Portrait

Le portrait de la semaine Jean Mornet
/ Sport toujours !

Avant-Garde de Saint-Denis. Le Monsieur vient de célébrer ses 90 ans le mois dernier, mais il ne ménage pas ses efforts pour autant. Le combatif président de l’AGSD s’est toujours démené, dans sa vie professionnelle ou aujourd’hui associative.
A 90 ans, le président du gymnase de l'Avant-Garde ne ménage pas ses effort pour faire avancer les opérations de nettoyage suite à l'incendie qui a ravagé le complexe sportif vendredi 26 avril.
A 90 ans, le président du gymnase de l'Avant-Garde ne ménage pas ses effort pour faire avancer les opérations de nettoyage suite à l'incendie qui a ravagé le complexe sportif vendredi 26 avril.

Depuis plusieurs semaines et l’incendie qui a ravagé le gymnase de l’Avant-Garde, des employés d’une société de nettoyage sont à pied d’œuvre. Ils n’ont pas intérêt à chômer. Jean Mornet, président de l’association, contrôle l’avancée des opérations tous les jours. Même à 90 ans, il ne transige pas avec le travail.

Une exigence que ce Dionysien pur jus – né à deux pas de la basilique – tire aussi bien de son solide parcours d’entrepreneur que des valeurs familiales. « Mon père habitait dans les Deux-Sèvres, à Tillou. Ses parents avaient une ferme de 32 hectares avec une dizaine de vaches. Après la guerre, en 1919, il est monté à Saint-Denis où il avait un beau-frère, imprimeur sur tissu près de Gouvieux (Oise). » Il intègre lui aussi une imprimerie textile. « Il a appris le métier, changé plusieurs fois d’entreprise, avant de devenir ouvrier puis contremaître. Et un beau jour il a décidé avec un autre de s’installer lui-même comme imprimeur sur tissu au 12 boulevard Félix-Faure », raconte Jean Mornet « très fier » de son paternel. « Un modèle » dès ses plus jeunes années. 
 

Champion de France de gymnastique

Jean avait cependant à peine 10 ans lorsqu’il a dû s’exiler chez un oncle fermier dans les Deux-Sèvres de 1939 à 1943. Il était le seul de sa famille à ne pas posséder de masque à gaz.

« Quand je suis revenu à Saint-Denis en 1943, j’ai repris la gymnastique que j’avais commencée à 8 ans au patronage de la basilique avec l’Avant-Garde de Saint-Denis où ils proposaient des activités sportives. Il y avait une salle rue Ternois [voie dionysienne disparue depuis]. Je n’étais pas mauvais, j’étais très souple. Il me manquait un peu de force mais ça allait ! », se rappelle l’ancien athlète toujours alerte.

À 18 ans, en 1947, il remporta en effet le premier championnat de France de la Fédération sportive et culturelle à Laval (Mayenne) avec l’Avant-Garde. Jean Mornet était alors le cadet de l’équipe : « C’est moi qui ai rapporté le moins de points. Mais sur 6000 points, on a gagné avec 2 points d’avance. Donc j’ai compté aussi ! » Le Dionysien a poursuivi la gym jusqu’à ses 27 ans en intégrant même l’équipe fédérale qui s’est rendue aux Pays-Bas et en Allemagne. Faute de revenus pendant ces compétitions, il a fini par y renoncer. D’autant que son premier défi professionnel était survenu deux ans plus tôt. 
 

Entrepreneur à succès

La fermeture de la rivière Le Croult, qui desservait l’atelier d’impression et servait à laver le tissu, avait poussé les Mornet à investir dans un atelier à Garges. « Malheureusement, à 59 ans mon père a eu un hématome au cerveau. J’avais 25 ans. Avec mon frère, j’avais la charge de remonter cet atelier », se souvient Jean. En 1967, son cousin germain a l’idée de regrouper son entreprise et la leur pour acheter une machine de 40 mètres : « À l’époque on travaillait manuellement, avec des cadres, des planches. Ça coûtait la moitié de notre chiffre d’affaires, aussi bien à lui qu’à nous. On a ensuite pu faire des prix lorsqu’on a eu une machine, puis plusieurs. On s’est agrandi. On a monté une usine à Gouvieux qui faisait 10000 mètres couverts, 4 hectares de terrain. C’était une réussite. On a aussi monté une affaire de vente de tissus, une autre affaire de teinture. »

Sollicité pour son expérience d’entrepreneur, il revient à l’Avant-Garde en 1975 en tant que vice-président. La belle histoire aurait pu tourner court puisqu’il démissionne temporairement en 1983. « Chaque section tirait la couverture à elle et c’était pénible. Je voulais que ce soit organisé », explique Jean Mornet, qui reprendra l’association en main un peu plus tard. À sa retraite, ses entreprises ont périclité, à l’image de l’industrie du textile : « J’ai arrêté de travailler à 63 ans, et en l’espace de 4-5 ans tout a coulé faute de travail. » Depuis, son unique salaire est « de réussir à faire plaisir » à l’Avant-Garde.

Adrien Verrecchia

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