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/ RDV par Internet : une fausse bonne idée

Les sans-papiers de la Coordination 93 étaient mobilisés une nouvelle fois en octobre pour protester contre leurs difficultés d’accès aux services de la préfecture, avec la prise de rendez-vous en ligne.
Souleyman, Mourad et Mamba font partie des 17 délégués de la Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers.
Souleyman, Mourad et Mamba font partie des 17 délégués de la Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers.

« Le service public en Seine-Saint-Denis, tout le monde en souffre, mais c’est encore plus grave pour nous », observe Mourad. « Que l’administration nous réserve un traitement différencié, on le comprend, ajoute Souleyman. On ne peut pas demander à être à égalité avec un Français, mais il y a quand même un minimum… »

Mourad et Souleyman sont au nombre des 17 délégués de la Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers, aujourd’hui mobilisée contre les conditions imposées par la préfecture aux étrangers pour les demandes de régularisation, et pour renouveler leur carte de séjour. « On a calculé qu’un sans-papiers qui remplit les conditions attend souvent jusqu’à deux ans pour être régularisé », signale Mamba, lui aussi délégué.

Principale mesure en cause, la prise des rendez-vous en ligne, entrée en vigueur en avril 2017. « En se connectant trois fois par jour en moyenne depuis trois mois, la Coordination n’est arrivée sur des propositions de créneaux que deux fois », ont déploré ses délégués auprès du secrétaire général de la préfecture qui les a reçus à Bobigny le 19 octobre. 

Déjà soulevé lors d’une précédente rencontre le 29 mai, le problème s’est, semble-t-il, aggravé. À tel point qu’il donne lieu maintenant à un commerce. En juillet, raconte Mourad, « j’ai acheté un rendez-vous via Internet. Je l’ai payé 19,90 € avec ma carte. Je me disais que c’était peut-être une arnaque ». Mais le 25 octobre, il a été reçu, comme prévu. « Je gagnais trois mois. » Et c’était semble-t-il une bonne affaire au vu des 100 à 150 € pratiqués par des taxiphones, selon la Coordination.
 

35 rendez-vous en ligne par jour

Avec les rendez-vous en ligne, « au départ, on était content », reconnaît Mourad au souvenir des longues files d’attente qui se formaient avant le lever du jour sur le parvis de la préfecture. Mais « tout le monde ou presque » accédait à un guichet, d’après Souleyman. Les rendez-vous en ligne sont en effet contingentés à 35 par jour. On fait pourtant valoir à Bobigny qu’aucune autre préfecture n’en reçoit autant. À sa décharge, la Coordination pointe aussi les délais imposés par la Dirrecte (1) pour l’autorisation de travail dont les patrons doivent faire la demande pour la régularisation de leur salarié sans-papiers. 

Pour en accélérer le traitement, Mamba s’est fait ainsi domicilier dans l’Essonne. Et s’il a finalement obtenu son document dans le 93, il a bien failli se faire renvoyer. « Pour le patron, c’était risqué », remarque-t-il. Pour la Coordination, quoi qu’il en soit, un accueil physique doit être maintenu, au moins pour ceux qui n’ont pas accès à Internet. « Il n’y a qu’à Paris et Bobigny (y comprise la sous-préfecture du Raincy, ndlr) où la dématérialisation est totale, remarque Souleyman. Dans les autres départements, les deux coexistent. »
 

« Système discriminatoire »

Mais cette demande est restée lettre morte. Seule véritable avancée, la préfecture a supprimé cet été le double rendez-vous qu’elle avait instauré, d’abord pour le dépôt du dossier, ensuite pour son examen avant l’instruction de la demande. Les délégués y voient le résultat du soutien apporté par une douzaine de personnalités et d’élus de Saint-Denis, ainsi qu’une quinzaine d’associations et de syndicats. Depuis, une pétition récemment mise en ligne par la Coordination a récolté quelque 300 signataires (sur Change.org). Et le conseil de l’ordre des avocats de Seine-Saint-Denis s’est fendu début octobre d’une motion condamnant également le « système discriminatoire » réservé en préfecture aux étrangers. Autant de soutiens dont les délégués se disent réconfortés.

Mais Mamba a fait ce calcul qui lui donne le tournis. « Sur les 1 600 adhérents de la Coordination, les soutiens (bénévoles) ont accompagné cette année 106 dossiers. Et il y a dans le département plus de 40 000 sans-papiers pour 8 000 rendez-vous par an à la préfecture. » Derrière ces chiffres, chacun des délégués a en tête ces nouveaux venus à la Coordination après plus de vingt ans de clandestinité. « Ils ne savaient pas comment faire, raconte Mourad. Ils bossaient comme des fous. »
 

Marylène Lenfant

(1) Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi en Ile-de-France

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