Cultures

TGP
/ Un conte pour la rentrée

Julie Deliquet, la nouvelle directrice du CDN dionysien a, en 2019, adapté pour le théâtre le film d’Arnaud Desplechin Un conte de Noël. Il est le premier spectacle programmé au TGP après la fermeture pour cause de Covid-19.
Un conte de Noël, spectacle de la compagnie In Vitro mis en scène par Julie Deliquet. (c) Simn Gosselin
Un conte de Noël, spectacle de la compagnie In Vitro mis en scène par Julie Deliquet. (c) Simn Gosselin

Après cent soixante-seize jours de fermeture pour cause de Covid-19, le TGP va enfin pouvoir rouvrir ses portes, accueillir comédiens, techniciens et… public afin de partager ensemble la joie du spectacle vivant. Et même si les mesures sanitaires contraignantes mais nécessaires seront scrupuleusement prises (lire ci-dessous), ce moment est plus qu’attendu et représente plus qu’un simple lancement de saison.

C’est avec Un conte de Noël, spectacle de la compagnie In Vitro mis en scène par Julie Deliquet, la nouvelle directrice du théâtre, que le TGP prendra ce nouveau départ, du 9 au 27 septembre. Un conte de Noël est une adaptation scénique du magnifique film éponyme d’Arnaud Desplechin, sorti en 2008. Il suit, au plus près des personnages, la réunion, pendant les fêtes de Noël à Roubaix, d’une famille sur trois générations à l’aube d’une décision vitale à prendre, étouffée par les non dits, les éloignements, les blessures du passé, mais aussi les élans irrépressibles et un lourd socle commun (la mort d’un fils pour les uns, d’un frère pour les autres) dont chacun doit s’accommoder.

Un dialogue entre théâtre et cinéma

C’est à l’automne 2019 que Julie Deliquet a créé ce spectacle, d’abord à la Comédie de Saint-Étienne, puis au théâtre de l’Odéon-Ateliers Berthier, alors salué comme une grande réussite. Et pour son premier grand « geste » théâtral à Saint-Denis en tant que directrice du TGP, cela ne pouvait tomber mieux. C’est la deuxième fois qu’elle s’attaque à l’adaptation d’un film pour la scène, après Fanny et Alexandre, d’après Ingmar Bergman, en 2018 à la Comédie Française.

« Je voulais cette fois-ci adapter un film d’un réalisateur vivant pour savoir ce qu’il en pense, si ce lien entre théâtre et cinéma le touche, s’il comprend que le théâtre s’en inspire. Je voulais entamer ce dialogue. » Elle a jeté son dévolu sur Arnaud Desplechin, souhaitant rencontrer un véritable auteur de cinéma, dialoguiste de ses films. « Et j’ai été séduite par l’aspect tragicomédie de cette histoire terrible mais contée avec une forme de légèreté, ainsi que par le fait que les personnages rejouent leur destin. Il y a là une théâtralité évidente. » Chez Julie Deliquet, théâtre et cinéma sont liés depuis longtemps, pour ne pas dire depuis toujours, à la faveur d’une formation cinéma et arts plastiques là où elle a grandi, à Lunel (Hérault). « J’ai vraiment été biberonnée à l’analyse filmique. Continuer encore et toujours à voir et revoir des films avec autant de plaisir a sûrement aiguisé mon regard de metteure en scène pour adapter ces films au théâtre. » Et l’a même poussée à réaliser en 2019 un court-métrage, Violetta, un pur bijou qui annonce une grande réalisatrice (1).

LIRE AUSSI : Julie Deliquet, nouvelle tête du TGP : « Proposer de l’exigence sans élitisme »

« En passant au cinéma je n’avais pas du tout les mêmes méthodes que celles du théâtre, remarque-t-elle. Ce n’est pas le même langage. Mais mon amour du théâtre et du jeu d’acteurs m’a fait choisir une vie de théâtre que je ne pourrais pas mettre entre parenthèses pour une vie de cinéma. » Revenons donc au théâtre. Qui dit adaptation de films dit poser la question des lieux. Au théâtre, on ne peut pas changer de décors ou de lieu toutes les trois secondes comme dans un film. « Tout le défi fut de rassembler de courtes scènes avec peu de personnages chacune en une pièce chorale, se souvient la metteure en scène. La grande difficulté fut de mettre en place un canevas à partir d’une matière textuelle foisonnante, fragmentée, mais hyper dense. Le film comprend pas mal de flash-back. Au théâtre, ça ne passe pas. J’ai dégraissé l’œuvre, réinjecté de la matière essentielle. Avec les comédiens, nous avons travaillé dès le premier jour des répétitions à partir de longs plans séquences, où l’on testait qui serait présent dans telle scène, lesquelles on pouvait faire à douze et lesquelles à trois… Ce fut une expérience assez géniale de répéter sans connaître l’ordre des choses. Il fallait retrouver l’innocence des mots. »

Julie Deliquet a choisi pour son spectacle un rapport bi frontal, où les spectateurs prennent place dans deux gradins au milieu desquels est la scène. « Je voulais sortir du prisme frontal de l’œil de la caméra et avoir un dispositif totalement théâtral, au plus près des spectateurs. La mise en scène de Desplechin est extrêmement cadrée, intime. Moi, j’ai voulu au contraire qu’il y ait du hors-champ tout le temps, partout. Durant chaque scène, le public peut voir les autres comédiens qui écoutent de part et d’autre du plateau. Je souhaite que les spectateurs se voient de bord à bord, rive contre rive, et qu’on sente bien que tout ça, c’est du théâtre ! »

Benoît Lagarrigue

Un conte de Noël, mise en scène de Julie Deliquet, du 9 au 27 septembre au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Roger-Blin), du lundi au samedi à 20h, dimanche à 15h30, relâche le mardi. Durée : 2h20. À partir de 14 ans. Tarifs : 6€ à 23€. Réservations : 0148137000; www.theatregerardphilipe.com (1) À voir sur www.operadeparis.fr/3e-scene/violetta
 

Mesures sanitaires

La réouverture du TGP s’accompagne bien sûr de mesures sanitaires liées à l’épidémie de Covid-19. Le port du masque sera obligatoire tant dans les espaces d’accueil (hall, billetterie, restaurant, librairie, toilettes…) que dans les salles, y compris durant les représentations. Les spectateurs devront laisser un siège vide entre eux ou entre groupes de spectateurs. La jauge s’en trouve réduite de 30 à 50%. Du gel hydroalcoolique sera à disposition dans divers lieux du théâtre. Le vestiaire sera fermé.

Il est recommandé au public de venir bien en avance afin de respecter au mieux la distanciation physique dans le théâtre, hall et parvis compris. À cette fin, les salles seront ouvertes très en amont de la représentation. En ce qui concerne le restaurant du théâtre, il est demandé de réserver auparavant (au 0148137005), du fait de la limitation du nombre de tables et de couverts.
BL.

Réactions

Julie Deliquet , nouvelle directrice en fonction au Tgp vient de l'Hérault ,de Lunel ! L'artiste chanteur Julien Doré , idem . Je salue le travail éditorial du Jsd pour avoir accordé une place journalistique conséquente à l'activité du théâtre Gérard Philippe ! Toute création , tout art sont importants pour nos vies à déconfiner - à émanciper ,en permanence.

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