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/ Se souvenir à la manière de Proust

Jean Bellorini s’est inspiré d’À la recherche du temps perdu pour créer Un instant, spectacle pour une comédienne et un comédien, conçu comme un voyage vers leur mémoire.
Hélène Patarot et Camille de La Guillonnière, les deux comédiens-personnages du spectacle inspiré du livre A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.
Hélène Patarot et Camille de La Guillonnière, les deux comédiens-personnages du spectacle inspiré du livre A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.

Qu’est-ce que la mémoire ? Un témoignage fidèle de choses vues ou vécues ? Ou bien une recréation du passé, auquel s’agrège ce qu’on est, ce qu’on a vu et vécu depuis ? Si trois personnes vivent un même événement, chacune en aura un souvenir différent et le raconteront différemment.

Ces questions sont au cœur d’À la Recherche du temps perdu, de Marcel Proust, cette œuvre monumentale de la littérature française, et de la prochaine création de Jean Bellorini, Un Instant, qui sera présentée au TGP du 14 novembre au 9 décembre. Une fois de plus, après Victor Hugo, Rabelais, Dostoïevski, le metteur en scène s’attaque à l’un des plus grands textes littéraires de l’Histoire. « Je ne prétend pas mettre sur le plateau tout ce que ces textes portent, mais en tirer un aspect, un esprit. Avec Proust, je veux entrer dans son univers autrement que par la lecture, partager collectivement avec le public le plaisir solitaire du lecteur », annonce-t-il.
 

« L' étrangeté du souvenir »

Bien souvent, les adaptations de La Recherche..., notamment au cinéma, se sont limitées à son côté mondain. Jean Bellorini, lui, veut insister sur la dimension plus mystérieuse de l’œuvre, qui touche à la constitution même de l’être humain, nourri des souvenirs qui le constituent. « Chez Proust, il s’agit d’une mémoire involontaire qui se manifeste lorsque l’on croit reconnaître, voire revivre un moment déjà vécu, de manière fugace, dans quelque chose que l’on voit, entend, ressent. Ce que je veux raconter, c’est l’étrangeté du souvenir. »

Dans cette optique, il s’est entouré de deux acteurs/personnages : Camille de La Guillonnière, complice de toutes ses adaptations, merveilleux comédien à la subtile étrangeté, et Hélène Patarot, qui a travaillé avec Peter Brook dans son spectacle culte Le Mahabharata, et qui porte en elle un autre univers théâtral. « Camille abrite en lui quelque chose de “proustien” et je voulais lui donner ce texte à travailler ensemble ; quant à la présence d’Hélène, elle est due aux hasards de la vie… » C’est en 2015 que Jean Bellorini la remarque lors d’un stage, parmi d’autres acteurs, sans rien savoir d’elle. « J’ai voulu qu’elle et Camille se rencontrent, s’évoquent leurs souvenirs. »

D’origine vietnamienne, Hélène Patarot a fui son pays à 4 ans parmi les boat people, quittant sa mère. Elle atterrit au sein d’une famille d’accueil dans le Berry, grandit, va à l’école, parle le français, vit comme une petite française. Des années plus tard, sa mère la retrouve, fait des nems, et ces nems résonneront en elle comme la fameuse madeleine de Proust... « Le spectacle met en perspective ses propres souvenirs avec ceux de Proust portés par Camille. Ils s’interfèrent, se tissent, composent une sorte d’enquête mentale sur ce que sont les souvenirs, indique le metteur en scène. Ce n’est pas une adaptation de Proust mais un spectacle, à partir de son œuvre, sur la mémoire et en quoi elle nous constitue. Proust à ce génie de rendre lisible, palpable, une simple impression. Et je veux porter en avant cette langue magnifique à partir de l’histoire de l’exil d’une femme, parler de l’exil d’une âme… »  

Un voyage vers la mémoire 

Sur la scène, donc, un comédien, une comédienne et un musicien, le guitariste Jérémy Peret. Éclairés comme pour tous ses spectacles par Jean Bellorini. « Je vais travailler sur le clair obscur, les ombres, les visions, pour rendre cette impression de Proust écrivant dans un demi sommeil ou un rêve éveillé, avec quelque chose d’extralucide. » Également auteur de la scénographie, il a conçu sur le plateau une grande chambre (celle où Proust s’est enfermé pour écrire La Recherche... ?) incluant une petite chambre (mentale ?). Autre complice de longue date de Bellorini, Macha Makeïeff qui va créer costumes et accessoires du spectacle. Comme à son habitude, elle amasse des éléments porteurs de petits bouts de vie disséminés. Avec elle, les objets inanimés ont toujours une âme. « J’ai voulu ce spectacle comme un voyage vers la mémoire », ajoute encore Jean Bellorini, alors que le spectacle se construit.

Benoît Lagarrigue

Un Instant, du 14 novembre au 9 décembre au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Roger-Blin), du lundi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h 30. Durée estimée : 1 h 45. Tarifs : 6 € à 23 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com

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