En ville

Un CFA qui bâtit un avenir professionnel

Le 21 mars, le centre de formation d’apprentis aux métiers du bâtiment de Saint-Denis propose une journée portes ouvertes. L’occasion de faire la lumière sur cet établissement qui donne la possibilité de se frotter très tôt au monde du travail.

Aux abords de l’établissement, le décor a des allures de chantier. Qui charrie du sable pour en faire du ciment, qui manie sa truelle sur les moellons d’un mur en construction, qui relie des tuyaux à l’aide d’un fer à souder… Dans les salles de cours, les tableaux noirs font souvent place aux chauffe-eau thermiques, aux parpaings et autres carreaux en céramique. Tandis que les étagères débordent de sacs de ciment, de casques de soudeurs, de ponceuses ou d’interrupteurs plutôt que de manuels scolaires. Bienvenue au CFA (Centre de formation d’apprentis) des métiers du bâtiment de Saint-Denis. En son sein, 530 jeunes de 16 à 25 ans – dont deux filles ! – qui préparent en alternance un CAP ou un BP (brevet professionnel) dans les métiers du gros œuvre (maçonnerie, carrelage) et du second œuvre (menuiserie, plomberie, installations sanitaire thermique, peinture, électricité).

80 % de réussite au CAP

Ici, l'apprenti n'est pas un élève. Il garde son statut de salarié, la période passée au CFA étant rémunérée 40 à 80 % du Smic, suivant l’âge et l’année de formation, sous la forme d’un CDD pendant toute la durée de l’apprentissage. Ainsi, deux ans durant, il alterne cours au centre (une semaine) et travail en entreprise (deux semaines). « Ce volume de temps passé en entreprise permet à ces jeunes d’acquérir les gestes d’un professionnel, estime Bernard Delmouly, directeur du CFA. Quand ils quittent notre centre, ils sont parfaitement aptes à travailler. » La brochure d’information éditée par les CFA d’Île-de-France indique en gras que le taux de réussite au CAP s’élève à 80 %. Ce qui constitue « un chiffre élevé au regard de leur parcours à l’école où la plupart était dans une situation d’échec », précise le directeur.
Malgré la crise qui frappe de plein fouet le secteur du bâtiment, notamment les filières peinture et menuiserie, Bernard Delmouly ne se veut surtout pas alarmiste. « Le bâtiment reste porteur, assure-t-il. Pour l’instant, on ne relève pas vraiment d’incidence à l’exception de certains artisans qui ont dû déposer le bilan. » Des artisans qui ont l’habitude de faire appel aux apprentis d’où une certaine inquiétude chez Jean-Claude Libéreau, le directeur adjoint du CFA. Selon lui, « la situation est préoccupante pour les jeunes, mais ces derniers ont l’avantage de toujours coûter moins cher qu’un salarié en CDI ».

Pas de sélection à l’entrée

Chaque année, entre avril et octobre, le CFA met en place des ateliers dédiés à la recherche d’entreprise où sont dispensés des cours pour apprendre à rédiger une lettre de motivation ou un CV ainsi que les ficelles à connaître lors d’un entretien d’embauche. Dans cette structure, toute sélection à l’entrée est bannie. La politique locale consiste avant tout à valoriser le travail de chacun. Dans les couloirs du centre, les trophées glanés lors du concours du meilleur apprenti de France figurent en bonne place. « Dernièrement, notre CFA a fait un carton plein en section plomberie avec six médailles d’or sur six candidats au niveau départemental, cinq en régional et une au niveau national, se félicite Bernard Delmouly. La plomberie chez nous suscite un très fort engouement – trois fois plus de candidats que de places – car elle a une réputation de métier lucratif. » Et peut-être encore épargné par la crise.
Grégoire Remund

CFA?centre de formation des apprentis, 21, rue Prairial.

PLEIN CADRE

Marion, 21 ans, en 1re année de CAP peinture

« Avant de faire un CAP, j’ai obtenu un brevet de technicien en arts appliqués option décor sur céramique. Aujourd’hui, j’ai pour objectif de devenir peintre en bâtiment. Plus tard, il est possible que je me spécialise dans la décoration. Une chose est sûre, je veux faire un métier manuel. Tout récemment, je me suis retrouvée au chômage technique, mon employeur ayant déposé le bilan en raison de la crise. Mais preuve qu’il y a encore du travail, j’ai depuis été embauchée par un artisan qui possède une petite entreprise. Être une fille dans ce milieu n’est évidemment pas toujours facile. Il y a par exemple beaucoup de discrimination à l’embauche. On nous reproche de ne pas avoir assez de force, d’être plus exposée au danger… Moi, chaque jour, je leur prouve le contraire. »

Moussaïd, 17 ans, en 2e année de CAP métallerie-serrurerie

« Quand j’ai commencé ma formation ici, j’étais persuadé que j’allais arrêter au bout de trois mois. Mais il se trouve que je suis toujours là et que j’ai l’intention de rester encore deux ans afin d’obtenir mon brevet professionnel. Si j’en suis arrivé là, c’est surtout grâce à mon prof principal, Monsieur Atsaoui, qui est quelqu’un d’extraordinaire et qui m’a toujours beaucoup encouragé. À l’heure actuelle, je travaille dans une entreprise de métallerie. Plus tard, c’est dans la maintenance d’ascenseurs que je voudrais me spécialiser. Un métier qui me convient parfaitement car il fait appel à la logique et à la concentration. J’ai aussi pour projet de partir un jour au Maroc, mon pays d’origine, pour participer à son développement. »

Guillaume, 15 ans, en classe préparatoire à l’apprentissage (CPA)

« Mon objectif est de suivre au plus vite une formation en CAP en installation sanitaire. La plomberie m’intéresse car c’est un métier manuel et on m’a dit qu’il y avait énormément de débouchés. Ici, je fais enfin ce qu’il me plaît. Mon employeur me fait confiance, me confie des tâches importantes, ce qui est très réconfortant. À l’école, je n’y allais jamais parce que je n’étais pas à ma place et je m’ennuyais. Plus tard, quand j’aurai acquis pas mal d’expérience, j’essaierai de monter ma propre boîte. »

Éric, 19 ans, en 2e année de CAP maçonnerie

« Je suis arrivé en France il y a deux ans. Avant je vivais au Cameroun où je travaillais dans une entreprise de maçonnerie. Pour continuer mon métier ici il me fallait un diplôme reconnu, c’est pourquoi j’ai décidé d’intégrer le CFA. Désormais, j’ai l’intention de préparer un bac pro puis un BTS pour me donner le plus de chances possibles. Depuis que je suis gamin, j’aime construire. Pour moi, bâtir une maison c’est important symboliquement. Je considère que les maçons sont des artistes à part entière. Au final, mon but est de m’implanter en France et de réussir. Crise ou pas crise. »
Recueilli par Grégoire Remund

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