À la une En ville

Inégalités territoriales
/ Saint-Denis et Boulogne  : deux villes aux antipodes

Chiffres. Alors que l’Insee vient de communiquer les résultats du dernier recensement, le JSD a voulu comparer certaines données des 2e et 3e communes les plus peuplées de l’agglomération parisienne  : Boulogne-Billancourt (120 943 habitants) et Saint-Denis (112 309).
En comparant ces deux villes, il ne s’agit pas tant de « Benchmarker » Saint-Denis, que de mettre en évidence l’expression territoriale des inégalités sociales en Île-de-France et leurs conséquences.
En comparant ces deux villes, il ne s’agit pas tant de « Benchmarker » Saint-Denis, que de mettre en évidence l’expression territoriale des inégalités sociales en Île-de-France et leurs conséquences.

Elles grossissent, à un rythme élevé (+8,6% en 10 ans pour Boulogne et +13,5% pour Saint-Denis), dans l’ombre d’une capitale qui se vide doucement de sa population. Bordées chacune par la Seine, elles ont pour autre point commun d’héberger des sièges sociaux de grandes entreprises au sein de quartiers d’affaires dynamiques. Pour le reste, tout, ou presque, sépare Boulogne-Billancourt de Saint-Denis.

En comparant ces deux villes aux poids démographiques similaires, il ne s’agit pas tant de « Benchmarker » Saint-Denis, pour reprendre un anglicisme à la mode, que de mettre en évidence l’expression territoriale des inégalités sociales en Île-de-France et leurs conséquences. 


 

Revenus.  

Les effets de concentration sautent immédiatement aux yeux quand on met en vis-à-vis Boulogne et Saint-Denis. En 2016, le revenu moyen par foyer fiscal était plus de trois fois supérieur dans la sous-préfecture des Hauts-de-Seine que dans celle de Seine-Saint-Denis. Grande misère d’un côté (35 % des Dionysiens en dessous du seuil de pauvreté). Extrême richesse de l’autre (2,5 % des Boulonnais s’acquittaient de l’impôt sur la fortune en 2014). Parmi les nombreuses conséquences : la taille de l’assiette fiscale sur laquelle repose l’impôt local. À Saint-Denis, seul 31% des foyers sont imposables contre 68% à Boulogne.

Pour parvenir à un produit d’impôt à peu près comparable, les taux d’imposition sont donc nécessairement plus élevés à Saint-Denis qu’à Boulogne (taxe d’habitation de 21,5% dans la première contre 17,9% dans la seconde et taxe foncière de 22,6% dans première contre 8 % dans la seconde).

Une collectivité dionysienne qui doit dans le même temps relever le défi de la jeunesse de sa population (23,5% de moins de 15 ans contre 16,8 % à Boulogne) et garantir le bon fonctionnement d’un territoire deux fois plus étendu. Au passage, quand on parle de trop grande densité du bâti à Saint-Denis, les chiffres imposent de relativiser cette impression. Boulogne avec 19 570 habitants par km2 approche la moyenne parisienne, quand Saint-Denis affiche une densité deux fois moins importante.

Logement.

Le logement est une autre donnée frappante. Le territoire dionysien joue très largement le jeu de la solidarité en la matière, avec un taux de 45 % de logements sociaux bien supérieur aux exigences de la loi SRU (25% de logement social par commune). Au contraire, avec 13 % de logements sociaux, Boulogne-Billancourt est de ces villes qui préfèrent s’acquitter de la pénalité (théorique, trop souvent) plutôt que de rattraper le retard en matière d’habitat social.
Dans une ville où le prix au m2 à l’achat frise les 8 000€, autant dire que la place faite aux classes moyennes et populaires est menue.

Citoyenneté.

Autre différence notable entre les deux villes, la participation des habitants à la vie démocratique. Saint-Denis compte 30 000 inscrits de moins sur les listes électorales que son homologue altoséquanaise. Des Boulonnais qui ont participé à hauteur de 10 points de plus à la dernière élection municipale que les Dionysiens.

Sécurité.

Sur le plan de la délinquance, là aussi les différences sont très nettes. En 2016, 10 fois plus de violences crapuleuses (avec pour but l’acquisition d’un bien) ont été constatées dans la ville des rois que du côté de l’île Seguin. Le rapport est de 1 à 4 pour les violences non crapuleuses ainsi que pour les destructions et dégradations ou les infractions à la législation des stupéfiants, et de 1 à 3 pour les vols d’automobile.

Éducation.

Enfin, concernant l’éducation, le moins bon collège dionysien en termes de réussite au brevet (Elsa-Triolet) affiche un taux 15 points inférieur au moins bon établissement public boulonnais. Pour le taux de mention, la différence passe à 19 points. Au lycée, en revanche, Éluard à Saint-Denis avec 90% de réussite au bac (valeur ajoutée +8) affiche le même résultat que Prévert (valeur ajoutée -3), unique lycée public de Boulogne-Billancourt. Comme quoi les idées reçues sont aussi parfois battues en brèche.

Yann Lalande

Réactions

Faut-il gentrifier la ville ?
J'aurais bien voulu un résumé des débats organisés par le JSD « Saint-Denis, nouvel eldorado pour les classes moyennes parisiennes ? » La vidéo sur Facebook est très mauvaise et difficilement audible, c'est dommage, c'est un sujet complexe et j'étais très heureux de cette initiative du JSD.
St Denis ne changera jamais tant que la ville sera gérée par les mêmes personnes. Faire venir des pauvres les arrangent, la plupart ne votent pas ce qui fait que ce sont toujours les mêmes personnes qui votent pour eux et d'élections en élections ils sont réélus. Mais j'espère qu'en 2020 les choses vont changer.
Bonjour @Yann Lalande. Comparer des villes pas comparables car sociologiquement très éloignés, j'ai du mal à saisir le pourquoi de l'article et des comparaisons chiffrés. On voit bien que Saint Denis est une ville violente, pauvre et pleine de HLM... et que Boulogne une ville de riche avec une qualité de vie semble t il meilleur ou les habitants accomplissent plus leur devoir civique aux élections municipales. Est ce pour annoncer un début de "gentrification" à Saint Denis?? Moi j'aurais plus comparer Saint Denis et Montreuil. Pour répondre au PCF local, je reprends vos mots: Pour parvenir à un produit d’impôt à peu près comparable, les taux d’imposition sont donc nécessairement plus élevés à Saint-Denis qu’à Boulogne (taxe d’habitation de 21,5% dans la première contre 17,9% dans la seconde et taxe foncière de 22,6% dans première contre 8 % dans la seconde). Donc, la municipalité fait le choix d'avoir une fiscalité plus forte à des gens qui gagne moins qu'à Boulogne pour produire plus d'impôts. Comment voulez vous que ceux qui sont taxés fortement restent??? Autre argument difficile à accepter: La densité. Oui la ville est moins dense... Mais la ville est plus utilisée que jamais. 60 000 usagers de la gare 40 000 travailleurs de la plaine. Autoroutes A1 et A86 saturées du matin au soir. On a estimé qu'il y avait à l'instant T 300 à 400 milles usagers de la ville quotidiennement. Oui on est les uns sur les autres. Parce ceux qui n'habitent pas la ville, viennent l'utiliser, la salir, jeter les déchets, et sont les habitants les plus pauvres qui paient ces désagréments. Genre de désagréments qu'on a pas ou peu à Boulogne....
"...mettre en évidence l’expression territoriale des inégalités sociales en Île-de-France et leurs conséquences." Non, cet article met en évidence l'expression des politiques municipales et leurs conséquences désastreuses dans le cas de Saint-Denis... Comment voulez-vous assurer la bonne santé et le redressement d'un territoire en cumulant autant de handicaps ? C'est à croire que la municipalité communiste dionysienne creuse tous les jours sa propre tombe. Vivement le changement en 2020.
Pour info, jusqu'en 1971 il s'agissait de deux villes de gauche (SFIO / PCF). L'écart n'a vraiment commencé à se creuser que 20 ans plus tard (1991) avec l'arrivée de P. Braouezec.
Si vous souhaitez comparer St-Denis il faut la comparer avec Nanterre ou Montreuil, 2 villes avec le même nombre de population, 2 ville communistes... Pourquoi tout le monde fuit St-Denis???? et pas Nanterre et Montreuil??? La seule différence, c'est que St-Denis est géré par des personnes qui se fiche complètement de leurs habitants( à part les quelques militants privilégié) et dans l'autre cas, c'est tout l'inverse, on a des maires honnêtes qui font leur travail pour le bien de tous.
Je partage entièrement le point de vue de AZZEDINE. Quel serait l'intérêt d'un journaliste d'AUTOPLUS de comparer techniquement une PORSCHE à une DACIA. Là on compare une ville riche française (BOULOGNE) à une ville pauvre aux caractéristiques socio- culturelles d'une ville du tiers monde à la brésilienne. il faudrait enrichir cet article du pourquoi de cette inégalité territoriale. En attente donc d'un prochain article du JSD sur comment se fait il que SAINT DENIS est passé d'un statut de ville populaire au statut de ville pauvre en 35 ans. Il va de soit que pour faire ce prochain article il sera nécessaire d'enlever ses œillères idéologiques.
Petite remarque concernant Boulogne-Billancourt, il y a 3 lycées publiques sur la commune (et non pas 1 comme affirmé dans l'article) : le Lycée Jacques Prévert, le lycée polyvalent Etienne-Jules Marey et un nouveau Lycée inauguré en septembre 2018 et pas encore baptisé.
@PF, le lycée Jules Marey est un lycée d'enseignement professionnel et j'ai en effet omis de préciser lycée d'enseignement général. Les chiffres de réussite aux examens présentés se rapportent à l'année 2016. Le lycée inaugurée en septembre n'existait donc pas. En 2016 à Boulogne-Billancourt il n'y avait bien qu'un seul lycée d'enseignement général public, pour être précis. Cordialement Yann Lalande
@jsd. "Comme quoi les idées reçues sont aussi parfois battues en brèche." Même si les stats de réussite au bac sont similaires sur ces 2 établissements, venir de st Denis sera un handicap dans tous les dossiers de prépa, d'écoles. ...
Merci pour cette article très intéressant ! L'information sur la densité de population plus importante à Boulogne qu'à Saint Denis rappelle que cet indicateur quantitatif n'apporte que peu d'informations qualitative sur l'aménagement urbain : remplacer un grand parc ou une ancienne zone industrielle à l'abandon de surfaces identiques par de beaux logements fonctionnels a le même effet sur la densité de population mais peut être dans un cas dévastateur et dans l'autre bénéfique pour une ville. Dé-densifier ou densifier n'est à priori ni une bonne ni une mauvaise chose, chaque projet urbain doit être regardé avec attention. Par ailleurs, je partage ici un article du parisien sur les problèmes de taux d'encadrement qu'on subi les petits boulonnais en début d'année et qui rappelle également qu'un revenu moyen par ménage correspondant à deux fois celui de la moyenne nationale n'est pas une garantie de prise en compte effective des besoins des habitants (et de certaines obligations légales vis à vis des enfants non plus au passage) http://m.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/boulogne-billancourt-jusqu-a-dix-huit-enfants-pour-un-seul-animateur-04-12-2018-7960929.php La richesse moyenne de la population n'étant visiblement pas une garantie systématique de service public de qualité, la pauvreté moyenne de la population n'est pas une excuse acceptable pour dégrader ces services.
Oui les 12,4 km2 de Saint-Denis sont sous-peuplés. Depuis 1991, les maires PCF successifs ont tout fait pour dissuader les jeunes parisiennes et les jeunes parisiens de venir s'installer à Saint-Denis en gelant des centaines d'hectares constructibles pour éviter la modification du corps électoral. Depuis 1991 le foncier disponible de Saint-Denis est réservé à l'immobilier d'entreprises, pour empêcher l'arrivée des ménages parisiens, en recherche d'une habitation. C'est scandaleux. Dans un monde normal, la municipalité dionysienne réserverait une grande partie des terrains disponibles à la construction d'immeubles d'habitations, elle inciterait les jeunes parisiennes/parisiens à habiter Saint-Denis et Saint-Denis aurait deux cent mille habitants en 2019.
Camille, il me semble que la politique urbaine de cette ville, vise non pas à s'opposer à l'arrivée des jeunes parisiens mais à conjuguer ce renouvellement positif avec le droit pour les dionysiens de continuer à vivre dans leur ville. On connait, l'absence de maitrise, conduit aux départs forcés des habitants en raison des hausses de loyers et de couts d'achat qui deviennent prohibitif. C'est certainement un exercice difficile mais légitime.
Toujours à focaliser sur "les parisiens" Les nouveaux habitants viennent aussi de la banlieue et de la province !

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur