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/ Profs absents, inégalité présente

Des parents d’élèves des collèges Fabien et Barbusse vont déposer un recours pour dénoncer la « rupture d’égalité » liée aux non-remplacements des enseignants. Un exemple d’inégalités scolaires parmi d’autres sur le territoire.
© Jiho - Iconovox
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« Ma fille était en 3e l’an dernier au collège Barbusse, elle a perdu 140 heures de cours qui n’ont pas été remplacées », rapporte Maurice. Ce parent d’élève participe à une action collective menée par la FCPE 93 pour déposer un recours préalable en indemnisation. Une trentaine de familles du département, dont 20 dont les élèves sont scolarisés au collège Fabien, et deux au collège Barbusse, vont envoyer ce recours individuel pour « rappeler à l’État sa mission de service public et alerter sur une rupture d’égalité », explique Catherine, la mère d’élève qui coordonne cette mobilisation à Saint-Denis. L’année 2018-2019, un comptage concernant 20 élèves avait montré que 17% des cours avaient été perdus. « Cette année, une classe de 5e en est déjà à plus de 30 heures non remplacées, une autre de 6e plus de 20 heures, deux classes de 4e n’ont pas eu de cours de français et de maths pendant plus de 2 semaines car les professeurs n’avaient pas été nommés… », illustre Catherine.

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Le vivier de professeurs remplaçants est bien insuffisant dans le département, « leur système prévoit de ne remplacer qu’à partir de 15 jours d’arrêt de travail et les heures ne sont jamais rattrapées », constate amèrement Leïla, mère d’élève au collège Barbusse. « Un enseignant de français-latin a démissionné après un arrêt maladie, des 6e et 4e n’ont plus de cours de français depuis 4 semaines », ajoute-t-elle.
 

Pas assez d’enseignants titulaires

Parmi les motifs des absences répétées des enseignants, il y a aussi celles prévisibles des heures de formation des néo-titulaires, leur taux est de 64% en Seine-Saint-Denis (contre 21% au niveau national). Dans un communiqué, les enseignants du collège Fabien ont exprimé leur « solidarité » avec les parents. Ils dénoncent « le manque d’attractivité pour le métier d’enseignant », « la précarité des contractuels », et réclament « d’augmenter le nombre de titulaires recrutés », ainsi que le classement REP+ de l’établissement.

Pour Alixe Rivière, co-présidente de la FCPE 93, ces non-remplacements répétés « créent encore plus d’inégalités. Un adolescent a besoin de constance pour apprendre. Certains parents peuvent financer des cours particuliers, ou les aider eux-mêmes dans leurs devoirs, mais ce n’est pas le cas de toutes les familles ». La fille de Stéphanie, au collège Barbusse, a perdu 111 heures de cours l’an dernier en 4e. Sa mère lui a payé en moyenne 6 séances à 35€ de cours particuliers par mois. Le recours en indemnisation devrait lui permettre de toucher 12€ par heure de cours perdue.

Autre inquiétude qui a motivé certains parents à participer à cette procédure collective : « avec la réforme du lycée, les absences de début d’année ont plus d’impact sur les résultats au bac, puisqu’il y a des épreuves de contrôle continu en janvier », rappelle Arnaud Blanc, représentant de la FCPE à Saint-Denis. « La Seine-Saint-Denis va bientôt devenir un “désert” scolaire », soupire Maurice. Courriers, manifestations, chaîne humaine… Les parents d’élèves ont déjà tenté toutes sortes d’actions. « Notre recours en indemnisation illustre les conclusions du rapport des députés François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo, publié en mai 2018, qui constatait des « défaillances » dans l’action de l’État en Seine-Saint-Denis. On estime à un an le manque de cours de nos enfants de la maternelle au bac », rappelle Catherine.

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Les enseignants du lycée Angela-Davis sont, eux, mobilisés depuis la rentrée pour obtenir notamment le classement en "politique de la ville" et la création d’une nouvelle classe de 1re. Ils ont fait grève une semaine avant de passer le relais aux parents d’élèves. « La seule chose qu’on nous a proposée, ce sont trois heures budgétaires par semaine en plus, c’est insultant par rapport aux besoins », s’indigne Jimmy, enseignant syndiqué SNES.

Jeudi 17 octobre, ce sont les AED (assistants d’éducation) du lycée qui se sont mis en grève, revendiquant des « conditions de travail dignes » : manque de moyens, problèmes de sécurité, surcharge de travail… « La mobilisation des enseignants repartira à la rentrée des vacances de la Toussaint. Le gouvernement ne se préoccupe pas des quartiers populaires, mais on ne lâchera pas », affirme Jimmy. Le Premier ministre devrait s’exprimer début novembre sur le plan Seine-Saint-Denis, avec des mesures éducations et sécurité.
 

Delphine Dauvergne

Réactions

Le comportement des élèves fait aussi parfois partie des données du problème. Cet article oublie de le signaler.
Bonjour. Pas un mot sur l'environnement et le manque d'attractivité??? Agent de l'état ou pas. Les meilleurs ne viennent pas à Saint Denis. Les plus mauvais viennent et ne tiennent pas car c'est un job alimentaire pour eux. Au lieu d'adoucir le cadre le vie et de travail des enseignants... Les élus l'aggravent. Même si les profs sont des agents de l'état, ce sont des humains d'abord. Idem pour les policiers, les pompiers, les agents municipaux. Maire batisseur.... Vision des années 70 complètement périmée.

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