En ville

Conférence
/ Racisme et homophobie, même combat

Louis-Georges Tin, activiste et intellectuel, noir et homo, analyse les similitudes entre les deux discriminations.
Conférence de Louis-Georges Tin le 20 avril, au musée d'Art et d'histoire à Saint-Denis.
Conférence de Louis-Georges Tin le 20 avril, au musée d'Art et d'histoire à Saint-Denis.

L’homosexualité, un sujet trop sensible pour les jeunes des quartiers ? Les banlieues, des territoires plus homophobes que les autres ? « Des préjugés », tranche Louis-Georges Tin, lors d’un échange avec un public nombreux, à la conférence que cet activiste et intellectuel engagé sur le front des discriminations a donné le 20 avril au musée d’art et d’histoire, dans le cadre de l’exposition La Peau Vive et en partenariat avec l’association d’éducation populaire Science pop’.

« Je veux bien parler de l’homophobie dans les banlieues pauvres à condition que l’on parle aussi des banlieues riches où, là, on ne vous casse peut-être pas la gueule mais on vous casse le cerveau. » Une situation qu’il qualifie de« terrifiante » dans ces contrées pro-manif pour tous où on tente de « guérir l’homosexualité » à grand renfort de médicaments et de consultations chez le psy, avec des enfants qui sortent de ces cabinets durablement« culpabilisés et suicidaires ».

« Il n’y a pas plus d’homophobie d’un côté ou de l’autre, c’est juste une question de modalité », insiste-t-il, réfutant aussi cette supposition que « les jeunes des quartiers seraient dans l’impossibilité de comprendre une question aussi simple que l’égalité », en précisant être régulièrement intervenu dans des établissements scolaires sans y avoir relevé de difficultés particulières. « Des gens qui ne sont pas respectés comprennent très bien la situation de ceux qui ne le sont pas non plus, pour d’autres raisons. »

Trouver des positions et des arguments communs pour lutter contre les processus de discrimination, c’est justement la logique mise en avant dans son intervention au titre volontairement provocateur « Peut-on vraiment être noir et homosexuel ? ».« La question est aussi idiote que ceux qui me la posent », ironise Louis-Georges Tin, qui peut se targuer d’être les deux, en plus d’être le fondateur de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie en 2005 – aujourd’hui célébrée dans 130 pays – et président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN).

« Si on ne voit pas très bien le rapport entre les Noirs et les homosexuels, on verra peut-être mieux le rapport entre le racisme et l’homophobie. » Et c’est vrai qu’à l’écouter, on comprend combien ces systèmes d’oppression font appel aux mêmes rhétoriques et mécanismes politiques et à quel point il pourrait être pertinent pour les combattre d’imaginer  « des points de convergence et des réactions communes ».