Stéphane Peu signe la charte de France insoumise
Stéphane Peu ne cache pas ses convictions. Né le 24 juillet 1962 à Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, cet élu communiste a grandi en Bretagne, fils d'un ouvrier et d'une femme de ménage. Son engagement politique remonte à ses années lycée, avant de rejoindre les Jeunesses communistes après son service militaire. Installé à Saint-Denis dans les années 1980, il y construit toute sa carrière. Aujourd'hui coprésident du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l'Assemblée nationale, il incarne une ligne de gauche ferme, parfois en tension avec ses partenaires, parfois en rapprochement avec eux. Sa décision de signer la charte de La France insoumise lors des législatives de 2017 mérite qu'on s'y attarde sérieusement.
Le contexte d'une alliance entre le PCF et La France insoumise
En 2017, le paysage de la gauche française se fragmente. Jean-Luc Mélenchon monte en puissance, le Parti communiste français (PCF) cherche des alliés pour survivre électoralement. Dans ce contexte, Stéphane Peu se porte candidat dans la 2e circonscription de la Seine-Saint-Denis sous une bannière d'union : il signe la charte de La France insoumise et reçoit le soutien d'Ensemble !, tout en restant membre du PCF. Ce positionnement est stratégique, pas idéologique à 100%.
Le résultat lui donne raison. Peu obtient 27,69% des voix au premier tour (4 785 voix), puis 57,89% au second tour, soit 8 501 voix. Son élection marque le retour du PCF dans cette circonscription, après la défaite de 2012 face au socialiste Mathieu Hanotin. Ce retour n'aurait pas été possible sans l'accord avec La France insoumise.
La suite montre pourtant que l'alliance est fragile. Au congrès du PCF de 2018, Peu présente avec Elsa Faucillon un texte prônant un rapprochement durable avec La France insoumise. Leur objectif : rassembler entre 15 et 20% des votes militants. Constat : moins de 12%. La base communiste n'est pas convaincue. Cette défaite interne révèle les tensions réelles entre les deux organisations, malgré les collaborations électorales de façade.
Un député ancré dans la Seine-Saint-Denis, aux scores en constante progression
Peu n'est pas un élu parisien débarqué en banlieue. Il milite à Saint-Denis depuis les années 1980. Élu conseiller municipal le 18 juin 1995, il est réélu quatre fois (18 mars 2001, 16 mars 2008, 30 mars 2014, 28 juin 2020). Il gère le logement et l'urbanisme comme adjoint au maire, et préside la délégation habitat du Conseil de territoire Plaine Commune. C'est cette proximité qui forge sa légitimité.
Sa progression électorale le confirme :
| Élection | 1er tour | 2e tour |
|---|---|---|
| Législatives 2017 | 27,69% (4 785 voix) | 57,89% (8 501 voix) |
| Législatives 2022 | 62,85% (11 083 voix) | 78,70% (13 180 voix) |
| Législatives 2024 | 71,80% (22 055 voix) | Élu dès le 1er tour |
Investi en 2022 dans le cadre de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), il réalise l'un des meilleurs scores de son parti au premier tour. En 2024, candidat sous la bannière du Nouveau Front populaire (NFP), il emporte la mise dès le premier tour avec 22 055 voix. La participation dans sa circonscription atteint 55%, sous la moyenne nationale de 68%, mais cela n'entame pas sa domination locale.
Ses positions politiques et son comportement à l'Assemblée
Peu vote. Beaucoup. Son taux de participation aux votes solennels atteint 96%, contre 91% pour la moyenne des députés et 78% pour la moyenne de son groupe GDR. Ce n'est pas un élu absent. Il est aussi cohérent : il vote dans le sens de son groupe politique dans 94% des cas.
Ses convergences avec La France insoumise - NFP atteignent 79% des votes. Avec le groupe ECOS, il s'aligne dans 83% des cas. À l'opposé, il vote avec l'Union des droites pour la République dans seulement 18% des cas, et avec le Rassemblement National dans 28% des situations.
Ses prises de position les plus marquantes :
- Vote pour l'inscription de l'IVG dans la Constitution.
- Vote contre le projet de loi immigration en 2023.
- Vote contre la proposition de loi sur l'aide à mourir (position divergente de son groupe).
- Vote contre la proposition du RN visant à dénoncer les accords franco-algériens de 1968.
- Vote pour la taxe sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros, dite taxe Zucman.
Il vote également contre la suspension de la réforme des retraites jusqu'en 2028, adoptée le 12 novembre 2025 par 255 voix contre 146. Ses derniers votes, notamment contre le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (9 et 16 décembre 2025), confirment une ligne budgétaire intransigeante. Il a par ailleurs parrainé Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle de 2024.
Coprésident du groupe GDR : une nouvelle étape à surveiller
Le 1er avril 2025, Peu prend ses fonctions de coprésident du groupe GDR à l'Assemblée nationale, aux côtés d'Émeline K/Bidi. Il succède à André Chassaigne, démissionnaire. Ce poste lui confère une tribune plus large pour défendre les positions communistes dans une gauche plurielle et parfois éclatée.
Membre de la Commission des affaires économiques, chevalier de la Légion d'honneur depuis le décret du 14 juillet 2012, Peu cumule les responsabilités. Son rapport avec La France insoumise reste pragmatique : il vote avec eux dans 79% des cas, mais il ne dissout pas le PCF dans le mouvement mélenchoniste. Ce distinguo est précisément ce qui rend son positionnement intéressant à observer dans les mois à venir, à mesure que la gauche française redéfinit ses alliances pour les prochaines échéances nationales.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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