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Canal Saint-Denis
/ Un exilé de 35 ans meurt noyé

Dimanche 17 mai au soir, une cinquantaine de personnes s’est réunie sur un campement de réfugiés situé aux abords du bassin de la Maltournée pour rendre hommage à Jamal qui a péri dans le canal en voulant récupérer le ballon d’une enfant tombé dans l’eau.
Le bassin de la maltournée.
Le bassin de la maltournée.

Le drame s’est produit jeudi 14 mai, vers 15h30. Jamal, un exilé algérien de 35 ans, a plongé dans le canal Saint-Denis pour récupérer le ballon d’une fillette. Ce geste lui a coûté la vie. Le travailleur sans-papiers qui est arrivé en France il y a un an et demi pour rejoindre sa famille, est mort noyé. Selon plusieurs témoignages, il se serait plaint de douleurs au ventre arrivé au milieu du bassin. Une fois sur place, les pompiers ont tenté de le réanimer pendant une heure, en vain. Le trentenaire, qui faisait des petits boulots ici ou là, notamment dans une boîte de nuit, ne vivait pas sur ce campement de fortune du bassin de la Maltournée situé entre le boulevard Anatole-France et l’A1. Il y passait quelques nuits depuis le confinement et la crise sanitaire.

Dimanche 17 mai, peu après 21h, une cinquantaine de personnes s’est recueillie sur le campement où habitent, depuis plusieurs années pour certains, une majorité d’hommes – une quinzaine – originaires d’Algérie, de Tunisie ou d’Ukraine, pour rendre un dernier hommage à Jamal. Après avoir observé une minute de silence, des proches et bénévoles du collectif de citoyens « Sous le même ciel », qui en plein confinement ont débuté la « collecte du jeudi midi » et une distribution de repas chauds à ces personnes exilées et sans-abri, ont pris la parole.

« Jamal n’était pas sur le campement de façon permanente. Il venait visiter ses amis. Il venait apporter son aide. J’ai eu des témoignages très touchants de sa générosité, de sa bonne humeur et de son élan pour la vie. C’est peut-être ça qui l’a envoyé chercher le ballon d’une fillette et qui l’a conduit à trouver la mort dans ce bassin », a exprimé un bénévole « au nom du collectif ». « Jamal est une personne qu’on ne pouvait pas détester. Il avait une personnalité généreuse, il n’hésitait pas à aider les gens », a relaté, ému, l’un de ses proches.

Pour cette autre personne, qui dit être réfugiée depuis quinze ans sur le campement, « ce qu’il s’est passé est la faute des autorités. Elles ne font rien. Jamal ne venait pas souvent ici. Parfois, il restait une journée ou deux pour dormir. Il avait un travail qu’il a perdu à cause du Covid. Le gouvernement a dit aux gens de rester chez eux, ils sont payés. Mais les gens qui travaillent au noir ne sont pas payés. Trois mois sans paie, tu fais comment ? Jamal était courageux. C’était quelqu’un de bien. »

Trois corps repêchés dans le canal

Les proches de la victime demandent que le gouvernement prenne en charge le rapatriement du corps de Jamal « afin qu’il puisse être enterré dans des conditions dignes de ce nom dans son pays natal ». Corinne, enseignante dionysienne qui fait partie du collectif venu en aide en plein confinement aux exilés du canal, souligne que « la crise sanitaire a aggravé les conditions de vie des personnes qui vivent dans ce campement. On a interpellé les pouvoirs publics, notamment la municipalité pour qu’elle nous aide dans notre mission : avoir un lieu pour stocker les dons, une aide logistique, l’ouverture des robinets d’eau. Elle a une responsabilité. Je suis remontée contre l’inertie des pouvoirs publics, notamment du maire. Ces deux derniers mois, trois personnes se sont noyées dans le canal Saint-Denis ».

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Avec son compagnon, Alix, une bénévole de Pantin présente à l’hommage de Jamal, apporte depuis un mois des jerricans d’eau sur des campements de réfugiés, notamment celui du bassin de la Maltournée. « À Saint-Denis, depuis le début du confinement ainsi qu’à Paris et Aubervilliers, des gens se sont retrouvés sans eau et sans toilettes. Les personnes déjà précaires se sont retrouvées encore plus précaires. Et les personnes qui étaient déjà à la rue, pour la plupart des demandeurs d’asile, des migrants, se sont retrouvées sans aucune aide de l’État. Ici (au campement du bassin de la Maltournée, ndlr), les gens vivent à très grande proximité de l’eau et il y a eu un accident bête », a-t-elle expliqué.

Menad, kabyle, vit sur le campement du bassin de la Maltournée depuis le début du confinement. Il est arrivé en France en octobre 2018. « Je suis venu pour le futur », exprime-t-il. Avant le confinement, il travaillait dans la plomberie. « À cause du Covid, je n’ai plus de boulot. ». À proximité du bassin de la Maltournée, sous le pont de l’A1 non loin de la Porte de Paris et du Stade de France, des dizaines de tentes se sont formées depuis le confinement. C’est là que Simon Fresnay ,qui coordonne l’association dionysienne « Sous le même ciel », et Mounir, un habitant, ont distribué dimanche 17 mai une dizaine de repas chauds ainsi que de l’eau à des personnes en « situation irrégulière ».

Comme Jamal, ces personnes travaillaient au noir et se sont retrouvées sans revenus, à dormir dans une tente de « façon temporaire », au moment de la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus.

Yslande Bossé

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