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Chantiers du Grand Paris Express
/ Tunnelier Valérie : une fête à sa démesure

Pas moins de 3 500 personnes ont assisté au KM7, événement organisé le samedi 12 octobre au pied du RER B La Plaine-Stade de France pour le lancement du tunnelier, le premier à Saint-Denis du Grand Paris Express, qui entrera en action à partir de janvier.
Samedi 12 octobre, le premier tunnelier du Grand Paris Express à Saint-Denis a été baptisé en fanfare. © Yann Mambert
Samedi 12 octobre, le premier tunnelier du Grand Paris Express à Saint-Denis a été baptisé en fanfare. © Yann Mambert

Piloter le projet de métro du Grand Paris Express (GPE), c’est la raison d’être de la  Société du Grand Paris (SGP). Maître d’ouvrage du plus grand réseau de métro en Europe, cette entreprise publique s’est dotée pour en accompagner le déploiement… d’une équipe de direction artistique. Emmenée par José-Manuel Gonçalvès, également directeur du Centquatre à Paris, elle était à l’œuvre le samedi 12 octobre pour le lancement d’un tunnelier, le premier à Saint-Denis du Grand Paris Express.

Sur le site de 9 000 m2 où les engins d’Eiffage foraient depuis deux ans le puits de départ du tunnelier, la SGP a dénombré ce soir là pas moins de 3 500 personnes. Une affluence proportionnelle à la qualité du spectacle, où les artistes au programme ont su tirer parti avec grâce et fantaisie de la démesure des engins. Les volutes de barbe à papa propulsées par les machines de Vivien Roubaud s’étirant au-dessus du chantier où la DJ Chloé projetait ses notes subtiles et lancinantes (1).

Septième des fêtes de chantier organisées par la SGP depuis 2016, d’où son nom de KM7, l’événement a été aussi l’occasion de baptiser le tunnelier. Cette pratique étant empruntée à la tradition notamment des mineurs avec sainte Barbe, leur patronne protectrice, c’est un prénom féminin, Valérie, qui avait été choisi par les enfants du centre de loisirs maternelle La Lison. Sollicités par la SGP, les bambins de cette école ont rendu ainsi hommage à Valérie Fratellini, directrice pédagogique de l’académie du cirque, dont ils fréquentent ateliers et spectacles. Mais le tunnelier ne sera opérationnel que dans trois mois, le temps de descendre ses différentes pièces au fond du puits, et de les assembler par moins de 50 m. Eiffage dispose pour ces opérations d’un engin de levage lui aussi hors norme. Cette grue à tour qui culmine à près de 50 m au-dessus du chantier « peut déplacer un élément jusqu’à 75 m sous terre », comme le précisaient les organisateurs du KM7.

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Vitesse de 10 à 12 km par jour

Non moins spectaculaire, et objet ce soir-là de toutes les attentions du public, la roue de coupe est un disque de 8,87 m de diamètre et d’un poids de 112 tonnes, équipée de lames rotatives pour creuser le terrain. Également présentées, avec panneaux explicatifs à l’appui, la virole, pièce métallique circulaire, qui assure l’étanchéité entre tunnelier et tunnel, et la jupe pour la pose des voussoirs, ces boucliers en béton qui formeront les parois du tunnel. Avec son train suiveur pour à la fois le piloter, évacuer les déblais et acheminer les voussoirs, le tunnelier atteint 117 m de long, pour un diamètre de 8,92 m, et un poids de 1 900 tonnes.

Fabriqué par l’entreprise allemande Herrenknecht, qui a déjà fourni la vingtaine de tunneliers aujourd’hui en service sur les chantiers du GPE, ce train-usine s’ébranlera au début 2020. Il devrait avancer à une vitesse de 10 à 12 m par jour. Aux commandes se relaieront trois équipes d’une dizaine de personnes, pour un fonctionnement 24 heures sur 24. Compte tenu d’une pause hebdomadaire de deux jours, le tunnelier Valérie devrait avoir creusé en 15 mois les 1,6 km de cette galerie de service de la ligne 14 du métro qui fera la jonction avec le puits Cachin, aux abords de Saint-Ouen, en passant par celui des Acrobates, dans le quartier de la gare RER D Stade de France.

EN IMAGES : Une nuit au puits Mandela
 

Dans un second temps, le tunnelier servira au prolongement de la 14 de Mairie de Saint-Ouen à Gare Saint-Denis Pleyel. Porte d’entrée du tunnel, le puits Mandela sera au nombre des ouvrages de service, disposés tous les 800 m, pour la ventilation et le désenfumage, l’accès des secours, le recueil des eaux d’infiltration et de ruissellement… Reste, pour les riverains du puits Mandela, une question sensible entre toutes, l’évacuation des déblais. Ceux-ci devraient atteindre au bas mot 2 500 tonnes par jour. Soit l’équivalent d’une centaine de camions, qui s’achemineront via l’autoroute A1 jusqu’à Villeneuve-sous-Dammartin, au nord de la Seine-et-Marne.

Principal exutoire du Grand Paris Express en Île-de-France, ce site devrait être transformé en parc urbain. Il n’en inspire pas moins des inquiétudes chez les militants pour la protection de l’environnement qui redoutent une pollution aux métaux lourds éventuellement présents dans ces déblais supposés inertes, puisqu’excavés à grande profondeur. Ce sont au total plus de 45 millions de tonnes de déblais qui seront extraits en dix ans de l’ensemble des chantiers du Grand Paris Express, d’où ils seront évacués par camion pour l’essentiel. Autre souci, les jardins familiaux du Cornillon, en bordure de chantier. Plus d’un tiers des 23 parcelles devait être sacrifié le temps des travaux pour entreposer du matériel. Face à la colère des jardiniers, soutenus par les salariés des entreprises voisines et par les élus, la Mairie de Paris, propriétaire des terrains, a prié Eiffage de trouver une alternative. Les jardiniers ont décidé de maintenir la pression et diffusent des cartes pétitions adressées à Anne Hidalgo, la maire de Paris.

Marylène Lenfant

(1) Également au programme, les élèves de l’académie Fratellini, la fanfare I Got a Big Band et la chorale Diony’s Voice.