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Familles roms du terrain Voltaire
/ Première étape vers le logement social

Dans les prochains jours, quatorze familles roms vont quitter le terrain Voltaire pour s’installer dans des logements transitoires rue Charles-Michels. D'ici 2020 le terrain sera vidé.
Le terrain Voltaire compte 77 ménages, soit au total 252 personnes, dont 81 mineurs. (©) Yann Mambert / Le Journal de Saint-Denis
Le terrain Voltaire compte 77 ménages, soit au total 252 personnes, dont 81 mineurs. (©) Yann Mambert / Le Journal de Saint-Denis

C’est bientôt le grand départ pour ces familles roms du terrain Voltaire. Début juillet, quatorze ménages vont quitter leur baraque de ce campement de fortune, situé dans l’Est dionysien, entre la cité Cosmonaute et l’hôpital Delafontaine, avec d’un côté la ligne de tramway T1 et de l’autre, en contrebas, l’autoroute A1. De ces préfabriqués précaires, ils vont rejoindre la résidence Charles-Michels dans le quartier de la gare (1).

« C’est l’aboutissement d’un projet qu’on porte depuis des années », nous explique Anne-Claire Garcia, chargée de mission à la municipalité. En effet en 2012, l’État a mis à disposition de la Ville le terrain Voltaire pour installer une cinquantaine de familles roms, expulsées à plusieurs reprises de bidonvilles dans le quartier de la Plaine, dont le premier d’entre eux, baptisé Hanul, date de 2001. Aujourd’hui, le terrain Voltaire compte 77 ménages, soit au total 252 personnes, dont 81 mineurs.

« Les premières familles choisies sont celles qui sont prêtes à aller vers le droit commun», précise la chargée de mission. « Ce sont des familles engagées dans une démarche professionnelle, dans un parcours d’insertion », rajoute Marie-Louise Mouket, directrice de pôle à l’association Alteralia, qui gère le site depuis 2015. La scolarisation des enfants a aussi été prise en compte, même si elle n’a pas été décisive. «Car c’était mettre trop de pression sur les épaules des enfants », justifie la responsable.

Reportage photo sur les familles Roms du terrain Voltaire

« Les familles resteront dans la résidence Charles-Michels de 6 à 18 mois afin qu’elles s’habituent à payer un loyer. C’est une solution transitoire avant qu’elles puissent avoir un logement définitif dans le parc social », développe Anne-Claire Garcia. La nouvelle résidence de 29 logements sera mixte, avec 17 appartements pour les Roms du terrain Voltaire et les autres pour des ménages en sortie d’habitat indigne. À terme, la grande majorité des Roms devront suivre ce parcours.

« L’objectif, c’est de résorber le terrain Voltaire d’ici 2020 avec une sortie positive des familles. Par ce projet de logement transitoire, on a voulu donner un coup d’accélérateur. Cela va permettre de créer une dynamique, de prouver aux familles qu’il est possible de partir. On veut aussi montrer aux habitants du quartier que le projet avance. C’est pour cela qu’on va détruire les 14 logements sur le site Voltaire », souligne Marie-Louise Mouket. Cette opération de démolition est prévue le 1er week-end de juillet. À la place, un parking pour les résidents du terrain devrait voir le jour.

« Les conditions seront mieux là-bas »

Pour Jaklin Pavilla, la Ville tient ainsi son « engagement » de faire un projet « temporaire » sur le terrain Voltaire. « Lorsqu’il y a un accompagnement sérieux et des moyens, on peut y arriver. C’est long mais on peut y arriver », défend la première adjointe en charge des solidarités. « Il y a une volonté politique de notre part. Mais une ville seule ne peut pas tout faire. Il faut une association compétente, dit-elle en saluant l’action d’Alteralia. Quand l’État se met à travailler avec les collectivités [Ville et Plaine Commune], cela fonctionne.»

Pour les résidents, c’est le grand saut dans l’inconnu. « Ici, on est comme une grande famille. On se connaît depuis longtemps. On s’est habitué. Mais on sait que les conditions seront mieux là-bas », dit Denisa Zaharia, 17 ans, qui part avec sa mère Flori. Son copain Ionut Cobzaru et ses deux parents, s’en vont également. D’abord euphorique, le jeune lycéen appréhende les difficultés. «On paye 20 euros par personne chaque mois ici. Là-bas, on va payer 350 euros pour toute la famille. Mon père gagne 800-900 euros. Je ne sais pas si ça va suffire. Il va falloir ramener de l’argent », explique-t-il, alors qu’il donne déjà un coup de main à son père, qui a des problèmes de santé. Il appréhende aussi son nouveau quartier. « J’espère que ça va bien se passer. On verra avec le temps.»

Marie-Louise Mouket est convaincue que les Roms sauront s’adapter. D’autant que l’association va les suivre tout au long du processus. « En résidence, ils vont se rapprocher de la réalité du logement. Surtout qu’ils paieront plus cher dans le parc social », rappelle-t-elle. L’intégration dans le droit commun se fera étape par étape.

Aziz Oguz

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Réactions

La Gare quelle bonne idée ! Une zone de non-droit...un modèle d'intégration si typique à Saint-Denis !! pour l'emploi 85% des emplois futurs sont inconnus. Donc faudra les former en IA. à Neuilly-sur-Seine se sont 100 logements HLM qui sortent de terre sur l'île de la Jatte, à Deuil-la Barre et à Enghien-les-Bains pareil actuellement se construisent de nombreux logements sociaux ! si si alors pourquoi parquer encore et ghettoïser toujours les gens en difficulté aux mêmes endroits comme dans les années 70 le résultat est pourtant flagrant ici et dans le 93, non ? et puis c'est pas comme si Saint-Denis n'avait pas explosé son taux déjà anormalement élevé de logements HLM... - Est-ce que l'association Alteralia a fait l'unanimité lors des élections municipales ? A-t-on voté en toute conscience pour les actions de cette association et en toute démocratie et transparence ? Merci pour vos réponses objectives (sans l'imposition de principes émotionnels et sentimentaux personnels).