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Musée d’art et d’histoire Paul-Éluard
/ S’ouvrir sur l’enfermement

Le musée Paul-Éluard accueille une exposition collective d’art contemporain autour de la notion multiple et délicate d’enfermement. Visite guidée.
Les marmites de géant de Saint-Germain-de-Joux, Hervé Bacquet, 2019. © Gwénaëlle Fliti
Les marmites de géant de Saint-Germain-de-Joux, Hervé Bacquet, 2019. © Gwénaëlle Fliti

La visite commence au cloître. Ce choix n’a rien d’anodin. C’est même une manière de nous plonger directement dans l’ambiance du thème de l’exposition : l’enfermement. Jusqu’au 7 octobre, les visiteurs peuvent venir découvrir cette installation contemporaine au musée d’art et d’histoire Paul-Éluard – lieu qui abrita autrefois un couvent de carmélites recluses. L’exposition, coproduite par la Ville de Saint-Denis et l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sous le commissariat de Diane Watteau et d’Hervé Bacquet, invite seize artistes à offrir au public leur regard – in situ ou antérieur – sur la notion d’enfermement. Ne pensez pas y dénicher des clins d’œil aussi évidents que l’incarcération ! Le plus souvent, le message reste implicite.

Chaque univers artistique occupe un espace particulier du carmel (couloirs, voûtes, cloître, cellules, etc.) pour s’en faire l’écho. C’est ainsi qu’émerge une réflexion critique de toutes les formes d’enfermement : idéologique, politique, religieux, psychique, social. Pendant 1h30, les visiteurs suivent un parcours qui les mène de la lumière du jardin à l’obscurité des cellules, à la charpente écrasante de la Tribune de mesdames et à l’étroitesse des couloirs ou des pièces en culs-de-sac. Les émotions se mêlent. 
 

Prédelle (sentence), Agnès Thurnauer. © Gwénaëlle Fliti


Réflexion et interaction

Les peintures aux arabesques chatoyantes d’Olivier Long – par lesquelles l’exposition s’ouvre – renferment en fait (pour qui sait les voir) des os, des organes, des corps de migrants, des noyés et des armes, aussi des vestiges de l’histoire coloniale. De son côté, l’artiste franco-palestinien Taysir Batniji choisit de graver, non pas dans le marbre, mais dans le savon de Marseille, l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a le droit de circuler librement […] de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Le caractère éphémère et friable de l’œuvre contraste avec l’inflexibilité de la loi et place le spectateur face à ses propres responsabilités. Placée sous la sculpture religieuse de Denis, elle permet d’attirer l’attention du visiteur sur l’humanité de ce saint, migrant, né sur les rives de la Méditerranée, et assassiné.

L’exposition se poursuit au travers d’une installation vidéo signée Pierre Juhasz. Elle met en œuvre l’enfermement dans le temps – hommage au film La Jetée de Chris Marker. Diane Watteau, quant à elle, fait « entrer la mer dans le cadre » en projetant verticalement l’image de vagues entre deux tableaux d’art religieux. Pour sa part, Bertille Bak s’est intéressée au tourisme ethnique comme Usine à divertissement. Résultat :un triptyque photographique qui amène à réfléchir. Dans cette proposition sur l’enfermement, le plus attendu reste La nuit du chasseur de Claude Lévêque. Cette œuvre se traduit par la présence d’un renard immobile en cage, exhibé comme un trophée.

D’autres pièces tout aussi importantes sont à découvrir au fil de la visite. Elles nous plongent dans l’enfermement onirique à travers les cauchemars (Claude Lévêque), le vide existentiel (Pierre Ferrenbach), l’atteinte liée à la détention (Ernest Pignon-Ernest) ou encore l’urgence sociale (Oliver Long). Certaines même sont interactives comme celle de Michel Verjux qui demande au visiteur de traverser un faisceau lumineux afin « d’enfermer » son reflet dans une vitrine. Ou bien comme celle d’Hervé Bacquet qui emmure de livres un cabinet de curiosités. La visite se termine dans la Chapelle. Sous l’illustre coupole, le public jette un œil à l’ultime œuvre du parcours : La petite maison de Victor Burgin. Une vidéo évocatrice du désir. Ce qui ne manque pas d’ironie pour un ancien couvent.

Gwénaëlle Fliti

Enfermement, au musée d’art et d’histoire Paul-Éluard (22 bis, rue Gabriel-Péri), jusqu’au 8 octobre lundi, mercredi et vendredi 10h/17h30, jeudi 10h/20h, samedi et dimanche 14h/18h30, fermé mardi et jours fériés. Tarif : 5 € > 3 €  (réduit + de 60 ans, étudiants, Amis du Louvre…), gratuit (–16 ans, demandeurs d’emploi, RSA, étudiants de Paris 8, handicapés). Gratuit 1er dimanche du mois (tarif réduit les autres dimanches). www.musee-saint-denis.fr

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