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/ Un livre sang pour sang funk

Belkacem Meziane, saxophoniste professionnel mais aussi chroniqueur, conférencier et dionysien, a publié en mai On the One !, sous-titré L’histoire du funk en 100 albums. Le funk, cette musique, née aux États-Unis, avec laquelle il a grandi comme nombre de ses potes des quartiers.
Dans son livre On the One !, Belkacem Meziane raconte la grande histoire du funk aux Etats-Unis. © Yann Mambert
Dans son livre On the One !, Belkacem Meziane raconte la grande histoire du funk aux Etats-Unis. © Yann Mambert

Le funk, il l’a dans la peau, il coule dans ses veines et suinte de ses pores en continu. Cette musique a pris possession de son corps vers l’âge de 7 ans et depuis ne l’a jamais quitté.

« J’ai grandi dans le 93, je suis issu d’une famille nombreuse, maghrébine. Mes parents étaient ouvriers, ils ne parlaient pas français. Tous ces facteurs faisaient qu’il était difficile d’imaginer à l’époque que je passe par le conservatoire ou que je devienne musicien », raconte Belkacem Meziane. Rien selon lui ne le prédestinait à vivre de sa musique et de sa passion pour le funk. Et pourtant. Chroniqueur, conférencier mais avant tout saxophoniste professionnel, Belkacem ajoute une nouvelle ligne à son curriculum vitae avec son livre On the One paru en mai 2019 aux éditions Le Mot et le Reste. Un ouvrage dans lequel le musicien dionysien raconte la grande histoire du funk aux États-Unis et ses à-côtés. Ses douze ans de travaux de conférenciers ont nourri son livre qui pourrait faire référence en la matière. 
 

« C’est la musique des banlieues »

C’est par l’intermédiaire d’un grand frère féru de cette musique née aux States à la fin des années 1960 que Belkacem s’initie au funk. Les disquaires et les émissions de radios libres comme Voltage FM dans les années 1980, irriguent sa culture musicale. Comme beaucoup de jeunes de son entourage. « C’est la musique des banlieues. Ceux de ma génération qui ont grandi dans les quartiers écoutaient cette musique, se souvient Belkacem Meziane, qui se plaît à analyser l’engouement des « beurs » de banlieues pour le funk. Ce n’est peut-être qu’une vue d’esprit, mais si le funk a eu autant d’impact auprès de jeunes maghrébins de banlieue c’est parce que nous n’avions pas encore le raï contrairement aux Antillais et aux Noirs africains qui avaient “leur” musique déjà distribuée. Ils écoutaient ce qui arrivait des îles, des Caraïbes, d’Amérique latine… D’ailleurs, c’est la communauté afro-caribéenne qui a amené le funk et la soul dans les clubs en France. »

Au-delà de son historique, Belkacem livre aussi dans son ouvrage une approche théorique et stylistique de cette musique. « On the One, c’est l’expression qui exprime le mieux historiquement et stylistiquement l’apport de James Brown et l’avènement du funk. Par exemple, rythmiquement c’est nouveau, c’est quelque chose d’assez tribal. L’autre apport de James Brown c’est d’avoir réduit l’harmonie contrairement à des musiques comme le gospel, le blues, la soul… On est dans la recherche d’intensité, de rythmique, d’interactions entre les musiciens. Il ne faut pas oublier que James Brown était un chanteur mais également un danseur. »

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« C’est difficile d’avoir une définition du funk »

Et le mot funk, que signifie-t-il réellement ? Beaucoup de théories ont circulé, aucune n’a convaincu Belkacem. « Celles que j’ai lues me paraissent totalement imprécises. Certains disent même que cela viendrait du français ou d’un dialecte africain, s’amuse le saxophoniste.“To funk” cela voulait dire que ça sentait la transpiration, avec une connotation clairement raciste car c’était une musique noire. Mais jouer funky dans le jazz c’était aussi jouer de manière décomplexée, sortir du cadre. C’était jouer de manière sexuelle aussi car il y a une connotation sexuelle indéniable. C’est difficile d’avoir une définition du funk. Pour moi, cette musique fait le lien entre le corps et l’esprit. On oublie souvent ce côté spirituel. George Clinton – chanteur et producteur américain, l’un des pères fondateurs de la musique funk, ndlr –disait que le funk c’était savoir nager sans être mouillé. »

Maxime Longuet

On the One ! L’histoire du funk en 100 albums, de Belkacem Meziane, éditions Le Mot et le Reste, 252 pages, 20 €.

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