à 750 repas par jour avec une cinquantaine de bénévoles, signale M. Benaboura. On a des bénévoles jeunes, dynamiques, poursuit-il. Le problème, c’est qu’ils sont volatils. Les retraités, eux, sont ponctuels, fidèles. Mais on n’en a qu’un seul sur un millier de bénévoles en Île-de-France. »

Marylène Lenfant


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