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À la Plaine
/ Théâtre entre voisins

Le projet Les Rencontres à la Plaine expérimente le théâtre communautaire, forme d’expression née en Amérique latine. Elle s’appuie sur les observations, la mémoire et les ressentis des habitants sur des questions diverses : le vivre ensemble, la gentrification, la citoyenneté, les effets du capitalisme…
Le projet Rencontres à la Plaine permet à des habitants d'expérimenter le théâtre communautaire, une pratique développée en Amérique latine. © Yann Mambert
Le projet Rencontres à la Plaine permet à des habitants d'expérimenter le théâtre communautaire, une pratique développée en Amérique latine. © Yann Mambert

Dans le quartier de la Plaine, les habitants peuvent expérimenter une nouvelle forme de théâtre venue d’Amérique latine : le théâtre communautaire. Un nom qui peut faire tiquer en France mais qui se définit en réalité comme le théâtre des habitants, des voisins (ou teatro de los vecinos dans la langue de Cervantes). 

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Ce concept très développé dans les pays latino-américains, notamment en Argentine (pays qui compte le plus de théâtres au monde), s’appuie sur les observations, la mémoire et les ressentis des habitants sur des questions diverses : le vivre ensemble, la gentrification, la citoyenneté, les effets du capitalisme… Ce théâtre communautaire est la pierre angulaire du projet Les Rencontres à la Plaine. L’expérience est coordonnée par Louise Roux, metteure en scène, cofondatrice de la compagnie Hoc Momento et enseignante à Paris 8, et Baptiste Mongis, doctorant en sociologie à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL), école désormais installée dans le campus Condorcet à Saint-Denis. Les artistes argentins Mariana Brodiano et Néstor López ont été les premiers intervenants à animer les ateliers.

Conscientisation politique 

Le but de ces rencontres n’est pas seulement artistique. Le théâtre communautaire est un vecteur de transformations sociales et de conscientisation politique. Ce n’est pas un hasard si des compagnies ont émergé de façon ponctuelle dans les sociétés latino-américaines.

« En Argentine, Catalinas Sur est la toute première compagnie. Elle est née dans le quartier de la Boca, en 1983 à la fin de la dictature, car il y avait un besoin de se réapproprier l’espace public. Puis en 1990, durant la période néo-libérale, il y a eu une deuxième compagnie, Circuito Cultural Barracas dont sont issus Néstor et Mariana. Et durant la crise économique de 2001, une quinzaine d’autres groupes sont nés. Aujourd’hui, on compte une soixantaine de compagnies de 20 à 300 personnes dans la capitale mais aussi dans les provinces. Mais les deux grandes références sont Catalinas Sur et Circuito Cultural Barracas. »

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Dans le théâtre communautaire argentin, l’accent est mis sur le travail des chœurs. « Il fonctionne en blocs d’acteurs qui représentent différentes classes sociales. C’est une représentation issue de la culture syndicale argentine, note Baptiste Mongis. En Bolivie, ce théâtre est orienté vers les plus jeunes. Dans le discours, c’est plutôt la décolonisation du corps qui prévaut : il faut se débarrasser des habitus des colonisateurs qui impliquent des violences envers nous-mêmes, comme mal se nourrir ou mal se soigner. Pour certains Aymaras, l’homme occidental est une figure qui nie le corps et la nature et qui a dompté la nature intérieure comme extérieure au profit de la rationalité et de l’industrie. En Argentine, cette question de la décolonisation ne se pose pas car il y a très peu de descendants d’indigènes. »

Le théâtre argentin et bolivien ont cependant un dénominateur commun. « La pratique du théâtre communautaire répond à une nécessité sociale, il y a toujours un contexte politique qui le motive. »

Les premiers ateliers des Rencontres à la Plaine se sont tenus à la Belle Étoile en février, d’autres sont prévus en mars et en avril avec des artistes issus des compagnies Teatro Trono (Bolivie) à la Maison de quartier et Matemurga (Argentine) au campus Condorcet.

Ces sessions, accompagnées également de master class, déboucheront sur une parade dans les rues de la Plaine le 30 avril. « Nous les faisons venir ici pour qu’une alchimie se produise qui sera propre aux habitants. Le but, c’est qu’un groupe pérenne se constitue ici. Les intervenants sont des professionnels qui travaillent sur l’empowerment du collectif [autonomisation, ndlr] autour d’un projet artistique de qualité. Ils sont convaincus que chacun deviendra meilleur sur le long terme grâce à une éthique du travail et qu’une vraie conscience politique naîtra », espère Baptiste Mongis qui va étudier cette expérience sociologique dans le cadre de ses recherches. 

MLo

Ateliers gratuits. Inscriptions recommandées rencontresalaplaine@gmail.com. Informations :  www.rencontresalaplaine.fr

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