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Halle du marché et basilique
/ Projet Spaces, l’espace est à nous

Le spectacle Spaces est la conclusion d’une expérience construite à partir de récits de Dionysiens. La restitution, en forme de déambulations chorégraphiques, a été reportée à la dernière minute. Retour sur ce projet.
Le 30 septembre, danseurs (dont Gabin Nuissier à droite) et chanteuse (Lehna Sam ci-dessous) répétaient Spaces. © Yann Mambert
Le 30 septembre, danseurs (dont Gabin Nuissier à droite) et chanteuse (Lehna Sam ci-dessous) répétaient Spaces. © Yann Mambert

Spaces, c’est une expérience immersive. Une expérience pour laquelle la danse, l’art de la narration orale et la musique dialoguent et n’ont d’autre mission que de servir un récit. Celui des habitants de Saint-Denis en l’occurrence. Leur histoire est au cœur des déambulations chorégraphiques du spectacle Spaces dont la restitution devait se tenir les 9, 10, 15, 16 et 17 octobre. Dans un premier temps, ces balades intimistes se déroulent entre les étals de la halle du marché du centre-ville.

Chacun des quatre groupes de visiteurs suit un parcours au cours duquel des habitants déclament leur histoire, entre les mouvements des danseurs dont Gabin Nuissier (Aktuel Force) et les rythmes du percussionniste Boubacar Dembélé, le chant de Lehna Sam et les harmonies de la violoncelliste Mathilde Long. Puis, les différents groupes de visiteurs se retrouvent au cœur de la basilique pour une conclusion en apothéose. Sous la férule du chorégraphe américain Simon Hanukai, ce projet, développé par sa compagnie de spectacle vivant Kaimera Productions, a pour intention de tisser des connexions entre les habitants. Briser les barrières de l’apparence.

« Le cœur du projet ce sont les anecdotes récoltées pendant les entretiens, explique Simon. Dire que tous les habitants sont les mêmes, c’est bullshit ! Nous sommes très différents, mais il y a quelque chose chez l’autre que l’on peut comprendre. Si l’on partage notre histoire avec un inconnu, on peut voir la vraie personne derrière la façade. Cela humanise l’autre. Et je crois que chaque personne a le droit de partager sa propre histoire. Il n’y a pas forcément besoin de se tourner vers Netflix ou la littérature pour avoir de belles histoires. »

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Le projet a été mené en Azerbaïdjan (pays d’origine de Simon Hanukai), au Mozambique et aux États-Unis. Son lancement à Saint-Denis relève d’un partenariat initié par les services culturels de l’ambassade de France à San Francisco entre des acteurs culturels, urbains, institutionnels et académiques de la Baie de San Francisco et du Grand Paris. Les délégations constituées par ces différents acteurs ont travaillé sur les problématiques similaires qu’implique leur « appartenance » aux deux métropoles. La gentrification en marche, ou actée pour Oakland (lire encadré ci-dessous), est l’une des thématiques fortes de ces travaux.

« Aux États-Unis, si tu mets en place de la gentrification tu es un homme à abattre. Ici, c’est différent, on attend la gentrification, estime l’artiste Lamyne M, parti en délégation à Oakland en novembre 2019. Pour nous, les Dionysiens, la gentrification c’est la culture des cafés, c’est l’emploi, c’est la diversité culturelle. Aux États-Unis, la gentrification efface de la mémoire collective les populations locales. » « Ce sont aussi deux villes avec une importante activité associative. Parfois il y a un rapport difficile avec la police car ils ont une histoire politique très forte, reprend Simon Hanukai. Angela Davis habite à Oakland, le mouvement Free Speech est né à Berkeley, les Black Panthers et le mouvement Black Lives Matter sont également nés à Oakland.

À Saint-Denis, il y a eu de la résistance lors de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des prises de position pendant la Guerre d’Algérie, contre les violences policières… » Les ateliers Spaces commencés cet été dans sept quartiers de la ville (Maison Jaune, Maisons de quartiers Pleyel et Plaine, avec les Femmes de Franc-Moisin…) ont permis de récolter la parole de Dionysiens sur des thématiques très vastes et qui font le quotidien des citoyens. Des récits de vie mis en scène par Simon Hanukai qui voit encore plus grand : « Notre mission est de créer des espaces de dialogue partout dans la ville où les gens pourraient discuter de tout ce qu’ils veulent. Notre but est de créer du lien entre les habitants à travers l’art. »
 

>> Focus sur la gentrification made in Oakland

Simon Hanukai a vécu dix ans à Oakland avant de vivre à Harlem (New York) et a vu de ses propres yeux les effets désastreux de la gentrification à « l’américaine ». Un ogre qui se goinfre de la spéculation immobilière et fait fuir les populations les plus pauvres ou issues de la classe moyenne qui n’ont d’autre choix que de quitter leur quartier face à l’inflation des loyers. Un monstre contre lequel il n’existe que très peu de leviers et outils fonciers efficaces outre-Atlantique. À Oakland, à la place des petits commerces sans prétention et des habitations, poussent dorénavant restos chics, boutiques de mode et maisons hors de prix. Bien sûr, des outils ont été mis en place pour tenter de contrecarrer ce remplacement de population. En vain ? Dans le cadre du Tax Cuts and Jobs Act voté en 2017, le programme The Opportuniy Zone garantissait des avantages fiscaux aux investisseurs dans les zones à faibles revenus.

Mais selon une étude récente de la National Community Reinvestment Coalition, dans un futur proche, il se pourrait bien que le programme bénéficiât non pas aux foyers les plus modestes mais aux nouveaux arrivants plus aisés. Une gentrification sous stéroïdes ? titrait à ce propos le Kinder Institute for Urban Research en 2019. Selon l’étude réalisée par la NCRC, Oakland est la ville des États-Unis où s’est le plus rapidement développée la gentrification, « souvent initiée par des artistes venus s’y installer », remarque Simon Hanukai. Le phénomène a directement impacté près d’un tiers de la population locale entre 2013 et 2017. 
 

Maxime Longuet

Spaces : événement reporté à une date encore inconnue. Tout public. Durée 1h30. Gratuit. Réservations au 0677311777 ou sur www.weezevent.com/spaces-saint-denis

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